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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

Mercredi 14 septembre 2016

( L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 37 du 15 septembre 2016 )

Tuer au nom de Dieu est satanique

Dans la Croix de Jésus Christ — aujourd’hui l’Église célèbre la fête de la Croix de Jésus Christ — nous comprenons pleinement le mystère du Christ, ce mystère d’anéantissement, de proximité à nous. Lui, « de condition divine — dit Paul — ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! » ( Ph 2, 6-8 ). Tel est le mystère du Christ. C’est un mystère qui se fait martyre pour le salut des hommes. Jésus Christ, le premier Martyr, le premier qui donne sa vie pour nous. Et à partir de ce mystère de Dieu commence toute l’histoire du martyre chrétien, des premiers siècles jusqu’à nos jours.

Les premiers chrétiens ont confessé Jésus Christ en payant de leur vie. Aux premiers chrétiens était proposée l’apostasie, c’est-à-dire : « Dites que notre dieu, et non le vôtre, est le vrai dieu. Faites un sacrifice à notre dieu ou à nos dieux ». Et quand ils ne faisaient pas cela, lorsqu’ils refusaient l’apostasie, ils étaient tués. Cette histoire se répète jusqu’à aujourd’hui ;  et aujourd’hui, dans l’Église, il y a plus de martyrs chrétiens que dans les premiers temps. Aujourd’hui, il y a des chrétiens assassinés, torturés, emprisonnés, égorgés, parce qu’ils ne renient pas Jésus Christ. Dans cette histoire, nous arrivons à notre père Jacques: il fait partie de cette chaîne de martyrs. Les chrétiens qui souffrent aujourd’hui — tant en prison, tant à travers la mort que les tortures — pour ne pas renier Jésus Christ, font voir précisément la cruauté de cette persécution. Et cette cruauté qu’exige l’apostasie — prononçons ce mot — est satanique. Et comme il serait bon que toutes les confessions religieuses disent : « Tuer au nom de Dieu est satanique ».

Le père Jacques Hamel a été égorgé sur la Croix, précisément alors qu’il célébrait le sacrifice de la Croix du Christ. Homme bon, doux, de fraternité, qui cherchait toujours à faire la paix, il a été assassiné comme s’il était un criminel. Voilà le fil satanique de la persécution. Mais il y a une chose, dans cet homme qui a accepté son martyre là, avec le martyre du Christ, à l’autel, il y a une chose qui me fait beaucoup réfléchir : dans le moment difficile qu’il vivait, au milieu également de cette tragédie qu’il voyait venir, un homme doux, un homme bon, un homme qui construisait la fraternité, n’a pas perdu la lucidité d’accuser et de dire clairement le nom de l’assassin, et il a dit clairement : « Va-t’en, Satan ! ». Il a donné sa vie pour nous, il a donné sa vie pour ne pas renier Jésus. Il a donné sa vie dans le sacrifice même de Jésus sur l’autel et de là, il a accusé l’auteur de la persécution :  « Va-t-en, Satan ! ».

Et que cet exemple de courage, mais aussi le martyre de sa propre vie, de s’anéantir lui-même pour aider les autres, de construire la fraternité entre les hommes, nous aide tous à aller de l’avant sans peur. Que du Ciel — parce que nous devons le prier, c’est un martyr!, et les martyrs sont bienheureux, nous devons le prier — il nous donne la douceur, la fraternité, la paix, et aussi le courage de dire la vérité :  tuer au nom de Dieu est satanique.



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