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ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Mr ANDROS A. NICOLAIDES, NEW AMBASSADOR
OF THE REPUBLIC OF CYPRUS TO THE HOLY SEE*

Saturday, 25 March 1995


Monsieur l’Ambassadeur,

1. C'est pour moi un grand plaisir de vous recevoir aujourd'hui au Vatican et d'accepter les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Chypre près le Saint-Siège. Je vous remercie des salutations et des vœux que vous m'avez transmis de la part du Président, S.E. M. Glafcos Clerides, et c'est avec plaisir que j'offre en retour l'assurance de mes prières de paix et de prospérité pour tous vos concitoyens.

Vous avez fait allusion à l'héritage très ancien et noble de Chypre qui, ainsi que tout le bassin méditerranéen oriental, a vu naître les valeurs et idéaux humains profondément enracinés, qui sont à la base de la civilisation européenne. Certains des habitants de Chypre furent également parmi les premières personnes hors de la Terre Sainte à entendre l'Évangile, lorsque saint Paul, accompagné de Barnabé, un membre de la communauté juive chypriote (cf. Ac 4, 36), prêcha dans ce pays vers 45 ap. J.C. (cf. ibid., 13 4-13). L'humanisme antique, ennobli et perfectionné par la vision transcendante que le christianisme a de l'homme et de son destin, devint finalement le patrimoine de toute l'Europe.

2. Cinquante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe a atteint un nouveau degré d'intégration, édifié et soutenu par un solide réseau d'institutions internationales, ayant pour but d'établir des structures de coopération économique, sociale et politique dans l'intérêt de tous. Dans le même temps dans ce corps robuste, s'est déclarée une maladie difficile à guérir. D'antiques rivalités ethniques et des tendances à l'individualisme ont donné naissance à de nouvelles formes de séparatisme et de discrimination qui trouvent leur expression la plus tragique dans les conflits sanglants qui persistent dans les régions des Balkans et du Caucase.

Et pourtant, nous pourrions nous demander si ce ne sont pas les peuples eux-mêmes qui ont voulu ces conflits, ou bien s'ils ont été contraints par leurs dirigeants à s'engager sur le chemin de la violence (cf. Discours au Corps diplomatique, 15 janvier 1994, n. 6). Si les dirigeants écoutaient les vraies aspirations de leur peuple, ils sauraient déceler le désir ardent de la paix et de la justice véritables présent partout et qui constitue le fondement stable sur lequel construire une société juste et prospère.

3. Votre Excellence a également noté que Chypre continue elle aussi d'être divisée. Je souhaite ardemment que l'on trouve au plus tôt une solution à cette situation Ailleurs, les efforts courageux d'hommes et de femmes clairvoyants ont apporté des solutions réalistes et justes à des conflits et des situations de profonde méfiance qui, pendant de nombreuses années, avaient semblé insolubles. Le respect mutuel, la disposition à admettre les erreurs du passé et le désir de s'engager dans le dialogue sincère conduiront finalement les parties en conflit à créer un nouveau climat d'entente et de réconciliation. Quelles que soient les difficultés « le dialogue et la négociation sont la voie obligée pour atteindre la paix » (Message pour la Journée mondiale de la Paix 1989, n. 10).

4. Bien que petite, l'Église catholique à Chypre est constamment engagée dans la promotion du bien de la société tout entière à travers le témoignage de sa foi, la contribution de sa doctrine sociale et les activités de ses membres, particulièrement dans le domaine de l'éducation, de la santé et de l'aide sociale. Les catholiques chypriotes en union avec leurs frères et sœurs orthodoxes et inspirés par le précieux trésor de foi religieuse et de valeurs éthiques, ont à cœur de voir leur pays progresser et pouvoir occuper la place qui lui revient en Europe et au sein de la Communauté mondiale.

Je suis heureux de noter l'esprit d'amitié et d'harmonie qui caractérise les relations existant entre la communauté catholique de Chypre et l'Église de Chypre. Je continue de prier avec ferveur pour que le prochain millénaire puisse voir le rétablissement de la pleine communion qui a existé entre nous pendant les premiers mille ans du christianisme.

Monsieur l'Ambassadeur, alors que vous commencez votre mission de Représentant de votre pays près le Saint-Siège, je forme le vœu que les liens de compréhension et d'amitié existant entre le Saint-Siège et la République de Chypre se renforcent continuellement. Je vous assure que les différents organes de la Curie romaine seront toujours prêts à vous assister dans l'accomplissement de vos fonctions. J'invoque cordialement l'abondance des Bénédictions de Dieu Tout-Puissant sur vous et sur tout le peuple chypriote.


*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.16 p.8.

© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana

 



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