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MESSAGE AU DIRECTEUR DE L'UNESCO, M. RENÉ MAHEU,
À L'OCCASION DE L'ANNÉE INTERNATIONALE DE L'ÉDUCATION*

 

À M. René MAHEU, Directeur général de l’UNESCO,

À maintes reprises nous avons au l’occasion de vous exprimer toute notre sympathie pour l’action entreprise par l’UNESCO au service de l’éducation, de la science et de la culture.

L’heureuse initiative d’une Année internationale de l’éducation a été accueillie avec satisfaction par le Saint-Siège, et les catholiques entendent pour leur part collaborer généreusement aux grands objectifs de cette campagne, convaincus que toute œuvre éducative est génératrice de développement et source de paix entre les hommes et entre les peuples.

En cette circonstance, le Saint-Siège a estimé opportun de souligner quelques orientations majeures en la matière, et nous espérons vous être agréable en vous les transmettant, dans la seule préoccupation d’apporter une utile contribution à cette grande cause.

De grand cœur nous formons le vœu de voir l’UNESCO, dans la fidélité à ses nobles orientations, développer son œuvre pacifique de promotion de l’homme, capitale pour l’avenir du monde.

Du Vatican le 8 décembre 1970.

PAULUS PP. VI

 


 

NOTE DU SAINT-SIÈGE

 

Une tâche permanente : rendre l’homme plus humain

1. Tous les hommes et tous les peuples ont toujours eu le souci de transmettre aux générations montantes, avec la vie et des moyens d’existence, des modes de vivre. Aussi, sous des modes bien divers à travers les lieux et les âges, l’éducation a-t-elle toujours été considérée comme une œuvre de première importance, assurant la transmission du savoir et du faire, et « tendant à rendre l’homme plus humain en le faisant participer à tout ce qui peut l’enrichir dans la nature et dans l’histoire..., et à faire des forces du monde physique des instruments de sa liberté (1) ».

Une nécessité particulière aujourd’hui : la formation permanente

2. Cette tâche primordiale s’exerce aujourd’hui de mille manières, chez les peuples anciens comme chez les nations jeunes. Mais la mutation profonde qui ébranle notre temps rend plus difficile la communication entre les générations, cependant qu’elle exige ce qu’on a pu appeler une formation permanente, pour aider les adultes à mettre à jour leurs connaissances et à profiter du progrès du savoir et des techniques, dans leur vie quotidienne aussi bien que dans leur activité professionnelle.

Entre la peur et l’espoir les jeunes

3. Alors que s’accroît la distorsion entre riches et pauvres dans un univers rétréci par les moyens modernes de communication sociale, le déséquilibre s’accentue devant « l’hypertrophie des moyens et l’atrophie des fins » (2). Entre la peur et l’espoir, l’humanité oscille, inquiète, dans la sourde conscience qu’une brillante réussite matérielle et technique peut aller de pair avec une sorte d’échec moral (3), et les adultes paraissent bien souvent désemparés devant « l’attente anxieuse et impatiente des jeunes qui ne saisit, dans les pays riches, leur angoisse devant la technocratie envahissante, leur refus d’une société qui ne réussit pas à les intégrer, et, dans les pays pauvres, leur plainte de ne pouvoir, faute de préparation suffisante et adaptée, apporter leur concours généreux aux tâches qui les sollicitent (4) ? ».

UNESCO et Année Internationale de l’éducation

4. « La faim d’instruction n’est pas moins déprimante que la faim d’aliments (5). » Aussi la création, par l’Organisation des Nations Unies, de l’UNESCO, agence spécialisée pour l’éducation, la science et la culture, a-t-elle fait naître de légitimes espoirs, et l’Église, pour sa part, n’a cessé de collaborer avec cette méritante institution, tout particulièrement en cette Année internationale de l’éducation. C’est ainsi, par exemple, qu’en plus des activités traditionnelles d’enseignement, en étroit accord avec les pouvoirs publics, auxquels il convient de rendre hommage, on a vu se développer, dans de jeunes chrétientés, l’alphabétisation fonctionnelle et l’emploi des moyens modernes de communication sociale au service de plus larges secteurs de la population rurale. Les progrès techniques sont du reste constants en ce domaine, et rendront possible demain ce qui, hier encore, apparaissait chimérique qui ne voit, par exemple, les possibilités immenses offertes aux éducateurs par les satellites de transmission et les vidéocassettes ?

Dans la mutation actuelle apprendre à apprendre

5. C’est dire que l’actuelle mutation scientifique et technique et ses répercussions en chaîne sur la vie quotidienne appellent une recherche incessante de formes d’éducation toujours mieux adaptées aux nécessités changeantes d’un monde en perpétuelle évolution. Le savoir n’est plus un acquis constitué une fois pour toutes. La quantité des informations disponibles s’accroît sans cesse, cependant que méthodes et techniques se transforment continûment. Et l’étudiant d’aujourd’hui sait qu’il sera demain affronté à des nouveautés dont ses maîtres soupçonnent à peine l’émergence. En plus de la nécessaire transmission d’un savoir, l’éducation doit tout mettre en œuvre pour développer les facultés de jugement et de discernement, et donner aux intéressés le goût et les moyens de poursuivre par eux-mêmes plus tard leur propre éducation en un mot, apprendre à apprendre.

Église, « mère et éducatrice » enseignement, communautés éducatives

6. Dans cette heure si importante pour l’avenir de l’humanité, l’Église entend, pour sa part, à sa manière propre, et sans jamais perdre de vue sa raison d’être qui est l’annonce de la Bonne Nouvelle du Christ Sauveur (6), poursuivre sa tâche de « mère et éducatrice » (7) dans les pays où elle s’est enracinée depuis ses origines c’est là une exigence de « la foi qui agit avec amour » (8). Soucieux de venir en aide aux jeunes et aux adultes, aussi bien dans les nécessités de leur vie physique et intellectuelle que dans celles de leur vie morale et spirituelle, « ses missionnaires ont construit, avec des églises, des hospices et des hôpitaux, des écoles et des universités (9) ». Bien loin du reste de se limiter aux établissements d’enseignement, l’Église a fondé de nombreuses communautés éducatives - qu’il suffise de rappeler, à des titres divers, l’œuvre d’un don Bosco ou d’un cardinal Cardijn, à côté de celle d’un saint Jean-Baptiste de la Salle - destinées à aider les jeunes à épanouir leur personnalité en s’intégrant librement dans la vie sociale.

La tâche éducatrice de l’Église au service de l’homme

7. Cet effort éducatif, très diversifié à travers le temps et l’histoire, s’est particulièrement appliqué aux pauvres de tous ordres, tout spécialement aujourd’hui aux déficients physiques et mentaux et aux inadaptés. De nombreux éducateurs - religieux et religieuses en tout premier lieu - ont largement contribué pour leur part, en maints pays, à la promotion des plus défavorisés, et notamment de la femme. Ainsi, de mille manières, la tâche éducatrice de l’Église se poursuit à travers le monde, où elle contribue au « vrai développement qui est le passage, pour chacun et pour tous, de conditions moins humaines à des conditions plus humaines » (10). Ce faisant, comme le déclarait le Pape Paul VI lors de la clôture à Rome du récent Concile œcuménique, elle ne vise qu’un seul but «Servir l’homme» (11).

Un apport spécifique au projet commun construire une communauté fraternelle d’hommes libres et responsables

8. S’il est vrai, selon le mot fameux d’un grand philosophe, e que le corps agrandi attend un supplément d’âme, et que la mécanique exigerait une mystique (12) », l’Église estime que son apport éducatif, dans ce qu’il a de spécifique (13), peut aider les hommes de ce temps à réaliser en plénitude leurs meilleures aspirations construire un monde fraternel où tous les membres de la grande famille humaine, des plus jeunes aux plus anciens, communiant avec enthousiasme à la réalisation de ce projet bien digne de galvaniser les énergies, parviennent à maîtriser progressivement les forces de la nature, à développer harmonieusement les possibilités de la culture et, dans le respect des légitimes diversités, à promouvoir une civilisation de l’universel où tous les enfants des hommes puissent vivre, libres et responsables, à l’image du Dieu d’amour qui est leur Père.

Vers un humanisme plénier un développement intégral

9. « C’est un humanisme plénier qu’il faut promouvoir. Qu’est-ce à dire, sinon le développement intégral de tout l’homme et de tous les hommes ?... Il n’est d’humanisme vrai qu’ouvert à l’Absolu, dans la reconnaissance d’une vocation, qui donne l’idée vraie de la vie humaine... L’homme ne se réalise lui-même qu’en se dépassant (14). » Ces affirmations de l’encyclique Populorum progressio marquent clairement les objectifs fondamentaux de l’action éducatrice de l’Église, soucieuse de respecter l’équilibre de la nature et de la grâce, et d’aider les hommes à se reconnaître comme frères dans une humanité en marche vers son plein accomplissement.

Une quête ardente de la vérité

10. « Conduisez-vous en enfants de lumière (15) » cette recommandation de l’Apôtre Paul engage les chrétiens dans une quête ardente de la vérité. Bien loin de les en détourner, la foi stimule leur recherche dans tous les domaines. Ils y découvrent l’action multiforme de l’homme dans le prolongement de celle du Créateur. Celui-ci ne peut en effet apparaître comme un gênant concurrent pour sa créature, puisque les prouesses scientifiques et techniques de cette dernière se réalisent en conformité avec ses desseins (16). L’emprise croissante de l’homme sur les forces de la nature n’est-elle pas dans le droit fil de sa vocation, tout comme la maîtrise de l’économie et l’aménagement politique de la société ? N’est-ce pas l’une des tâches primordiales de l’éducation que de communiquer cet enthousiasme créateur, de partager e ce patrimoine de civilisation acquis au prix d’immenses sacrifices (17) », et d’ouvrir ainsi généreusement les chemins de l’avenir ?

Du savoir transmis à la valeur communiquée

11. Une telle découverte des manifestations culturelles et des progrès techniques qui ont marqué la vie de l’humanité ouvre l’esprit, enrichît le cœur, forme au respect et à l’admiration raisonnée, et devient école de liberté responsable. Dans ce processus vers la conquête du vrai, la personnalité de l’éducateur est irremplaçable, car il ne s’agit plus seulement de savoir à transmettre, mais de valeur à communiquer et de vérité à découvrir, ce domaine infini dont la saisie progressive dilate l’intelligence et épanouit la personne en quête de plénitude.

Une recherche de sagesse, maîtresse de vie

12. Assoiffée d’authenticité et soupçonneuse devant toute autorité, souvent rebelle aux leçons du passé, surtout le plus proche, la génération montante en quête de vérité ne recherche-t-elle pas, plus qu’un avoir en perpétuelle évolution dont elle perçoit les limites avec acuité, une sagesse qui soit maîtresse de vie ? Qui demeurerait indifférent devant cette requête ? Il ne suffit pas pour y répondre des meilleures réformes pédagogiques, par ailleurs indispensables, il y faut un témoignage de vie. Toujours prêts, selon la recommandation de l’apôtre Pierre, « à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (18), les maîtres feront avec joie l’expérience de la parole du Christ à Nicodème « Qui fait la vérité va à la lumière (19). »

Apprendre à savoir et vouloir pour préparer à agir

13. Enracinée dans une expérience vivante qui se communique, l’éducation poursuit inlassablement son but : former des hommes, leur apprendre à vivre, leur faire découvrir qu’il serait certes imprudent d’agir sans savoir, mais que savoir sans agir serait une lâcheté. Car l’acquisition du savoir et l’apprentissage du vouloir sont directement tournés vers l’agir personnel et social. Il n’est pas de véritable éducation sans mise en œuvre de toutes les facultés humaines, de l’intelligence à la sensibilité, ni sans développement harmonieux de l’esprit et du corps. Du reste, son premier bénéficiaire n’est-il pas son agent principal, dont il s’agit d’éveiller, d’alimenter et d’orienter le dynamisme intérieur ? Loin de le cantonner dans une situation de passivité, il faut donc l’initier sans tarder aux responsabilités, en lui confiant progressivement des tâches à exercer et des décisions à prendre.

Enraciner un projet de vie, en donnant les moyens de le réaliser

14. Il n’y a donc pas d’éducation pour soi, mais un effort entrepris par des hommes concrets pour aider d’autres hommes à prendre la place qui leur revient dans leur communauté de vie, et à y exercer à leur tour leur action libre et responsable. Éduquer n’est pas transmettre une culture abstraite, mais enraciner un projet de vie dans une civilisation déterminée, en donnant les moyens de le réaliser alphabétiser certes, mais pour ouvrir les voies à une formation adaptée, qui permettra d’apprendre un métier, d’accomplir une tâche professionnelle utile, d’œuvrer en citoyen. Il ne saurait donc y avoir d’éducateurs figés dans un savoir sans prise sur la vie et des recettes stéréotypées, mais des maîtres habités par un constant souci de recherche et d’adaptation, préoccupés de préparer un avenir, et toujours disponibles aux requêtes des événements inventions, initiatives, contestations même, pour leur donner une issue positive, sans leur enlever leur fonction stimulatrice.

En symbiose avec tous les milieux vivants, socio-professionnels et culturels

15. Pour remplir convenablement leur tâche, les éducateurs ont donc besoin de s’insérer profondément dans la communauté, pour se pénétrer « de ses traditions, de ses besoins, de son niveau de culture, de l’orientation de ses tendances.., et de ses exigences... interprétées, au niveau de l’école, par des individus, des groupes organisés, des institutions culturelles ou religieuses, qui se proposent précisément, comme fin propre, la formation des jeunes gens à leurs tâches futures » (20). Un certain individualisme intellectualiste a opéré trop de ravages pour qu’on ne sente impérieusement le besoin d’ouvrir largement l’éducation sur le monde (21).

L’éducation, œuvre commune

16. Plus que jamais, l’éducation est en effet une œuvre commune qui doit mobiliser à son profit toutes les forces vives de la grande communauté des hommes la famille, certes, au premier chef, les enseignants de tous ordres avec leur apport spécifique, les groupements socio-culturels et les associations professionnelles, les communautés ecclésiales enfin, toutes œuvrant avec générosité et désintéressement pour la poursuite de ce grand œuvre au service du bien commun dont pouvoirs publics sont le garant (22).

La famille, première communauté éducatrice

17. Premiers éducateurs de leurs enfants (23), les parents ne peuvent être tenus à l’écart des orientations maîtresses données à l’enseignement. Capitale et irremplaçable, leur, influence doit se conjuguer harmonieusement avec celles des spécialistes pour assurer le succès de cette tâche ardue et difficile qu’est l’éducation d’un petit d’homme et sa préparation à affronter les tâches de demain. Car l’éducation, pour réussir, doit se concevoir non comme une substitution, mais comme un complément de celle de la famille. N’est-ce pas le rôle pratiquement unique des parents d’assurer l’épanouissement harmonieux des facultés affectives de l’enfant ? L’intégrité morale dont il a été le témoin chez les siens n'imprime-t-elle pas chez l’homme, pour la vie, une marque indélébile en même temps qu’un point de référence auquel il ne cesse de recourir ? Dans le désarroi croissant des adultes devant les revendications impérieuses et parfois contradictoires des générations montantes, il faut que parents et enseignants définissent ensemble un projet commun, capable d’assurer l’indispensable transmission du patrimoine culturel, apte à assumer l’acquis sans cesse croissant des sciences et des techniques, en mesure enfin de préparer l’enseigné d’aujourd’hui à prendre demain en adulte responsable ses tâches professionnelles et son engagement civique dans le monde qui se construit (24).

Bannir toute ségrégation

18. Les cloisonnements qui, trop souvent, séparent les hommes, sont le fruit d’une histoire marquée par l’égoïsme, l’ambition, l’esprit de domination, le péché personnel et collectif. L’enfant et l’adolescent ne demandent qu’à vivre en symbiose avec leurs semblables, quelles que soient leur race et leur origine sociale, par-delà les différences dues à toutes les ségrégations de l’avoir et du pouvoir. Il est donc de première importance que toute ségrégation soit bannie du milieu éducatif et que celui-ci épanouisse les meilleures virtualités d’un chacun, dans une fervente atmosphère d’émulation fraternelle et de féconde amitié.

Ouverture à l’universel

19. L’enracinement dans une culture propre va ainsi de pair avec le respect qui est dû aux autres. En se découvrant différents, les hommes prennent conscience d’être complémentaires, et leur ouverture sur l’universel est une composante essentielle de leur formation, tant il est vrai que la maîtrise du jugement et la capacité d’adaptation sont des marques propres de la vraie culture (25). D’un bout du monde à l’autre les échanges se multiplient, des relations se nouent, des solidarités se créent, et des univers étrangers hier encore se découvrent soudain familiers. Du même coup se révèlent des inégalités blessantes et des injustices criantes qui suscitent la tentation de répondre aux carences des institutions par la révolte. Ne voit-on pas en effet des personnes et des groupes sociaux, voire des peuples entiers, continuer égoïstement à s’enrichir cependant que d’autres - le plus grand nombre - se trouvent condamnés à la stagnation ou même à la régression ?

Éducation au développement

20. L’année internationale de l’éducation, conjuguée avec le lancement de la deuxième décennie du développement, fournit l’occasion providentielle d’une prise de conscience responsable de ce phénomène indigne d’une humanité civilisée. Au moment où le développement de l’éducation mobilise des forces de plus en plus grandes, celles-ci manqueraient à leur tâche si elles ne favori-saient par tous les moyens en leur pouvoir l’éducation au développement. L’indifférence et la passivité ne sont plus de mise devant ce drame de notre temps dénoncé avec angoisse par l’encyclique Populorum progressio. Une « conscientisation », comme on l’a dit à bon droit, s’avère indispensable, et l’on peut espérer qu’elle jaillisse à travers ce monde assoiffé de justice comme une source irrépressible d’espérance.

Concours de l’Église

21. En fécondant les intelligences et en forgeant les volontés, l’éducation éveille en même temps les consciences et appelle à l’action. Un tel effort requiert l’harmonieuse conjugaison des diverses communautés humaines. L’Église pour sa part n’a d’autre ambition que de continuer à y contribuer. Ne revendiquant rien d’autre que la liberté de servir (26), les éducateurs catholiques souhaitent travailler en symbiose étroite avec tous les éducateurs, dans une loyale collaboration avec les responsables du bien commun de la cité. Et ils s’efforcent de bannir de leur action toute tentation de particularisme étroit ou de rivalité agressive. Il n’est pas de trop de toutes les bonnes volontés pour réussir la tâche éducative qui impose son urgence aux hommes d’aujourd’hui, s’ils veulent assurer l’harmonieuse promotion de l’humain dans l’homme et dans la société.

Une authentique formation pour une promotion humaine

22. À une heure où l’on aspire de toutes parts à un renouveau du projet éducatif et à un renouvellement des méthodes pédagogiques, l’Église, dans la fidélité aux exigences spirituelles qui l’animent, exhorte tous ses fils à œuvrer avec compétence et discernement, chacun avec la responsabilité qui lui revient - parents, éducateurs, animateurs, responsables civiques, - a une authentique formation humaine. Dans ses propres centres d’éducation, elle s’efforce, tout en donnant les connaissances nécessaires et en développant les aptitudes socio-professionnelles, d’inculquer une juste notion des vraies valeurs, de former aux vertus personnelles et sociales, et de transmettre, avec la foi au Christ, l’amour de l’homme. Partout où les catholiques sont employés dans des tâches éducatives, elle leur demande de ne se distinguer que par leur généreuse contribution à l’œuvre commune, leur désintéressement, leur souci de susciter des communautés ouvertes et fraternelles, leur préoccupation d’épanouir harmonieusement toutes les virtualités des personnes qui leur sont confiées, dans le respect des vocations propres, et la promotion des vraies valeurs.

Conclusion : Vers la réalisation d’un projet commun un monde fraternel

23. Une immense tâche sollicite les hommes d’aujourd’hui. Ce n’est pas dans le désenchantement qu’ils pourraient l’accomplir. En prenant une vue plus exacte des besoins d’un avenir dont la prospective permet de discerner les orientations majeures, et en recherchant les moyens d’y répondre, l’année internationale de l’éducation est une occasion, pour tous les responsables, d’approfondir leurs convictions et de repartir de l’avant avec enthousiasme. Par-delà les légitimes différences de conviction qui habitent les hommes, il leur faut s’accorder sur un projet commun bâtir ensemble une société d’hommes libres et responsables, tant il est vrai « que le problème le plus crucial auquel notre système éducationnel a affaire n’est pas un problème d’éducation, mais un problème de civilisation (27) ». Le terme ultime de toute éducation authentique est la sagesse, faite de science et de conscience. Par la science, l’homme, dernier venu sur la terre mais seul être doué d’intelligence, pénètre les secrets de la nature et, par la conscience, il dispose de ses conquêtes pour le service de la famille humaine ; constitué gérant de la création, il découvre, dans sa collaboration à l’œuvre divine et dans la domination de la matière, sa dignité de personne humaine, fondement d’une société vraiment fraternelle. Quelle tâche exaltante pour tous les éducateurs mettre les hommes en mesure d’accomplir, en hommes, leur merveilleuse destinée !


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L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, 1971 n.2 p.2, 4.

La Documentation catholique 1971 n.1581 p.213-217.

 

(1) J. MARITAIN, l’Humanisme intégral, Paris, Aubier, 1936, p. 10-11.

(2) Allocution de Paul VI au Séminaire international de périodiques catholiques européens et de la société africaine de culture, L'Osservatore Romano, 2 octobre 1969, ou Documentation Catholique 66 (1969). Paris, Bayard Presse, p. 1059.

(3) cf. Allocution de Paul VI à la FAO, le 16 novembre 1970, n. 4, dans L’Osservatore Romano, 17 novembre 1970.

(4) Allocution de Paul VI à l’OIT, à Genève, le 10 juin 1969, n. 23, dans AAS 61 (1969), p. 502.

(5) Encyclique Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 35.

(6) Cf. Constitution dogmatique Lumen gentium, 21 novembre 1964, n. 1 et 8.

(7) Expression familière aux Pères de l’Église et reprise par JEAN XXIII comme titre de l’encyclique Mater et Magistra, 15 mai 1961, dans AAS 53 (1961), p. 401-464.

(8) Ga 5, 6.

(9) Populorum progressio, n. 12.

(10) Ibid., n. 20.

(11) AAS 58 (1066), p. 55-59.

(12) H. Bergson, les Deux Sources de la morale et de la religion, Paris, Aican, 17e éd., 1934, p. 335.

(13) Parmi les documents de référence en la matière BENOÎT XV, lettre apostolique Communes litteras, 10 avril 1919, dans AAS il (1919), p. 172 s. PIE XI, lettre encyclique Divini illius Magistri, 31 décembre 1929, dans AAS 22 (1930), p. 49 s. Pie XII, nombreux documents dont les plus importants sont dans AAS (1939-1958) et commodément réunis jusqu’en 1054 dans les Enseignements pontificaux. l’Education, Paris, Desclée, 1055, ou PIE XII, l’Éducation, la science et le culture, Paris, Fleurus, 1956 JEAN XXIII, Message pour le 30e anniversaire de Divini illius Magistri, 30 décembre 1959, dans AAS 52 (1960), p. 57 s. Concile du Vatican, Déclaration Gravissimum educationis, 28 octobre 1965, dans AAS 68 (1966), p. 728 s. PAUL VI, nombreux textes dans AAS 55 s. (1063 s.).

(14) Populorum progressio, n. 42.

(15) Ep 5, 8.

(16) Cf. Gn 1, 8.

(17) PAUL VI, Message de Noël 1968, dans AAS 61 (1969), p. 56. l’espérance qui est en vous

(18) 1 P 3, 15

(19) Jn 3, 31.

(20) Lettre de la Secrétairerie d’État à la 45° Semaine sociale de France sur « L’enseignement, problème social, dans le compte rendu de la Semaine, Lyon, Chronique sociale de France, 195.8, p. 6.

(21) Cf. Message de René Maheu, directeur général de l’UNESCO, pour l’Année internationale de l’éducation.

(22) Cf. Jean XXIII, encyclique Pacem in terris. Il avril I96~i, dans AAS 55 (1963), p. 301 s.

(23) PAUL VI, Discours aux Equipes Notre-Dame, 4 mai 1970, n. 10-11, dans AAS 62 (1970), p. 432-433.

(24) Cf. JEAN XXIII, encyclique Mater et magistra, 15 mai 1961, dans AAS 53 (1961), p. 450 s.

(25) Cf. Constitution pastorale Gaudium et spes, 7 décembre 1965, n. 53-62.

(26) Déclaration Dignitatis humanae, 7 décembre 1965, n. 13.

(27) J. Maritain, Pour une philosophie de l’éducation. Paris, Fayard, 1969, p. 155.

 



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