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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX ANCIENS ÉLÈVES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Lundi 28 août 1967

 

Chers Fils,

C’est pour Nous une grande joie de recevoir les anciens élèves de la Compagnie de Jésus, car - Nous avons plaisir à le dire en tette agréable circonstance - Nous appartenons Nous aussi à tette grande famille unie par la fidélité du souvenir et la plus vive gratitude pour ses éducateurs. Et ce n’est pas sans émotion qu’en évoquant nos années de jeunesse Nous retrouvons toujours présentes à notre mémoire comme à notre cœur les figures si bonnes et vénérées des Pères du collège Arici. Aussi somme-Nous heureux de tette occasion que Nous donne le deuxième Congrès de l’Union mondiale pour exprimer publiquement notre reconnaissance à ces éducateurs dont Nous avons tant reçu.

Votre présence, chers fils, fait naître dans notre esprit une double pensée: celle de la continuité ou de ha persévérance, et celle du témoignage ou de l’apostolat.

Et, tout d’abord, la continuité, la persévérance. C’est à ce grave problème que veut répondre, d’une manière positive, votre association d’anciens élèves, en vous regroupant dans la fidélité à la formation reçue au cours des années de jeunesse, et Nous vous en félicitons de tout cœur. De redoutables questions se posent en effet: combien demeurent fidèles? Quelle était la valeur de l’éducation reçue?

Certes, le détachement qui s’opère par le passage de l’école à l’université, ou à la profession, ou à la vie, est dans l’ordre des choses, du temps, de l’âge. Mais souvent ce détachement matériel devient spirituel, et prend l’aspect d’une «libération». Alors, ce n’est plus le développement normal qui se poursuit, ce passage à la maturité dont parle l’apôtre Paul (cf. 1 Cor. 13, 11), mais c’est au contraire la critique négative, la répudiation, l’émancipation, l’antagonisme qui s’affirment. Si l’on se tourne alors vers le passé, que de fatigues perdues, que de trésors de patience gaspillés, que de résolutions abandonnées, que d’espérances évanouies!

Et pourquoi? Que s’est-il produit? Par une triste ironie des choses, ce détachement du passé qui voulait être un acte libre et personnel, une démarche d’adulte qui s’affirme lui-même, n’a été en réalité qu’un acte de soumission, de passive acceptation d’un nouveau «milieu». Tel est le formidable pouvoir de la psychologie «des masses» où la loi est de faire comme les autres. Certes, la vie sociale a beaucoup d’exigences aujourd’hui et tend à une certaine uniformité, - et jusque-là il n’y a pas de mal à cela. Mais c’est tout autre chose de penser en fait comme tout le monde, et de se croire libres et sans préjugés! C’est alors d’une véritable perte de sa personnalité spirituelle qu’il s’agit, et cela même si l’étude, la profession, la vie confèrent une certaine physionomie personnelle, parfois estimable.

Et pourquoi? Qu’a-t-il donc manqué? Ne serait-ce pas une appréciation réfléchie et approfondie sur l’éducation reçue? Nous vous recommandons vivement cet effort de réflexion profonde. Car beaucoup de questions surgissent tout naturellement, auxquelles on ne peut échapper: est-ce que la pédagogie de ces premières années était valable? Est-ce que la philosophie de la première école était valable? Et les impressions se succèdent: comme tout cela était provisoire, abstrait, étroit, etc.; d’où le besoin profondément ressenti d’une «expérience» directe de la réalité de la vie. C’est vrai sans aucun doute, mais il faut prendre garde: si l’expérience n’est pas éclairée par des principes, par une sagesse supérieure et vitale - celle-là même que nous donnent la foi et la conception chrétienne de la vie - elle devient pur empirisme, pragmatisme intégral, oubli des fins spirituelles et religieuses. Et lorsque les valeurs suprêmes ont totalement disparu de l’horizon personnel, quel sens donc garde encore l’existence humaine?

Ces réflexions, chers anciens des Pères Jésuites, qui de vous ne se les est faites? Et qui de vous, en suivant le cours de ses pensées, n’a pas mieux découvert la valeur de l’éducation relue, et donc le besoin et le devoir de la fidélité, de la cohérence, de la logique en un mot qui doit relier votre manière de vivre et de penser aujourd’hui avec la formation que vous donnait hier l’école catholique dont vous êtes les anciens?

C’est dire l’opportunité qu’il y a pour vous à conserver des rapports: aussi bien avec vos maîtres d’autrefois qu’avec vos anciens compagnons d’étude. Combien ces amitiés de jeunesse peuvent être profitables à l’âge mûr, et quelle source intarissable de bien elles peuvent renfermer! Et, ce disant, c’est l’apologie de votre association que Nous faisons: soyez-y fidèles.

L’autre pensée que votre présence Nous suggère découle directement de la première. Comment demeurer fidèle aux convictions reçues, sans œuvrer de tout son cœur pour les faire partager par ceux qui vous entourent? Oui, le devoir de l’apostolat et du témoignage découle de l’éducation même que vous avez reçue: cette formation vous y habilite, et en même temps vous en fait un devoir. C’est ce que l’Eglise vous demande aujourd’hui par la voix autorisée du Concile: «Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien» (Apostolicam Actuositatem, § 2). C’est aussi ce dont le monde qui vous entoure a un besoin «d’autant plus urgent que s’est affirmée, comme c’est normal, l’autonomie de nombreux secteurs de la vie humaine, entraînant parfois un certain délaissement de l’ordre moral et religieux., au grand péril de la vie chrétienne» (ibid., § 1). Et c’est enfin - Nous vous le disons avec instance - ce que le Pape attend de vous.

Chers fils, que le Seigneur bénisse cette rencontre, et qu’Il la fasse fructifier en fruits généreux d’apostolat. Nous le lui demandons de tout cœur en vous donnant notre affectueuse Bénédiction Apostolique.

                                           



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