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JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 11 octobre 2000

 

Lecture : He 9, 11-14

1. « Pour le Christ, avec le Christ et en Christ, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l'unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire ». Cette proclamation de louange trinitaire scelle dans chaque célébration eucharistique la prière du Canon. L'Eucharistie, en effet, est le « sacrifice de louange » parfait, la glorification la plus élevée qui de la terre s'élève au ciel, « source et sommet de toute la vie chrétienne (les fils de Dieu) offrent (au Père) la victime divine et s'offrent eux-mêmes avec elle » (Lumen gentium, n. 11). Dans le Nouveau Testament, l'Epître aux Hébreux nous enseigne que la liturgie chrétienne est offerte par un « grand prêtre, saint, innocent, immaculé, séparé désormais des pécheurs, élevé plus haut que les cieux », qui a accompli une fois pour toutes un unique sacrifice «en s'offrant lui même» (cf. He 7, 26-27). « Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps » (He 13, 15). Nous voulons aujourd'hui évoquer brièvement les deux thèmes du sacrifice et de la louange que l'on rencontre dans l'Eucharistie, sacrificium laudis.

2. Dans l'Eucharistie se réalise tout d'abord le sacrifice du Christ. Jésus est réellement présent sous les espèces du pain et du vin, comme lui-même l'assure : « Ceci est mon corps [...] ceci est mon sang » (Mt 26, 26.28). Mais le Christ présent dans l'Eucharistie est le Christ désormais glorifié qui, le Vendredi Saint, s'offrit lui-même sur la Croix. C'est ce que soulignent les paroles qu'il a prononcées à propos de la coupe de vin : « Ceci est mon sang, le sang de l'alliance qui va être répandu pour une multitude » (Mt 26, 28; cf. Mc 14, 24; Lc 22, 20). Si l'on examine ces paroles à la lumière de leur filigrane biblique, apparaissent deux renvois significatifs. Le premier est constitué par la locution « sang répandu » qui, comme l'atteste le langage biblique (cf. Gn 9, 6), est synonyme de mort violente. Le second consiste dans la précision « pour une multitude », concernant les destinataires de ce sang versé. L'allusion nous ramène là à un texte fondamental pour la relecture chrétienne des Ecritures, le quatrième chant d'Isaïe : par son sacrifice, « en s'accablant lui-même de leurs fautes », le Serviteur de Dieu « portait le péché des multitudes » (Is 53, 12; cf. He 9, 28; 1 P 2, 24)

3. La même dimension sacrificielle et rédemptrice de l'Eucharistie est exprimée par les paroles de Jésus à propos du Pain lors de la Dernière Cène, telles qu'elles sont rapportées par la tradition de Luc et de Paul : « Ceci est mon corps, donné pour vous » (Lc 22, 19; cf. 1 Co 11, 24). On a également dans ce cas un renvoi au don sacrificiel du Serviteur de Dieu selon le passage déjà évoqué d'Isaïe (53, 12) : « Il s'est livré lui-même à la mort [...] ; il portait le péché des multitudes ». « L'Eucharistie est surtout un sacrifice : sacrifice de la Rédemption et, en même temps, sacrifice de la nouvelle alliance, comme nous le croyons et comme le professent clairement les Eglises d'Orient. Le sacrifice d'aujourd'hui, a affirmé il y a des siècles l'Eglise grecque (lors du Synode de Constantinople contre Sotericos, 1156-1157), est comme celui qu'offrit un jour l'unique Verbe incarné, il est offert (aujourd'hui comme alors) par Lui, car il est le sacrifice identique et unique. » (Lettre apostolique Dominicae Cenae, n.9).

4. L'Eucharistie, en tant que sacrifice de la nouvelle alliance, se présente comme développement et accomplissement de l'alliance célébrée sur le Sinaï, lorsque Moïse a versé la moitié du sang des victimes de sacrifice sur l'autel, symbole de Dieu, et la moitié sur l'assemblée des fils d'Israël (cf. Ex 24, 5-8). Ce « sang de l'alliance » unissait intimement Dieu et l'homme dans un lien de solidarité. Avec l'Eucharistie, l'intimité devient totale, l'étreinte entre Dieu et l'homme atteint son sommet. C'est l'accomplissement de cette « nouvelle alliance » qu'avait prédite Jérémie (cf. 31, 31-34) : un pacte dans l'esprit et dans le cœur que l'Epître aux Hébreux exalte précisément en partant de l'oracle du prophète, en le reliant au sacrifice unique et définitif du Christ (cf. He 10, 14-17).

5.  A ce point, nous pouvons illustrer l'autre affirmation : l'Eucharistie est un sacrifice de louange. Essentiellement orienté vers la pleine communion entre Dieu et l'homme, « le sacrifice eucharistique est la source et le sommet de tout le culte de l'Eglise et de toute la vie chrétienne. A ce sacrifice d'action de grâce propitiatoire, d'imploration et de louange, les fidèles participent avec une plus grande plénitude lorsqu'ils offrent non seulement au Père de tout leur cœur, en union avec le prêtre, la victime sainte et, en elle, eux-mêmes, mais également lorsqu'ils reçoivent la victime dans le sacrement» (Sainte Congrégation pour les Rites, Eucharisticum Mysterium, n. 3 e).

Comme le dit lui-même le terme d'origine grecque, l'Eucharistie est « remerciement »; dans celle-ci, le Fils de Dieu unit à lui l'humanité rachetée dans un chant d'action de grâce et de louange. Rappelons-nous que la parole juive todah, traduite «louange», signifie également « remerciement ». Le sacrifice de louange était un sacrifice d'action de grâce (cf. Ps 50 [49], 14.23). Lors de la Dernière Cène, pour instituer l'Eucharistie, Jésus a rendu grâce à son Père (cf. Mt 26, 26-27 et parallèles); telle est l'origine du nom de ce sacrement.

6. « Dans le sacrifice eucharistique, toute la création aimée par Dieu est présentée au Père à travers la mort et la résurrection du Christ » (Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 1359). En s'unissant au sacrifice du Christ, l'Eglise, dans l'Eucharistie, devient la voix d'une louange à toute la création. A cela doit correspondre l'engagement de chaque fidèle à offrir son existence, et son « corps », comme le dit Paul, en « hostie, vivante, sainte, agréable à Dieu» (Rm 12, 1), dans une pleine communion avec le Christ. De cette façon, une unique vie unit Dieu et l'homme, le Christ crucifié et ressuscité pour tous et le disciple appelé à se donner entièrement à lui.

Cette communion intime d'amour est chantée par le poète français Paul Claudel qui place ces paroles dans la bouche du Christ : « Viens avec moi, où Je Suis, en toi-même / et je te donnerai la clef de l'existence. /Là où Je Suis, là éternellement / se trouve le secret de ton origine.../ [...]. Où sont tes mains qui ne soient pas les miennes ? / Et tes pieds qui ne soient pas cloués à la croix même ? / Je suis mort et je suis ressuscité une fois pour toutes ! Nous sommes très proches l'un de l'autre / [...] Comment faire pour te séparer de moi /sans que tu m'arraches le cœur ? » (La Messe là-bas).

APPEL POUR LA PAIX AU MOYEN-ORIENT

C'est avec une profonde angoisse que nous suivons la grave situation de tension présente au Moyen-Orient, encore une fois secoué par des événements qui ont provoqué de nombreuses victimes et qui n'ont pas même épargné certains lieux saints. Face à cette situation dramatique, je ne peux qu'exhorter chacun à mettre fin, sans attendre, à cette spirale de violence, alors que j'invite tous les croyants à prier Dieu afin que les peuples et les responsables de cette région sachent reprendre le chemin du dialogue pour retrouver la joie de se sentir fils de Dieu, leur Père commun.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, notamment les fidèles du diocèse de Créteil avec leur évêque, Mgr Labille, les lecteurs du magazine Le Pèlerin, le groupe de fidèles du Viêt-Nam et le groupe œcuménique de Grèce. Que votre pèlerinage jubilaire ravive votre foi et fasse de vous des témoins du Christ ressuscité et des artisans de paix au milieu de vos frères ! À tous, je donne de grand cœur la Bénédiction apostolique.

 

© Copyright 2000 - Libreria Editrice Vaticana



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