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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS
AUX ÉMIRATS ARABES UNIS

(3-5 FÉVRIER 2019)

CONFÉRENCE DE PRESSE DU SAINT-PÈRE
AU COURS DU VOL DE RETOUR VERS ROME

Vol papal
Mardi 5 février 2019

[Multimédia]


Gisotti: Bon après-midi, Saint-Père, bon après-midi à vous tous. Nous, journalistes, utilisons souvent l’adjectif «historique» et on nous dit parfois qu’on l’utilise un peu trop souvent, mais peut-être que pour ce voyage, il convient. De nombreuses personnes l’ont utilisé dans beaucoup de langues différentes. Ce fut véritablement un voyage bref dans la durée, mais avec un horizon vraiment ample, et tous souhaitent que les fruits des semences de ces jours-ci soient de longue durée. Un voyage qui a vu aujourd’hui, il y a quelques heures, la rencontre avec un peuple composé de nombreux peuples: les organisateurs locaux disaient qu’il y avait près de cent nationalités présentes. Et hier, ce Document, d’une valeur véritablement extraordinaire, une surprise, mais une de ces surprises que, j’imagine, nos collègues ont eu le plaisir de raconter en raison de son importance. Très Saint-Père, je ne sais pas si, avant les questions, vous voulez prononcer quelques mots d’introduction.

Avant tout bonjour, et merci de votre compagnie. Cela a été un voyage trop bref, mais cela a été une expérience importante. Je pense que chaque voyage est historique et aussi que chacune de nos journées sert à écrire l’histoire quotidienne. Aucune histoire n’est petite, aucune. Chaque histoire est importante et digne et même si elle est triste, la dignité est cachée et peut toujours ressortir. Merci beaucoup pour votre collaboration.

Gisotti: Commençons avec les questions, comme c’est la coutume, en partant des journalistes locaux. Ce Document, qui est si riche de contenus, suscite vraiment de nombreuses questions, de nombreuses réflexions. Le premier à poser une question, Saint-Père, est Imad Atrach, de «Sky News Arabia».

Imad Atrach: Sainteté, quels seront les prochains résultats de ce voyage et quelle impression avez-vous eue sur le pays, sur les Emirats arabes unis?

J’ai vu un pays moderne, j’ai été frappé par la ville, la propreté de la ville... Et aussi des petites curiosités: comment ils font pour arroser les fleurs dans ce désert. C’est un pays moderne, il accueille de nombreux peuples qui viennent ici. C’est un pays tourné vers l’avenir. Par exemple, entre autres choses, l’éducation des enfants: ils éduquent en étant tournés vers l’avenir, toujours. C’est ce qu’ils m’ont expliqué. Puis, une autre chose qui m’a frappé est le problème de l’eau: ils sont en train de chercher, pour un proche avenir, de prendre l’eau de la mer et de la rendre potable, et également l’eau de l’humidité de l’air... en cherchant toujours de nouvelles choses. Et j’ai également entendu quelqu’un dire: «Un jour, le pétrole va manquer, et nous nous préparons pour ce jour, parce que nous aurons quelque chose de plus à faire». C’est un pays qui regarde vers l’avenir. Puis cela m’a semblé un pays ouvert, pas fermé. La religiosité aussi: l’Islam est un Islam ouvert, pas fermé, de dialogue, un Islam fraternel et de paix. Je souligne à ce propos la vocation à la paix que j’ai senti être présente, bien qu’il y ait les problèmes de certaines guerres dans la région, mais cela, je l’ai senti. Puis j’ai été très touché par la rencontre avec les sages [le Conseil des anciens], avec les sages de l’Islam, une chose profonde; ils provenaient de tant de lieux, de diverses cultures. Et cela indique également l’ouverture de ce pays à un certain dialogue régional, universel, religieux. J’ai également été frappé par la rencontre interreligieuse: un fait culturel fort; et en outre — je l’ai mentionné dans le discours — par celle qu’ils ont faite ici l’an dernier sur la protection des enfants dans les médias, sur internet. Parce que la pédopornographie aujourd’hui est véritablement une «industrie» qui rapporte beaucoup d’argent et qui profite des enfants. Ce pays s’en est rendu compte et fait des choses positives. Il y aura certainement des problèmes et des aspects négatifs, mais dans un voyage de moins de deux jours, ces choses ne se voient pas et, si elles se voient, on détourne le regard... Et merci pour l’accueil.

Gisotti: A présent, Nour Salman, de la «Emirates News Agency», vous posera une question.

Nour Salman: Très Saint-Père, merci beaucoup pour cette occasion. La question que nous devons poser est: à présent que la Déclaration d’Abou Dabi sur la fraternité humaine a été signée, comment ce document sera-t-il appliqué à l’avenir? Et que pensez-vous de Sa Sainteté Mohammed Bin Zayed qui a annoncé la construction de l’église Saint-François et de la mosquée de l’Imam Ahmed El-Tayeb?

Le document a été préparé sur la base d’une grande réflexion et également en priant. Tant le Grand Imam avec son équipe, que moi avec la mienne, avons beaucoup prié pour réussir à faire ce document. Parce que pour moi, il y a un seul grand danger en ce moment: la destruction, la guerre, la haine entre nous. Et si nous, croyants, ne sommes pas capables de nous donner la main, de nous embrasser, et également de prier, notre foi sera vaincue. Ce document naît de la foi en Dieu qui est le Père de tous et Père de la paix et qui condamne toute destruction, tout terrorisme, à partir du premier terrorisme de l’histoire qui a été celui de Caïn. C’est un document qui s’est développé en près d’un an, allers, retours, prières... Mais il a continué de mûrir, de façon confidentielle, pour ne pas accoucher de l’enfant prématurément, pour qu’il soit mûr. Merci.

Gisotti: Saint-Père, avant la prochaine question, il y a un hommage du journaliste d’Alittihad [il offre un tableau au Pape]. A présent, le collègue Joerg Seisselberg de l’ard allemande vous posera une question.

Joerg Seisselberg: Saint-Père, cela a été un voyage riche de rencontres, d’impressions, d’images. L’image de votre arrivée est restée gravée dans mon esprit: vous avez été accueilli avec les honneurs militaires, avec les avions militaires qui ont dessiné une traînée aux couleurs du Vatican dans le ciel. Je me demande: comment cela se concilie-t-il avec le Pape François, avec le Pape qui vient avec un message de paix? Que ressentez-vous et que pensez-vous dans ces moments? Et toujours sur ce thème, votre appel pour la paix au Yémen, quelle réaction avez-vous vue au cours de vos rencontres qui vous font espérer que ce message sera écouté; que l’on accomplira des pas vers une paix au Yémen? Merci.

Merci. J’interprète tous les gestes de bienvenue comme des gestes de bonne volonté. Chacun les accomplit selon sa propre culture. Et qu’ai-je trouvé ici? Un accueil si grand qu’ils voulaient faire tout le possible, des petites et des grandes choses, parce qu’ils sentaient que la visite du Pape était une bonne chose. Certains ont prononcé également une bénédiction: cela, Dieu le sait, mais eux le sentent, si j’interprète bien, comme une bonne chose, et ils voulaient me faire sentir que j’étais le bienvenu. Sur le problème des guerres: vous en avez mentionné une. Je sais qu’il est difficile d’émettre une opinion après deux jours, et après avoir parlé sur ce thème avec peu de personnes. Mais je peux dire que j’ai perçu une bonne volonté pour entamer des processus de paix. Cela [cette attitude], je l’ai perçu un peu comme dénominateur commun quand j’ai parlé des situations de guerre — vous avez mentionné celle du Yémen —. J’ai perçu une bonne volonté pour entamer des processus de paix.

Gisotti: C’est à présent Domenico Agasso de «La Stampa» qui vous posera une question. Il en est à son deuxième vol papal, mais c’est la première fois qu’il a l’occasion de pouvoir vous poser une question lors d’une conférence de presse sur l’avion. A vous, Domenico.

Domenico Agasso: Saint-Père, après la signature historique d’hier, du Document sur la fraternité, selon vous, quelles seront les conséquences dans le monde islamique, en pensant surtout aux conflits au Yémen et en Syrie? Et quelles conséquences y aura-t-il aussi parmi les catholiques, étant donné qu’il y a une partie des catholiques qui vous accusent de vous faire instrumentaliser par les musulmans?

Mais pas seulement par les musulmans! Ils m’accusent de me faire instrumentaliser par tout le monde, même par les journalistes! Cela fait partie du [de mon] travail. Mais je veux dire une chose. Cela, je le répète clairement: du point de vue catholique, le document ne s’est pas éloigné d’un millimètre de Vatican II. Il est même cité, parfois. Le document a été rédigé dans l’esprit de Vatican II. Et j’ai voulu, avant de prendre la décision de dire: « Cela va bien comme cela, nous le terminons ainsi » — du moins pour ma part —, je l’ai fait lire à quelques théologiens et aussi officiellement par le théologien de la Maison pontificale qui est un dominicain qui suit la belle tradition dominicaine, qui est de ne pas aller à la chasse aux sorcières, mais de voir les choses justes, et il a approuvé. Si certains se sentent dans l’embarras, je le comprends, ce n’est pas une chose de tous les jours, et ce n’est pas un pas en arrière, c’est un pas en avant, mais un pas en avant qui vient après cinquante ans, à partir du Concile qui doit se développer. Les historiens disent que pour qu’un Concile s’enracine dans l’Eglise, il faut 100 ans. Nous sommes à mi-chemin. Et cela peut susciter certaines perplexités, à moi aussi. Je vais vous dire, j’ai vu une phrase [du document] et je me suis dit: « Mais cette phrase, je ne sais pas si c’est bien sûr...». C’était une phrase du Concile! Et cela m’a surpris moi aussi! Dans le monde islamique, il y a des opinions différentes, certaines plus radicales, d’autres non. Hier, au Conseil des sages, il y avait au moins un chiite d’une grande universalité, et il a bien parlé... Il y aura parmi eux — je ne sais pas bien — des désaccords... C’est un processus et les processus mûrissent comme les fleurs, comme les fruits.

Gisotti: Merci, Saint-Père. A présent, passons au groupe francophone de Matilde Imberty de Radio France.

Matilde Imberty. Bonsoir Saint-Père. Vous venez de conclure votre visite dans les Emirats et dans peu de temps, vous irez au Maroc: là aussi c’est un voyage important. Il nous semble comprendre que vous avez choisi de parler avec des interlocuteurs bien précis de l’Islam. Est-ce un choix stratégique? Puis, toujours à propos de l’Islam, le Document historique signé hier est très ambitieux pour l’éducation: selon vous, peut-il véritablement toucher les fidèles musulmans? Merci.

Je sais et j’ai entendu certains musulmans dire que [le Document sur la Fraternité humaine] sera étudié dans les universités, au moins certainement à Al-Azhar, et dans les écoles. Etudié, pas imposé. Cela, pour commencer par la fin de votre question. Puis, la proximité des deux voyages est un peu fortuite, parce que je voulais aller à Marrakech, à la rencontre [le Sommet sur le Global Compact], mais se posaient des questions protocolaires: je ne pouvais pas aller à une rencontre internationale sans accomplir auparavant une visite au pays, et je n’en avais pas le temps. C’est pourquoi nous avons renvoyé la visite, et elle aura lieu peu de temps après celle-ci. C’est le secrétaire d’Etat qui est allé à Marrakech. C’est une question diplomatique et aussi de courtoisie, mais ce n’est pas une chose planifiée. Au Maroc aussi, je suivrai les traces de saint Jean-Paul II, qui y est allé: il a été le premier à s’y rendre. Ce sera un voyage agréable. Puis, j’ai reçu les invitations d’autres pays arabes, mais je n’aurai pas le temps cette année. Nous verrons l’an prochain, moi ou l’autre Pierre, si quelqu’un ira! Merci.

Gisotti: Bien. Maria Sagrario Ruiz de «Radio Nacional de España». Merci.

Maria Sagrario Ruiz (Radio Nacional de España): Bonsoir, Saint-Père. Je pose ma question en espagnol. La diplomatie vaticane a une longue histoire de la pratique de cette diplomatie des petits pas dans la médiation des conflits. Je désire rappeler concrètement l’année 1978, quand grâce à la médiation de Jean-Paul II , on évita une guerre entre votre pays, l’Argentine et le Chili. Nous avons su hier que Nicolás Maduro, et là nous revenons au Vénézuéla, vous a envoyé une lettre en demandant de reprendre le dialogue. Vous avez un secrétaire d’Etat, Pietro Parolin, qui connaît parfaitement ce pays. Tous les regards, au moins beaucoup d’entre eux, sont tournés vers le Pape François et le Vatican. Que fait le Vatican ou que pense-t-il faire? Vous avez dit que vous étiez disposé à une médiation si on vous le demandait. A quel point en sommes-nous?

Merci. La médiation entre l’Argentine et le Chili a été un acte vraiment courageux de saint Jean-Paul II, qui a évité une guerre, qui était imminente. Il y a des petits pas, et le dernier est la médiation. Ce sont des petits pas initiaux, qui aident, pas seulement au Vatican, mais dans toute la diplomatie: la proximité l’un de l’autre, pour ouvrir une possibilité de dialogue. On agit ainsi dans la diplomatie. Je crois que la Secrétairerie d’Etat pourra bien expliquer tous les différents pas que l’on peut faire. J’ai su avant ce voyage qu’une lettre de Maduro serait arrivée par la valise diplomatique. Je ne l’ai pas encore lue. Nous verrons ce qu’on peut faire. Mais pour que l’on envisage — prenons le dernier pas — une médiation, il faut la volonté des deux parties: que ce soient les deux parties qui la demandent. Cela a été le cas de l’Argentine et du Chili. Le Saint-Siège a été présent au Venezuela au moment du dialogue où il y avait également votre compatriote, Rodríguez Zapatero: il y a eu une première réunion avec Mgr Tscherrig et ensuite Mgr Celli a continué. Et là, on a «accouché d’une souris»: rien, de la fumée. Maintenant, je ne sais pas, je verrai cette lettre et je verrai ce que l’on peut faire. Mais les conditions de base sont que les deux parties le demandent. Nous sommes toujours disposés. C’est la même chose quand les gens vont chez le curé parce qu’il y a un problème entre le mari et la femme. L’un des deux y va d’abord et on dit: « Mais l’autre partie vient ou ne vient pas? Elle veut ou elle ne veut pas?». Toujours les deux parties, c’est le secret. Et également pour les pays, il s’agit d’une condition qui doit les faire réfléchir avant de demander une aide, ou la présence d’un observateur ou une médiation. Les deux parties, toujours. Merci. Et... j’irai, en Espagne!

Gisotti: C’est maintenant Nicole Winfield de «Associated Press» qui pose la question.

Nicole Winfield: Saint-Père, la revue féminine de L’Osservatore Romano a publié un article qui dénonce des abus sexuels sur des femmes consacrées dans l’Eglise — des femmes adultes, les sœurs — de la part du clergé. Il y a quelques mois, l’Union internationale des Supérieures générales a elle aussi effectué une dénonciation publique de ce problème. Nous savons que la réunion dans quelques semaines au Vatican portera sur les abus sexuels sur des mineurs, mais pouvons-nous imaginer que le Saint-Siège puisse faire quelque chose pour affronter également ce problème avec un document ou des lignes-guides? Merci.

Je répondrai à cela, reste ici, mais je préfère finir avec le voyage, et ensuite la première question à laquelle je répondrai sera la tienne. Cela va bien comme ça?

Maria Angeles Aconde: Bonsoir, Saint-Père. Je vous pose la question au nom du groupe de langue espagnole. Vous avez participé à une rencontre avec le Conseil des anciens. Pouvez-vous, dans la mesure du possible, nous parler des thèmes qui ont été abordés et rentrez-vous à Rome avec l’impression que votre message a été reçu par vos interlocuteurs?

Les anciens sont vraiment sages. Le Grand Imam a d’abord parlé, puis chacun d’eux, à commencer par le plus âgé qui parlait l’espagnol — oui, parce qu’il venait de Mauritanie et il l’avait appris là-bas, âgé, quatre-vingts ans —, jusqu’au plus jeune qui est le secrétaire et qui a peu parlé, mais il a tout dit dans une vidéo, sa spécialité, c’est un communicateur. Cette rencontre m’a plu, cela a été une très belle chose. Ils ont parlé en commençant avec le mot-clé: «sagesse» et ensuite «fidélité». Ils ont souligné que c’est un chemin de la vie sur lequel cette sagesse grandit et la fidélité se renforce et de là naît l’amitié entre les peuples. Ils étaient de différentes... Je ne sais pas comment l’expliquer: l’un d’eux était chiite, d’autres avec diverses nuances... Et ensuite, ce chemin de sagesse et de fidélité te porte à la construction de la paix, car la paix est une œuvre de la sagesse et de la fidélité, fidélité humaine, entre les peuples, et tout cela. J’ai eu l’impression de me trouver parmi de vrais sages; et cela est une garantie, pour le Grand Imam, d’avoir ce conseil.

Angelina: Vous avez été satisfaite, j’imagine.

Oui, très satisfaite, merci.

Gisotti: Nous avons aussi Sofia Barbarani, de «The National», qui est un journal très important pour Abou Dabi.

Sofia Barbarani: Bonjour, la question que nous voulions vous poser, toujours du groupe de journaux d’Abou Dabi était: aujourd’hui, une petite fille vous a apporté une lettre — nous l’avons vue — elle est accourue vers vous quand vous étiez dans la voiture. Nous voulions savoir si vous aviez déjà lu la lettre, et si vous saviez ce qu’elle disait.

Je n’ai pas eu le temps. Les lettres sont là, je suis en train de les classer pour les lire après.

Sofia Barbarani: Et pouvez-nous nous dire quelle impression vous avez ressenti quand vous avez vu cette petite fille venir vers vous ?

Cette petite fille est courageuse! Elle a été arrêtée, et j’ai dit: « Non, laissez-la venir!». Cette petite fille a de l’avenir, elle a de l’avenir! Et j’oserais dire: pauvre mari! [Le Pape rit, les personnes présentes rient] Elle a de l’avenir, elle est courageuse. Elle m’a plu, parce qu’il faut du courage pour faire cela. Et ensuite une autre l’a suivie, elles étaient deux: elle a vu l’autre et cela lui a donné du courage.

Gisotti: Alors, il y a deux autres questions sur le voyage: Inés San Martín et Franca Giansoldati, si vous êtes très rapides.

Franca Giansoldati: Sainteté, le Grand Imam Al-Tayeb a parlé, il a souligné le thème de l’islamophobie, la peur de l’islam. Pourquoi n’a-t-on pas entendu quelque chose également sur la christianophobie, ou tout au moins sur la persécution des chrétiens?

En vérité, j’ai parlé de la persécution des chrétiens, pas à ce moment-là, mais j’en parle fréquemment. Même pendant ce voyage j’en ai parlé — je ne me souviens pas où — mais j’en ai parlé. Je ne sais pas, je crois que le document portait davantage sur l’unité et l’amitié, et j’ai souligné cela. Maintenant cela me vient à l’esprit: le document condamne aussi, il condamne la violence. Et certains groupes qui se disent islamiques — même si les sages disent que cela n’est pas l’Islam — persécutent les chrétiens. Je me souviens de ce papa à Lesbos avec ses trois enfants. Il avait trente ans, pas plus, et il pleurait et il m’a dit: « Je suis musulman, ma femme était chrétienne et les terroristes de l’EI sont venus, ils ont vu sa croix, et ils lui ont dit: “Convertis-toi”. Et elle a dit: “Non, je suis chrétienne”. Et ils l’ont égorgée devant moi ». C’est le pain quotidien des groupes terroristes. Pas seulement envers les chrétiens, mais aussi la destruction, la destruction de la personne. A cet égard, le Document a prononcé une forte condamnation.

Gisotti: Toujours sur le voyage, Inés San Martín de «Crux».

Inés San Martín: Saint-Père une question en réalité en rapport avec celle qu’a faite mon collègue, car nous n’avons pas eu le temps de nous coordonner. Mais, comme je vous l’ai dit lors du dernier voyage, j’ai eu la possibilité de rencontrer l’archevêque de Mossoul en Irak, qui dit toujours qu’ils vous attendent et qui nie, à ce propos, que les évêques en discutent, mais qu’ils vous attendent simplement. Vous avez parlé de liberté religieuse et vous avez dit que la liberté religieuse va au-delà de celle de culte. Pouvez-vous nous parler un peu de ce thème? Parce qu’aujourd’hui nous avons été, et à présent nous rentrons d’un pays connu pour sa tolérance; toutefois, beaucoup de catholiques qui étaient aujourd’hui au stade, aujourd’hui seulement pour la première fois depuis qu’ils sont arrivés aux Emirats arabes unis, ont pu exprimer ouvertement leur foi et leurs croyances. Alors, peut-on avoir un changement qui aille au-delà de ce qui s’est passé aujourd’hui?

Les processus ont des débuts, n’est-ce pas? On peut préparer une action et après on exécute celle-ci, et ensuite il y a un avant et un après. Je crois que la liberté progresse toujours, elle doit progresser, toujours plus, elle ne doit pas s’arrêter. J’ai été impressionné par une conversation que j’ai eue avant de partir avec un jeune garçon de 13 ans, à Rome, qui voulait me voir, il voulait me voir et je l’ai reçu et il m’a dit: « Bien, certaines choses que vous dites me semblent intéressantes, mais je veux vous dire que je suis athée. Qu’est-ce que je dois faire en tant qu’athée pour devenir un homme de paix?». Et je lui ai dit: « Fais ce que tu sens» et je lui ai un peu parlé. Mais j’ai aimé le courage de ce garçon: il est athée, mais il recherche le bien, il cherche cette voie. Cela aussi est un processus, un processus que nous devons respecter et accompagner. Accompagner tous les processus pour le bien, tous, quelles que soient leurs «couleurs». Et je crois que ce sont là des pas en avant. Merci.

Gisotti: Voilà, Saint-Père, le temps va finir. Mais il y a une réponse à donner...

C’est vrai, maltraiter les femmes est un problème. J’oserais dire que l’humanité n’a pas encore atteint sa maturité, la femme est encore considérée de «deuxième classe». Commençons par là: c’est un problème culturel. Ensuite, on arrive aux féminicides. Il y a des pays dans lesquels les mauvais traitements faits aux femmes arrivent au féminicide. Et avant d’arriver à votre question concrète, une curiosité qu’on m’a racontée; mais enquêtez pour savoir si c’est vrai ou pas. On m’a dit que l’origine des bijoux féminins a eu lieu dans un pays très antique — je ne sais pas bien, d’Orient —, où il existait une loi qui permettait de chasser la femme, de la congédier [répudier]. Si le mari, dans ce pays — je ne sais pas si c’est vrai ou pas — lui disait: «Va-t-en», à ce moment-là, telle qu’elle était habillée, elle devait s’en aller sans rien prendre. Et alors les femmes commencèrent à se parer de bijoux, d’or et de pierres précieuses, pour avoir quelque chose pour survivre. Je ne sais pas si c’est vrai ou pas, mais c’est intéressant. Faites une enquête. A présent votre question [sur l’abus des religieuses de la part de clercs]. C’est vrai, dans l’Eglise il y a eu aussi des clercs qui ont fait cela; dans certaines cultures c’est un peu plus fort que dans d’autres; ce n’est pas quelque chose que tous font, mais il y a eu des prêtres et aussi des évêques qui l’ont fait. Et je crois qu’on le fait encore, car ce n’est pas quelque chose qui, à partir du moment où tu t’en rends compte, finit. La chose va ainsi de l’avant. Cela fait longtemps que nous travaillons sur cela. Nous avons suspendu certains clercs, nous en avons renvoyés pour cela. Et aussi — je ne sais pas si le processus est fini — nous avons dû dissoudre quelques congrégations religieuses féminines qui étaient très liées à ce phénomène, une forme de corruption. Je ne peux pas dire: «Chez moi cela n’existe pas... ». C’est vrai. Doit-on faire quelque chose de plus? Oui. Avons-nous la volonté de le faire? Oui. Mais c’est un chemin qui vient de loin. Le Pape Benoît a eu le courage de dissoudre une congrégation féminine d’un certain niveau, parce qu’une forme de manipulation des femmes y était entrée, même une manipulation sexuelle [comme l’explique le directeur ad interim de la salle de presse, le Saint-Père en utilisant le terme esclavage, entendait «manipulation», une forme d’abus de pouvoir qui se reflète aussi dans un abus sexuel], de la part des clercs ou de la part du fondateur. Parfois le fondateur ôte la liberté, il inhibe la liberté des sœurs, et il peut arriver à cela. A propos du Pape Benoît XVI, je voudrais souligner que c’est un homme qui a eu le courage de faire beaucoup de choses sur ce point. Il y a une anecdote: il avait tous les papiers, tous les documents, concernant une organisation religieuse dans laquelle régnait la corruption sexuelle et économique. Lui [alors cardinal] essayait d’en parler, mais il y avait des filtres et il ne pouvait pas y arriver. A la fin, le Pape [saint Jean-Paul II], avec l’intention de comprendre la vérité, a convoqué une réunion et Joseph Ratzinger est allé là-bas avec son porte-document et tous ses papiers. Quand il est revenu, il a dit à son secrétaire: «Mets-le dans les archives, l’autre partie à gagné». Nous ne devons pas nous scandaliser pour cela, ce sont les pas d’un processus. Mais ensuite, devenu Pape, la première chose qu’il a dite a été: «Rapporte-moi ces papiers des archives», et il a commencé.... La légende sur le Pape Benoît XVI le fait voir comme très bon, oui, parce qu’il est bon, bon, comme le pain, il est bon! Mais elle le fait voir aussi comme faible, et en revanche, il n’a rien d’un faible ! Il a été un homme fort, conséquent dans les choses. Il a commencé... Et là, dans cette congrégation, il y avait ce problème dont vous parlez. Priez pour que nous puissions aller de l’avant. Je veux aller de l’avant... Il y a des cas, dans certaines congrégations, en particulier nouvelles, et dans certaines régions plus que dans d’autres. Oui, voila ce que c’est. Nous sommes en train de travailler.

Gisotti: Merci, Saint-Père. Et merci à vous tous. Mais il y a une surprise pour une collègue qui est parvenue à un objectif très, très important.

On m’a dit que nous fêtons le 150ème anniversaire de Valentina [Alazraki, arrivée à son 150ème voyage papal]! [le Pape rit, tous rient]. Mais je ne la vois pas si momifiée! C’est une femme qui a des racines intéressantes. Une fois, je lui ai dit: «Si vous allez vous faire faire des analyses de sang, vous allez mettre l’hématologue dans l’embarras!».

Merci beaucoup ! Priez pour moi, n’oubliez pas, j’en ai besoin. Merci !

Merci beaucoup! Priez pour moi, n’oubliez pas, j’en ai besoin. Merci.

 



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