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 Message à la Conférence des Pays non alignés*

 

A Son Excellence le Dr. Kenneth Kaunda, Président de la République de Zambie,

Nous désirons, monsieur le Président, adresser nos salutations cordiales et nos meilleurs voeux, à vous-même et par votre intermédiaire aux chefs d’Etat et de gouvernement ainsi qu’aux délégués participant à la Conférence des pays non alignés qui se réunit dans la capitale de la Zambie.

Nos pensées étant constamment tournées vers toutes les initiatives et les perspectives d’où peut venir la paix, toutes les rencontres de ceux qui ont des responsabilités dans le sort des peuples nous intéressent étroitement et sont pour nous un motif d’espoir. Ces sentiments, nous les éprouvons d’une façon particulière devant la Conférence qui se tient actuellement, en raison de son importance, du nombre si remarquable des gouvernements représentés, des idéaux si nobles de coopération et de paix que ceux-ci se proposent de poursuivre ensemble, pour le bien de leurs peuples et de l’humanité tout entière.

En raison de l’objectif religieux qui est le sien, l’Eglise catholique a conscience que sa mission spirituelle transcende le règlement concret des problème temporels.

Cette tâche est confiée à ceux qui ont des responsabilités dans la vie politique, économique et sociale. Cependant, en tant que communauté universelle d’hommes qui croient dans les idéaux de fraternité et de paix enseignés par l’Évangile et correspondant aux aspirations les plus nobles de l’esprit humain, elle estime qu’elle a le devoir, à l’égard de toute l’humanité, de rechercher, encourager et soutenir tout effort en vue d’une coexistence fructueuse, juste et pacifique entre les peuples.

Votre Conférence s’efforce de résoudre de nombreux et graves problèmes qui tourmentent le monde, problèmes dans lesquels l’Eglise voit l’aspiration instante de tous les hommes et de toutes les femmes de tous les continents et de tous les pays à un monde plus juste où il n’y aura plus de divisions et de conflits, et où individus et peuples seront égaux en respect et dignité

La conscience de chaque homme ressent profondément le besoin de mettre en pratique le droit de tous les hommes à une égalité réelle, sans distinction de race, de culture ou de condition sociale; l’aspiration des peuples à décider de leur propre destinée, afin de participer, avec une égale dignité, à la jouissance des biens mis à la disposition de la famille humaine, ainsi que de participer librement aux décisions affectant les entreprises de la société internationale. Chacun espère que les énormes ressources économiques et techniques, encore absorbées, hélas! par le domaine stérile des armements, pourront être libérées en vue d’une contribution généreuse au progrès de l’humanité. Il est clair que ces problèmes requièrent une étude détaillée et approfondie. Leur solution paraît encore éloignée, voire utopique, mais les valeurs humaines qu’ils impliquent ont une importance tellement vitale que nul effort de bonne volonté, nul sacrifice, ne devront être épargnés pour y parvenir. Et les possibilités concrètes de cette activité sont d’autant plus grandes que les efforts qui la soutiennent sont plus larges, plus persévérants et mieux coordonnés.

Il nous semble qu’une semblable coopération pour de nobles objectifs de paix peut être effective avant tout si elle s’inspire du principe moral selon lequel chaque peuple doit reconnaître que les autres devraient bénéficier de ce qu’il réclame pour lui-même. On doit effectivement voir dans cette inspiration l’un des principes fondamentaux qui guident cette Conférence. C’est dans cet esprit que doivent être reconnus le respect de la souveraineté et de la dignité nationales de chacun, la renonciation à l’usage de la force dans les relations internationales, le refus de coopérer aux injustices commises envers une autre par quelque nation que ce soit, grande ou petite, la renonciation à des tendances nationalistes exclusives ou oppressives. Si telle est l’inspiration de l’effort accompli en commun par de nombreux pays, il peut sortir de celui-ci une énergie bienfaisante qui deviendra une grande force pour l’édification de la paix, indépendamment des possibilités, grandes ou petites, dont dispose chaque pays individuellement.

Au moment où approche l’ouverture de la seconde décennie du développement et où sont élaborés les programmes internationaux pour cette entreprise exigeante, il apparaît toujours plus clairement que les valeurs humaines doivent l’emporter sur les considérations économiques et techniques. La coopération projetée dans ce domaine entre les pays qui participent à la Conférence de Lusaka contribuera certainement à apporter des suggestions, des indications et des propositions d’une importance considérable. De même, le fait que les pays non alignés soient capables de développer entre eux et avec les autres peuples les principes de dignité et de coopération pacifique auxquels ils aspirent, pourra trouver un écho, et recevoir un surcroît d’autorité et de force de persuasion, dans l’assemblée de la société internationale, pour soutenir ses institutions, ses entreprises et son autorité, qui sont toutes au, service de la paix mondiale.

Nous avons voulu, monsieur le Président, vous faire part de ces pensées qui expriment nos réflexions spontanées, ainsi que les espoirs et les voeux qui nous tiennent sincèrement à coeur. En même temps que nos voeux et l’assurance de notre humble prière quotidienne au Tout-Puissant, nous avons voulu exprimer tout le respect que nous portons à Votre Excellence, à votre noble pays, et à tous les pays qui participent à la Conférence. Nous avons enfin voulu exprimer l’intérêt avec lequel nous suivons cette Conférence, de même que tout ce qui sert la cause de la paix.

Du Vatican, le 8 septembre 1970.

PAULUS PP. VI


*La Documentation catholique n.1572 p.905-906.

 



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