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MESSAGE DU PAPE PAUL VI
AUX CATHOLIQUES DU MALI

Mardi 9 avril 1968

 

Chers fils du Mali,

Voici que pour la cinquième année consécutive, vous vous assemblez de toutes vos contrées pour honorer, à l’appel de vos évêques, la Sainte Vierge Marie invoquée désormais en ce haut lieu marial de Kita sous le vocable de Notre-Dame du Mali.

C’est avec une grande joie et une particulière affection que Notre pensée et Notre cœur vous rejoignent en ce moment, non seulement par ce Message qui vous en porte le témoignage, mais encore dans la personne de Notre Frère très cher, le Cardinal Paul Zoungrana que votre archevêque, Monseigneur Luc Sangaré, par une délicate attention, a convié à présider ce pèlerinage.

Nous savons qu’en ces jours, autour de la vénérable statue façonnée dans la terre même de votre sol, se trouve rassemblée en vos personnes la diversité des populations culturelles, ce qui confère à votre démarche un caractère national et le signe d’une grande unité de cœur. Cette unanimité, que les autorités civiles de votre pays reconnaissent volontiers et soulignent par la présence de représentants auxquels Nous exprimons Notre déférente estime, Nous aimons à vous en rappeler le sens chrétien.

En vous soumettant aux conditions méritoires d’un pèlerinage marqué par de longs cheminements sous la chaleur et par une prière ininterrompue de jour comme de nuit auprès de Notre-Dame, vous manifestez l’unité de votre foi dans la valeur rédemptrice de la prière et de la pénitence. C’est sur ce chemin que le Seigneur Jésus vous a précédés et qu’Il vous invite à Le suivre pour le salut de vos âmes et celui de tous vos frères dans le monde.

Ce monde, l’Eglise le confie à votre prière, non seulement durant ces quelques heures de pèlerinage, mais durant toute votre vie, pour que, fidèle à sa vocation .à constituer une seule famille, il réalise le vœu du Seigneur à l’Evangile de ce jour, «qu’il n’y ait qu’un seul troupeau et un seul pasteur». Que cette unité soit déjà vivante dans vos cœurs, les inclinant à considérer tous les hommes, quelles que soient leurs croyances, comme des frères également aimés de Dieu.

De cette vocation fondamentale pour tout chrétien découlent deux exigences concrètes pour vous, chrétiens du Mali:

Nous voudrions en premier lieu attirer votre attention sur les vocations sacerdotales et religieuses. En ce jour consacré dans le monde entier à cette grande intention, il Nous semble qu’elle s’impose à vous tout particulièrement.

La foi qui vous réunit dans une même communauté de prière, vous la devez, après Dieu, à vos prêtres et religieuses, missionnaires ou diocésains. Elle vous a été confiée comme un talent à faire fructifier et à partager. Comment mieux assurer cette grande responsabilité qu’en vous disposant à accueillir dans vos familles l’appel que Dieu ne manque pas d’adresser à l’un ou l’autre de vos enfants pour s’engager à son service?

Certes vous comptez déjà dans les rangs de votre clergé plusieurs fils du Mali. Certes vos missionnaires se dévouent et se dévoueront aussi longtemps qu’il sera nécessaire à vos communautés et à vos personnes, mais soyez-en assurés, ils n’ont pas de joie plus grande que d’éveiller au milieu de vous des vocations au service du Seigneur. Comment pourraient-ils espérer enraciner une Eglise authentiquement locale, s’ils ne trouvent pas en vos foyers les auxiliaires indispensables à leur principal devoir missionnaire? C’est l’ardente espérance de l’Eglise et la loi même de sa vitalité que de se révéler et grandir dans chaque pays du monde sous les traits qui lui sont propres. Rien n’est plus douloureux à Notre pensée que de voir retarder parfois par la contrainte ou l’indifférence l’effort entrepris par les missionnaires pour promouvoir dans l’Eglise d’Afrique un clergé africain. Grâce à Dieu le Mali peut avancer sans encombre vers ce but. Que Notre-Dame du Mali vous accorde, chers fils, d’en hâter le mouvement.

Notre deuxième intention concerne l’engagement de votre foi dans l’œuvre de développement de votre pays. Vous n’ignorez pas Notre constante préoccupation à ce sujet auquel Nous avons consacré ces derniers temps deux documents, Notre lettre encyclique «Populorum Progressio» et Notre Message à l’Afrique.

Dans l’un et l’autre Nous avons souligné combien il importait que dans la croissance de leur pays les peuples se fassent, avec la coopération des nations favorisées, «les artisans de leur destin» (P. P. n. 65 - Message Afrique n. 21).

Nous vous renouvelons aujourd'hui Notre souhait que les chrétiens s’engagent dans les rangs des ouvriers du bien commun de leur nation, rendant ainsi témoignage de leur foi, comme le rappelaient encore récemment vos archevêques d’Afrique Occidentale. Souvenez-vous que vous êtes les fils d’un Dieu créateur qui a fait l’homme à son image et l’a constitué «seigneur de toutes les créatures terrestres pour les dominer et pour s’en servir, en glorifiant Dieu» (G. S. n. 12). Que chacun trouve dans la sphère de son milieu social le terrain d’action propre à assurer la promotion de ses frères moins pourvus et le développement de son pays.

Nous pensons que les chrétiens du Mali auront particulièrement à cœur de s’associer à la suite de leurs évêques à la campagne entreprise par leur gouvernement et l’U.N.E.S.C.O. en faveur de l’alphabétisation et de l’éducation de base, «premier objectif d’un plan de développement», écrivions-nous dans Notre Message à l’Afrique, rappelant, après «Populorum Progressio», que «la faim d’instruction n’est pas moins déprimante que la faim d’aliments».

Tels sont, chers pèlerins, les vœux que Nous formons de tout cœur pour la grandeur de votre cher pays et que Nous confions avec vous, à l’intercession de Notre-Dame du Mali, en étendant sur vos personnes et vos diocèses, en gage de Notre paternelle sollicitude, une large Bénédiction Apostolique.

Du Vatican, le 9 Avril 1968.

PAULUS .PP. VI

 



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