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ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Mr JAN G. JOLLE, NEW AMBASSADOR
OF NORWAY TO THE HOLY SEE*

Saturday, 25 March 1995

 

 
Monsieur l’Ambassadeur,

1. Je suis heureux de vous souhaiter une cordiale bienvenue à l'occasion de la présentation des Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Royaume de Norvège près le Saint-Siège. Je vous prie de remercier Sa Majesté Roi Harald V pour ses vœux, et de lui transmettre mes salutations ainsi que l'assurance de mes prières pour tous les citoyens de votre pays bien-aimé.

2. Comme Votre Excellence l'a fait remarquer, la célébration cette année du millénaire de l'arrivée du christianisme dans votre pays offre l'occasion de rappeler le fondement spirituel sur lequel le magnifique édifice de la civilisation européenne est bâti. Dans votre nation, comme à travers le continent, la foi chrétienne a influencé de façon significative toute la vie de la société. Le message chrétien a inspiré les différents peuples d'Europe à développer une culture fondée sur une vision de la place primordiale que l'homme occupe dans le dessein de Dieu, une vision qui souligne la «dignité essentielle» de chaque individu «et, avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société dans les sens de la vérité et du bien» (Centesimus annus, n.38). Ainsi, le christianisme a transformé ces peuples de l'intérieur, selon les exigences du double commandement d'aimer Dieu et son prochain (cf. Mc 12, 30-31), exigences qui embrassent les valeurs auxquelles Votre Excellence a fait référence: le respect des droits humains, la sauvegarde de la liberté, la démocratie et l'autorité de la loi.

Aujourd'hui, l'avenir de la civilisation européenne dépend en grande partie de la défense et de la promotion résolues des valeurs vivifiantes qui sont au cœur de son patrimoine culturel. Ainsi que d'innombrables événements tragiques l'ont montré au cours du XXe siècle, lorsqu'une société rejette ou méprise le dessein providentiel inscrit dans l'ordre de la création, le respect pour la vie et la dignité humaines est inévitablement compromis. Jusqu'à présent, la civilisation occidentale a été profondément imprégnée par la ferme conviction que le respect de la loi naturelle constitue le fondement indispensable pour bâtir une société juste et libre, capable de prendre soin, de façon particulière, de ses membres les plus faibles. Il était entendu que seule une société reconnaissant certaines normes de comportement comme toujours valides et pour tous peut garantir le fondement éthique nécessaire de la coexistence sociale. En remplissant sa mission spirituelle dans le domaine public, l'Église ne peut donc pas manquer d'inviter tous les hommes et les femmes de bonne volonté à considérer l'inévitable dimension morale des politiques et stratégies sociales et économiques, qui ne sont jamais exclusivement techniques et neutres, mais moralement acceptables ou inadmissibles selon qu'elles défendent et promeuvent la dignité humaine ou qu'elles vont à leur encontre.

3. Heureusement, le récent Sommet mondial sur le Développement social, qui s'est tenu à Copenhague, a souligné à nouveau le principe selon lequel la personne humaine est au centre du développement durable, et le fait que l'aide au développement social ne sera efficace que si elle respecte le patrimoine religieux, éthique et culturel des peuples, de façon à ne pas devenir un facteur de fragmentation sociale. Il est important d'éviter de construire l'économie, tant dans les sociétés développées que dans les sociétés en voie de développement, sur la base de besoins forcés, alimentés par une mentalité consumériste selon laquelle les individus sont dominés par le désir de posséder des bien matériels et une vie confortable, une tendance qui a pour effet de les rendre aveugles aux besoins des autres (cf. Message pour la Journée mondiale de la Paix 1993, n. 5). Le véritable développement humain dépend moins de la quantité de biens disponibles que du niveau supérieur d'éducation et de formation, de la capacité accrue de pouvoir prendre librement les décisions qui déterminent l'existence d'une personne, et d'une augmentation des possibilités à partager directement dans la vie générale de la communauté et de la nation à laquelle on appartient. Si, à la suite du Sommet de Copenhague, l'opinion publique devient plus sensible à la véritable nature du développement et de la solidarité, on peut espérer qu'une nouvelle ère de coopération pour le bien-être intégral de la famille humaine pourra commencer. Je suis certain que la Norvège, grâce à sa forte tradition de soutien généreux aux pays en voie de développement, continuera de promouvoir une telle sensibilité au sein de la Communauté internationale. Je partage également le souhait formulé par Votre Excellence de voir les liens existant entre le Saint-Siège et le Royaume de Norvège se consolider toujours plus. Je sais que les catholiques de votre nation – inspirés et guidés par leur foi – participent volontiers aux nombreuses initiatives sociales et éducatives qui reflètent l'héritage millénaire des valeurs chrétiennes de la Norvège: le soin des marginaux, des personnes handicapées et des personnes âgées, la défense des droits des femmes et des minorités, la solidarité avec les pauvres et les réfugiés, et toutes les activités qui contribuent à renforcer la famille en tant qu'unité de base de la société.

Monsieur l'Ambassadeur, alors que vous commencez votre mission au sein de la communauté diplomatique accréditée près le Saint-Siège, je vous offre mes meilleurs vœux et mes prières. Les différents organes de la Curie romaine seront toujours prêts à vous assister dans l'accomplissement de votre fonction. En renouvelant l'expression de mon estime pour Sa Majesté le Roi et pour le peuple de Norvège, j'invoque sur votre nation l'abondance des Bénédictions de Dieu Tout-Puissant.


*L'Osservatore Romano - Edition hebdomadaire en langue française n.16 p.9.


© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana

 



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