Index   Back Top Print

[ EN  - FR ]

ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO

H.E. Mr BENJAMIN GODZI GODWYLL
NEW AMBASSADOR OF GHANA TO THE HOLY SEE*

Saturday, 19 November 1994 
 
 
 

Monsieur l’Ambassadeur,

1. C'est avec plaisir que je reçois les Lettres par lesquelles vous êtes accrédité comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Ghana près le Saint-Siège. Je suis aussi heureux de recevoir les salutations que vous me transmettez de la part de Son Excellence le Président Rawlings, et je vous demanderais de l'assurer de mes meilleurs vœux et de ma prière pour son gouvernement et le peuple du Ghana.

2. Comme vous l'avez souligné, il y a une longue histoire de présence chrétienne au Ghana, au point qu'aujourd'hui plus de la moitié de la population ghanéenne professe le christianisme. De plus, les garanties pour la liberté religieuse assurées par la Constitution de la République du Ghana ont créé des conditions favorables pour que les membres de l'Église catholique puissent mettre en œuvre de nombreux projets de services qui contribuent au développement spirituel et matériel de votre peuple et de votre pays. A cet égard, je suis reconnaissant à Votre Excellence d'avoir mentionné les contributions importantes de l'Église catholique dans le domaine de l'éducation, de la santé et des services sociaux. Non seulement au Ghana, mais dans toute l'Afrique, l'Église catholique cherche à proclamer l'Évangile, message de vérité, de justice et de paix, message qui exige des actions concrètes et non pas de simples paroles ou des théories (cf. Lettre encyclique Centesimus annus, 57). En effet, tous ceux qui travaillent sincèrement pour le développement intégral de la personne humaine et de la société, trouveront toujours un partenaire de bonne volonté dans l'Église catholique.

3. Toutefois le développement intégral demande des efforts concertés de la part des peuples et des nations. Au cours de ces cinq dernières années, en fait, de profonds changements ont marqué le type d'interaction des nations et des peuples: les anciennes divisions en deux blocs distincts, opposés l'un à l'autre sur le plan idéologique, politique et militaire ont fait place à une période d'incertitude, de confusion même, dans la recherche d'une base solide pour des relations bilatérales et multilatérales entre les peuples et les gouvernements. La faillite des économies centralisées des pays du bloc de l'Est et le besoin de compenser les tensions sociales surgissant de l'effondrement du système communiste ont, pour une large part, mobilisé l'attention des nations développées d'Europe et d'Amérique. C'est pourquoi j'ai pressé à maintes reprises les responsables politiques et la Communauté internationale à ne pas oublier les besoins des pays en voie de développement du Sud du monde. De façon spéciale, je les ai invités à se souvenir des besoins de l'Afrique.

Beaucoup de pays africains, dont votre Ghana bien-aimé, ont combattu pour renforcer les tendances à un renouveau social et politique qu'ils considéraient comme une condition pour un réel développement. Dans quelques cas, ces efforts ont abouti à de bons résultats et ont effectivement contribué à accroître le bien-être et la bonne entente. Ainsi, tous les secteurs de la population peuvent prendre une part active à la vie de la nation. Dans d'autres cas, des obstacles à la fois anciens et nouveaux bloquent le chemin du progrès, empêchant les pays d'avancer sur la route de la démocratie et du pluralisme politique. Les tragiques événements du Rwanda ont profondément mis tout cela en évidence. Tirant la leçon de cette terrible expérience, tous les Africains doivent être convaincus que l'association politique ne peut se réduire à l'identité ethnique, et que les institutions d'un pays doivent être au service de tous les citoyens, également, et dans un véritable esprit civique.

4. A ce sujet, on doit rendre hommage aux nombreux efforts faits par votre Président pour promouvoir la paix au Liberia voisin, particulièrement en soutenant les forces présentes dans ce pays et qui sont chargées de maintenir la paix. Dévasté et paralysé par tant de violence, le peuple souffrant du Liberia ne doit pas être abandonné par la communauté internationale. Avant tout, devant cette situation de conflit, tous les pays doivent se souvenir de leur obligation morale de respecter l'embargo sur les armes, décrété par les Nations unies. J'espère et je prie pour que de nouveaux actes de violence soient épargnés aux Libériens et qu'on puisse trouver une juste solution aux désaccords qui ont provoqué cette terrible tragédie.

5. Le monde développé a une responsabilité évidente vis-à-vis de l'Afrique, non seulement en raison de l'histoire mais aussi parce que la paix et le développement ne peuvent être assurés à un peuple si tous les autres n'ont pas, dans le même temps, la possibilité d'y avoir accès. Des programmes de coopération sont donc nécessaires et devraient être spécialement accessibles pour le transfert de la technologie nécessaire, pour combattre la terrible épidémie du SIDA et pour prendre soin du grand nombre de personnes déplacées et réfugiées. Mais cette assistance devrait respecter pleinement les structures sociales et culturelles ainsi que les traditions de l'Afrique elle-même, puisque les Africains doivent toujours être les artisans et les maîtres de leur propre développement et de leur avenir.

Récemment, l'Église catholique a célébré une Session spéciale du Synode des Évêques sur le rôle et le travail de l'Église en Afrique. Entre autres choses, le Synode invita à une pratique renforcée de la justice et du droit; il nota le besoin d'une plus grande éducation et d'une culture de la paix qui exclue la violence comme moyen de combat politique (cf. Message du Synode pour l'Afrique, 6 mai 1994, n. 34 et 35). J'espère que ces objectifs constituent une part importante de la vie et de l'agenda politique du Ghana. Je puis assurer Votre Excellence que 1'Eglise catholique qui est au Ghana continuera à travailler dans ce sens. Les catholiques partagent le désir profond de tous leurs frères et sœurs d'une paix vraie et harmonieuse dans une société qui défend les droits et la dignité de chacun de ses membres.

M. l'Ambassadeur, au moment où vous assumez vos responsabilités au sein du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, je vous présente mes meilleurs vœux et vous offre ma prière pour le succès de votre haute mission et je vous assure que les divers services du Saint-Siège seront toujours prêts à vous aider dans l'accomplissement de vos tâches.

Cordialement, j'invoque sur vous et sur le peuple bien-aimé du Ghana les abondantes Bénédictions de Dieu Tout-Puissant.


*L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française 1995 n.2 p.8.

 

© Copyright 1994 -  Libreria Editrice Vaticana

 



© Copyright - Libreria Editrice Vaticana