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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX MEMBRES DU MOUVEMENT INTERNATIONAL D’APOSTOLAT
DES MILIEUX SOCIAUX INDÉPENDANTS (M.I.A.M.S.I.)

Lundi 2 octobre 1972

 

Chers amis du Mouvement international d’apostolat des milieux sociaux indépendants,

C’est avec grande joie que Nous vous accueillons, alors que vous tenez ici à Rome votre troisième Assemblée Générale. Comment ne pas mesurer le chemin que vous avez parcouru en quelques années! Nous nous en souvenons encore: au début de notre pontificat, nous recevions les 9 premiers membres de votre Mouvement International, conduits par votre première Présidente, Mademoiselle Marie-Louise Monnet, que nous retrouvons avec plaisir aujourd’hui.

Vous existez sur quatre continents et 22 pays sont maintenant membres officiels. Vous organisez un apostolat aux dimensions universelles, en coopération loyale et constante avec les évêques qui vous appellent et vous soutiennent: nous nous plaisons à souligner ce sens de l’Eglise. Mais plus qu’une extension géographique, cette action concertée à un plan international vous permet de mieux saisir à quel point votre milieu partage les mêmes valeurs et déficiences, appelant un même salut, dans le respect des différences locales et nationales. Mouvement d’adultes, vous travaillez en lien avec les mouvements similaires s’adressant aux enfants et aux jeunes de votre milieu. Puissent tous ces liens qui vous unissent par dessus les frontières, comme membres d’un même milieu social, favoriser la croissance d’une Eglise qui se veut autochtone au sein des nations comme dans les groupes humains homogènes.

Cette troisième Assemblée Générale se trouve marquée par la recherche que vous avez voulu faire ces jours-ci, sur les résonances que les questions de la justice - au plan social, économique, politique - entraînent dans vos milieux. Vous étiez aidés par des documents récents: notre Lettre au Cardinal Roy à l’occasion du 80e anniversaire de l’Encyclique Rerum Novarum et le texte du dernier Synode. Car, n’est-ce pas évident: «ces paroles n’auront de poids réel que si elles s’accompagnent pour chacun d’une prise de conscience plus vive de sa propre responsabilité et d’une action effective» (Lettre au Cardinal Roy, 48). Certains d’entre vous vivent sur des continents, appartiennent à des nations où les tensions se font plus vives, où l’évolution se précipite. Partout des couches nouvelles de population s’intègrent à vos milieux et veulent y devenir partie prenante.

Dès lors, comment ne pas vous sentir tous interrogés par ces appels à plus de justice sociale, à la paix entre les nations, au dialogue entre les groupes sociaux, puisque vous êtes naturellement situés aux carrefours de cette vie sociale, politique, internationale? Comment ne pas vous sentir sainement inquiétés par la nécessité d’apporter des solutions novatrices aux rapports entre les hommes, par l’urgence de réaliser le bien commun dont le pouvoir politique a la responsabilité ultime? (Cfr. Ibid. 46) Comment enfin votre présence en de multiples activités et organismes ne vous rendrait-elle pas sensibles à cette «requête actuelle de l’homme . . . pour un partage raisonnable des responsabilités et des décisions? (Ibid. 47)

Cependant, on peut écouter ces appels du monde et de l’Eglise sans en mesurer tout l’enjeu pour l’évangélisation; car celle-ci, pour ne pas se limiter au niveau individuel, doit tenir compte des réactions instinctives, inconscientes, de tout un ensemble de personnes. Comme vous le constatez vous-mêmes, votre milieu social, face aux bouleversements sociaux ou politiques, face à l’éclairage chrétien que veut y apporter l’Eglise, réagit souvent de la même façon. Il s’émeut, se trouble et quelquefois même se révolte.

Pourtant ces réactions de votre milieu peuvent devenir le point de départ de ce «dialogue du salut» (Cfr. Ecclesiam Suam, trad. La Documentation Catholique, tomo 61, 1963, col. 1081) que vous appelez souvent «l’évangélisation collective». Vous cherchez ainsi à révéler le Seigneur Jésus en des termes compréhensibles à ceux qui partagent la même vie. Avec ces membres de vos milieux vous découvrirez une espérance ignorée de beaucoup: «l’espérance du chrétien, disions-nous dans notre lettre au Cardinal Roy, lui vient d’abord de ce qu’il sait que le Seigneur est à l’œuvre avec nous dans le monde», et aussi de ce que «d’autres hommes sont à l’œuvre pour entreprendre des actions convergentes de justice et de paix; car sous une apparente indifférence, il y a au cœur de chaque homme une volonté de vie fraternelle et une soif de justice et de paix qu’il s’agit d’épanouir» (Lettre au Cardinal Roy, 48).

L’Eglise fêtera ces jours-ci saint François d’Assise. Né dans ce milieu des affaires et du commerce, il connut un temps semblable au nôtre où «une partie de la famille humaine vit comme immergée dans une mentalité qui béatifie la possession» («Documents du Synode 1971», La Documentation Catholique, tomo 79, 1972, p. 16). Saint François, appelé par Dieu, fut un signe pour son temps, menant une vie de pauvre pour se faire une âme de pauvre. A vous, laïcs adultes, il n’est pas demandé de copier saint François, mais d’apprendre de lui une nouvelle façon de vivre. D’ailleurs, vous n’avez pas à vous «retirer» de ce monde qui est le vôtre et que marquent si profondément vos biens, votre culture et vos pouvoirs. Mais le dépouillement intérieur du pauvre d’Assise peut tracer, à la suite du Christ, la «voie étroite» du salut pour les «riches» de notre temps. Il saura vous aider à ouvrir, pour vous et pour vos frères, les chemins qui libèrent sans accabler, les voies qui délivrent sans écraser, parce qu’ils sont les fruits de l’amour et non du jugement.

Vous devez grandir en lucidité. Vous n’avez pas à démissionner de vos responsabilités, mais à réviser ensemble ce qui vous anime. «Que chacun demeure dans l’état où l’a trouvé l’appel de Dieu», comme dit Saint Paul (1 Cor. 7, 20), mais en se libérant peu à peu de la «volonté de puissance», de l’esprit de supériorité qui trouble tous les rapports humains; qui empêche la vraie participation des autres groupes sociaux à une construction équilibrée de ce monde confié par Dieu à tous ses enfants.

Alors vous serez libres, sans mépriser aucune des valeurs qui, en vous, milieux indépendants, doivent servir au bien commun. Car «la libération des hommes commence par la liberté intérieure qu’ils doivent retrouver face à leurs biens et à leurs pouvoirs; ils n’y arriveront que par un amour transcendant de l’homme, et par conséquent par une disponibilité effective au service» (Lettre au Cardinal Roy, 45). C’est dire la puissance de la grâce de l’Esprit-Saint qui doit vous animer, comme en une nouvelle Pentecôte. C’est en gage de cette espérance que Nous vous bénissons de tout cœur.

                                          



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