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JEAN-PAUL II 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 30 Août 2000

 

Lecture:  Lc 19, 5-10

1. Le Psalmiste chante:  "Tu  as compté, toi, mes déboires" ( Ps 56, 9). Dans cette phrase brève et essentielle est contenue l'histoire de l'homme qui erre dans le désert de la solitude, du mal, de l'aridité. Par le péché, il a rompu l'admirable harmonie de la création établie par Dieu aux origines:  "Dieu vit tout ce qu'il avait fait:  cela était très bon", ainsi pourrait-on rendre le sens du célèbre texte de la Genèse ( Gn 1, 31). Et pourtant Dieu n'est jamais loin de sa créature; au contraire, il demeure toujours présent dans son intimité, selon la belle intuition de saint Augustin:  "Où étais-tu alors et combien étais-tu loin de moi? J'errai loin de toi [...]. Toi, en revanche, tu étais plus en moi que ma partie la plus profonde et plus haut que ma partie la plus élevée" (Confessions 3, 6, 11).

Mais le Psalmiste avait déjà décrit dans un hymne merveilleux la vaine fugue de l'homme de son Créateur:  "Où irai-je loin de ton esprit, où fuirai-je loin de ta face? Si j'escalade les cieux, tu es là, qu'au shéol je me couche, te voici. Je prends les ailes de l'aurore, je me loge au plus loin de la mer, même là, ta main me conduit, ta droite me saisit. Je dirai:  "Que me presse la ténèbre, que la nuit soit pour moi une ceinture"; même la ténèbre n'est point ténèbre devant toi et la nuit comme le jour illumine" ( Ps 139, 7-12).

2. Dieu accomplit une recherche avec une insistance et un amour particuliers:  celle du fils rebelle qui s'enfuit loin de son regard. Dieu s'est avancé sur les routes tortueuses des pécheurs à travers son Fils, Jésus-Christ, qui précisément lorsqu'il apparaît sur la scène de l'histoire, est présenté comme "l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" (Jn 1, 29). Les premières paroles qu'il  prononce  en  public sont les suivantes:  "Repentez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche" (Mt 4, 17). Un thème important apparaît, que Jésus illustrera à plusieurs reprises en parole et en actes:  "Repentez-vous", en grec metanoéite, c'est-à-dire accomplissez une metánoia, un changement radical de l'esprit et du coeur. Il faut laisser le mal derrière soi et entrer dans le royaume de justice, d'amour et de vérité, qui s'ouvre.

La trilogie des paraboles de la miséricorde divine recueillie par Luc dans le chapitre 15 de son Evangile constitue la représentation la plus incisive de la recherche active et de l'attente aimante de Dieu à l'égard de la créature pécheresse. En accomplissant la metánoia, la conversion, l'homme revient, comme le fils prodigue, pour embrasser le Père qui ne l'a jamais oublié ni abandonné.

3. Saint Ambroise, en commentant cette parabole du père riche d'amour à l'égard de son fils riche de péché, introduit la présence de la Trinité:  "Lève-toi, viens en courant à l'Eglise:  là il y a le Père, là il y a le Fils, là il y a l'Esprit Saint. Il court vers toi, parce qu'il t'écoute alors que tu réfléchis en toi même dans le secret de ton coeur. Et lorsque tu es encore loin, il te voit et se met à courir. Il voit dans ton coeur, il accourt pour que personne ne te retienne, et en plus il t'embrasse... Il se jette au cou de celui qui gisait par terre pour le relever, et pour faire en sorte que celui qui était déjà opprimé par le poids des péchés et penché vers les choses terrestres, tourne à nouveau le regard vers le ciel, où il devait chercher son propre Créateur. Le Christ se jette à ton cou, parce qu'il veut enlever de ta nuque le joug de l'esclavage et poser sur ton cou un joug doux" (In Lucam VII, 229-230).

4. La rencontre avec le Christ change l'existence d'une personne, comme l'enseigne l'histoire de Zachée que nous venons d'écouter au début. C'est également ce qui est arrivé aux pécheurs et aux pécheresses qui ont croisé Jésus sur leur route. Sur la croix, il y a un acte extrême de pardon et d'espérance donné au malfaiteur, qui accomplit sa metánoia lorsqu'il arrive à la frontière ultime entre la vie et la mort et qu'il dit à son compagnon:  "Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes" (Lc 23, 41).  A lui, qui implore:  "Souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton Royaume", Jésus répond:  "En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis" (cf. Lc 23, 42-43). Ainsi, la mission terrestre du Christ commencée par l'invitation à se repentir pour entrer dans le Royaume de Dieu, se conclut avec une conversion et une entrée dans son Royaume.

5. La mission des Apôtres commença également par une invitation pressante à la conversion. Aux auditeurs de son premier discours, qui avaient ressenti leur coeur transpercé et qui demandaient avec inquiétude:  "Que devons-nous faire", Pierre répondit:  "Repentez-vous (metanoésate), et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit" (Ac 2, 37-38). Cette répon-se de Pierre fut accueillie rapidement:  "environ trois mille âmes" se convertirent en ce jour (cf. Ac 2, 41). Après la guérison miraculeuse d'un homme infirme, Pierre renouvela son exhortation. Il rappela aux Hiérosolymitains leur horrible péché:  "Mais vous, vous avez chargé le Saint et le Juste [...] vous avez fait mourir le prince de la vie" (Ac 3, 14-15), il atténua toutefois leur faute, en disant:  "Cependant, frères, je sais que c'est par ignorance que vous avez agi" (Ac 3, 17); il les appela ensuite à la conversion (cf. 3, 19) et leur donna une immense espérance:  "C'est pour vous d'abord que Dieu [...] l'a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités" (3, 26).

De façon sembable, l'Apôtre Paul prêchait la conversion. Il le dit dans son discours au roi Agrippa, en décrivant ainsi son propre apostolat:  à tous, "aux païens aussi, j'ai prêché qu'il fallait se repentir et revenir à Dieu" (Ac 26, 20; cf. 1 Ts 1, 9-10). Paul enseignait que "la bonté de Dieu [nous] pousse à la conversion" (Rm 2, 4). Dans l'Apocalypse,  c'est  le  Christ  lui-même  qui exhorte de façon répétée à la conversion. Inspirée par l'amour (cf. Ap 3, 19), l'exhortation est vigoureuse et elle manifeste toute l'urgence de la conversion (cf. Ap 2, 5.16.21-22; 3, 3.19), cependant elle est accompagnée par des promesses merveilleuses d'intimité avec le Sauveur (cf. 3, 20-21).

Une porte d'espérance est donc toujours ouverte à tous les pécheurs. "L'homme n'est pas livré à lui-même lorsqu'il tente, de mille façons parfois déçues, une impossible ascension au ciel:  il existe un tabernacle de gloire, qui est la très sainte personne de Jésus le Seigneur, où le divin et l'humain se rencontrent dans une étreinte qui ne pourra jamais être brisée:  le Verbe s'est fait chair, semblable en tout à nous, excepté le péché. Il verse la divinité dans le coeur malade de l'humanité et, en y insufflant l'Esprit du Père, la rend capable de devenir Dieu par la grâce" (Orientale lumen, n. 15).

* * *


Parmi les pèlerins qui assistaient à l'Audience générale du 30 août 2000, se trouvaient les groupes suivants, auxquels le Saint-Père s'est adressé en français: 

De France: Communauté du Verbe de Vie; Communauté "Famille de Saint-Joseph", du Mont-Luzin.

De la Principauté de Monaco:  Paroisse Saint-Charles.

De Grèce:  Groupe de pèlerins d'Athènes.

Du Liban: Collège des Soeurs Antonines, de Ghazir; groupe de pèlerins.

Du Gabon: Groupe de pèlerins.


Chers frères et soeurs,

Les textes de l'Ecriture nous montrent en de nombreux passages que Dieu recherche avec persévérance et amour l'homme qui s'est éloigné de son regard de Père. Dieu s'est avancé sur les routes tortueuses des pécheurs, en son Fils venu dans notre histoire. Les premières paroles que Jésus a prononcées en public ont été:  "Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche" (Mt 4, 17). Il a donc invité l'homme à un changement radical de l'esprit  et  du  coeur,  c'est-à-dire à abandonner le mal et à entrer dans le royaume de justice, d'amour et de vérité qu'il venait d'inaugurer.

En acceptant de se convertir, comme le fils prodigue, l'homme revient entre les bras du Père, qui ne l'a jamais oublié ni abandonné. Pour tous les pécheurs, la porte de l'espérance demeure grande ouverte!

Je salue avec plaisir les pèlerins de langue française, en particulier ceux du Gabon, accompagnés de Monseigneur André Fernand Anguilé, Archevêque émérite de Libreville. Je salue le pèlerinage oecuménique d'Athènes et les professeurs du collège des Soeurs Antonines de Ghazir. Je vous souhaite à tous de recevoir en abondance, pendant votre pèlerinage, les grâces du grand Jubilé de l'Incarnation, et je vous bénis de grand coeur.

 

© Copyright 2000 - Libreria Editrice Vaticana

 



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