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VISITE PASTORALE DU PAPE FRANÇOIS
À CESENA À L'OCCASION DU TROISIÈME CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DU PAPE PIE VI ET
À BOLOGNE POUR LA CONCLUSION DU CONGRÈS EUCHARISTIQUE DIOCÉSAIN

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RENCONTRE AVEC LES MIGRANTS ET LE PERSONNEL QUI OFFRE LE SERVICE
D'ASSISTANCE

PAROLES DU SAINT-PÈRE

Bologne
Dimanche 1er octobre 2017

[Multimédia]


 

Chers frères et sœurs,

Je vous salue tous cordialement et je veux vous assurer de ma proximité. J’ai voulu que ma première rencontre avec Bologne ait lieu précisément ici. C’est le «port» d’arrivée de ceux qui viennent de plus loin et avec des sacrifices que parfois, vous ne parvenez pas même à raconter.

Beaucoup ne vous connaissent pas et ont peur. Cela les fait se sentir en droit de juger et de pouvoir le faire avec dureté et froideur en croyant bien voir. Mais il n’en est pas ainsi. On ne voit bien qu’avec la proximité que donne la miséricorde. Sans elle, l’autre reste un étranger, et même un ennemi, et il ne peut pas devenir mon prochain. De loin, nous pouvons dire et penser n’importe quoi, comme cela arrive facilement quand on écrit des phrases terribles et des insultes sur internet. Si nous regardons notre prochain sans miséricorde, nous ne nous rendons pas compte de sa souffrance, de ses problèmes. Et si nous regardons notre prochain sans miséricorde, nous risquons que Dieu nous regarde lui aussi sans miséricorde. Aujourd’hui, je vois uniquement beaucoup de volonté d’amitié et d’aide. Je voudrais remercier les institutions et tous les volontaires pour leur attention et leur engagement à prendre soin de vous tous qui êtes accueillis ici. Je vois en vous, comme en tout étranger qui frappe à notre porte, Jésus Christ, qui s’identifie avec l’étranger, de toute époque et condition, accueilli ou refusé (cf. Mt 25, 35.43).

Le phénomène exige une vision et une grande détermination dans la gestion, une intelligence et des structures, des mécanismes clairs qui ne permettent pas de distorsions ou d’exploitation, encore plus inacceptables parce que commises sur des pauvres. Je crois qu’il est véritablement nécessaire qu’un plus grand nombre de pays adoptent des programmes de soutien à l’accueil privé et communautaire et ouvrent des couloirs humanitaires pour les réfugiés en situations de grandes difficultés, pour éviter des attentes insupportables et des temps perdus qui peuvent donner de fausses illusions. L’intégration commence avec la connaissance. Le contact avec l’autre conduit à découvrir le «secret» que chacun porte en soi et également le don qu’il représente, à s’ouvrir à lui pour en accueillir les aspects valables, en apprenant ainsi à l’aimer et en vainquant la peur, à l’aider à s’insérer dans la nouvelle communauté qui l’accueille. Chacun de vous a son histoire, me disait la dame qui m’accompagnait. Et cette histoire est quelque chose de sacré, nous devons la respecter, l’accepter, l’accueillir et aider à aller de l’avant. Certains de vous sont mineurs: ces garçons et filles ont un besoin particulier de tendresse et ont droit à la protection, qui prévoit des programmes de garde temporaire ou de familles d’accueil.

Je viens parmi vous parce que je veux porter dans mes yeux, vos yeux — j’ai regardé vos yeux —, votre cœur dans le mien. Je veux porter avec moi vos visages qui demandent d’être rappelés, aidés, je dirais «adoptés», parce qu’au fond vous cherchez quelqu’un qui parie sur vous, qui vous donne confiance, qui vous aide à trouver cet avenir dont l’espérance vous a fait arriver jusqu’ici.

Savez-vous ce que vous êtes? Vous êtes des «lutteurs d’espérance»! Certains ne sont pas arrivés parce qu’ils ont été engloutis par le désert ou par la mer. Les hommes ne s’en souviennent pas, mais Dieu connaît leurs noms et les accueille près de lui. Marquons un temps de silence en les rappelant et en priant pour eux. [silence] A vous, lutteurs d’espérance, je souhaite que l’espérance ne devienne pas déception ou, pire, désespoir, grâce aux nombreuses personnes qui vous aident à ne pas la perdre. Dans mon cœur je veux porter votre peur, vos difficultés, vos risques, l’incertitude... il y a beaucoup de pancartes qui disent «aide-nous à avoir des papiers»; les personnes que vous aimez, qui vont sont chères et pour lesquelles vous vous êtes mis à chercher un avenir. Vous porter dans les yeux et dans le cœur, nous aidera à travailler davantage pour une ville accueillante et capable de créer des opportunités pour tous. Pour cela, je vous exhorte à être ouverts à la culture de cette ville, prêts à marcher sur la voie indiquée par les lois de ce pays.

L’Eglise est une mère qui ne fait pas de distinction et qui aime tout homme comme enfant de Dieu, son image. Bologne est une ville connue depuis toujours pour son accueil. Celui-ci s’est renouvelé avec de nombreuses expériences de solidarité, d’hospitalité dans des paroisses et des réalités religieuses, mais aussi dans de nombreuses familles et dans les diverses associations sociales. Certains ont trouvé un nouveau frère à aider ou un enfant à faire grandir. Et d’autres ont trouvé des nouveaux parents qui désirent avec lui un avenir meilleur. Comme je voudrais que ces expériences, possibles pour tous, se multiplient! Que la ville n’ait pas peur de donner les cinq pains et les deux poissons: la Providence interviendra et tous seront rassasiés.

Bologne a été la première ville en Europe, il y a 760 ans, à libérer les esclaves de l’esclavage. Il y en avait exactement 5.855. Vraiment beaucoup. Et pourtant Bologne n’a pas eu peur. Ils ont été rachetés par la municipalité, c’est-à-dire par la ville. Peut-être le firent-ils aussi pour des raisons économiques, car la liberté aide tout le monde et convient à tous. Ils n’ont pas eu peur d’accueillir ceux qui étaient alors considérés comme des «non-personnes» et de les reconnaître comme des êtres humains. Ils écrivirent dans un livre les noms de chacun d’eux! Comme je voudrais que vos noms aussi soient écrits et rappelés pour trouver ensemble, comme cela eut lieu alors, un avenir commun.

Je vous remercie et vous bénis de tout cœur. Et s’il vous plaît, priez pour moi.

 


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