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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX RESPONSABLES DE LA COMMISSION M
ÉDICO-PÉDAGOGIQUE
 ET PSYCHO-SOCIALE DU BUREAU INTERNATIONAL
CATHOLIQUE DE L'ENFANCE

Jeudi 4 octobre 1973

 

Chers fils,

Les responsables de votre Commission médico-pédagogique et psycho-sociale, affiliée depuis plus de 20 ans au Bureau International Catholique de l’Enfance, avaient vivement souhaité la présente rencontre. Non seulement votre visite nos est un réconfort, mais elle stimule notre préoccupation d’une présence plus signifiante et plus adéquate de l’Eglise au monde immense et mal connu des handicapés de toutes sortes.

Nous savons que votre Congrès de Rome a été sérieusement préparé par les «séminaires» de Toronto et de Lausanne, et par quantité de sessions nationales, régionales ou diocésaines. Les comptes rendus de ces travaux témoignent de la montée certaine d’une pastorale nouvelle des jeunes handicapés et inadaptés. Assurément elle connaît encore des lenteurs, spécialement en ce qui concerne l’insertion de ces enfants et adolescents dans les communautés paroissiales et dans les mouvements de jeunesse. Evêques, prêtres, religieux et laïcs sont cependant plus nombreux à vouloir dépasser une action qui se limitait jadis au domaine de l’assistance. Les sciences humaines, inexistantes ou balbutiantes, ne permettaient guère de faire davantage. Oublier cela conduirait facilement au mépris ou à la condamnation simpliste du remarquable travail hospitalier de l’Eglise. Il faut plutôt vous réjouir d’avoir à chercher des voies nouvelles et complémentaires dans ce domaine exigeant et passionnant de la pastorale des jeunes handicapés.

Nous ne pouvons nous étendre longuement sur le thème de votre Congrès romain. Permettez-nous de souligner deux points qui nous apparaissent d’une importance capitale. Nous souhaitons par dessus tout que la personne des jeunes handicapés demeure toujours première dans vos esprits et dans vos cœurs. Le mystère de ces enfants, signe d’une présence divine blessée, transcende les recherches, les techniques, les expériences, si louables soient-elles. Ce mystère exige un respect absolu non moins qu’une délicatesse extrême dans l’art de communiquer avec eux par la simple présence, le regard, le silence ou le langage approprié. Les chrétiens au service de l’enfance meurtrie sont appelés à une continuelle dépossession d’eux-mêmes qui les conduit à la contemplation du visage souffrant de Dieu dans les pauvres. Ceux qui ont fait semblable découverte ne peuvent plus vivre qu’avec eux. Les jeunes de notre temps, souvent désabusés par une Société industrielle axée sur l’efficacité et le profit, nous semblent capables de donner leur vie à cette merveilleuse «pédagogie de résurrection», selon le titre d’un livre qui traite si bien de cette question. A cette jeunesse, il ne faut pas craindre de proposer un tel idéal.

Par ailleurs, nous vous encourageons vivement à développer une coopération, assurément très délicate mais indispensable, entre médecins et psychologues chrétiens, familles et éducateurs qualifiés, théologiens et responsables des Centres catéchétiques, aumôniers et personnel des maisons d’accueil. Vous ferez ainsi avancer les recherches saines et les expériences prudentes, nécessaires à cette pastorale si particulière. Nous pensons notamment à l’initiation à la Foi et à l’approche des sacrements. Ce sont d’ailleurs vos travaux mieux coordonnés, intelligemment vulgarisés, qui feront reculer le peur, le mépris ou l’indifférence face à ce monde de «l’innocence souffrante», porteuse de richesses humaines et spirituelles attendant d’être libérées. Pour être concret, nous souhaitons ardemment que les communautés diocésaines et paroissiales, que les Instituts religieux eux-mêmes, s’ouvrent davantage au grave problème des handicapés et investissent des forces jeunes et compétentes dans un travail pastoral qui témoigne au premier chef de l’Evangile de Jésus-Christ. La crédibilité de l’Eglise est en partie à ce prix. Comment pourrait-elle contribuer à l’intégration des handicapés dans la société moderne, si en son propre sein elle ne travaille pas à les faire reconnaître comme membres à part entière? L’Eglise d’aujourd’hui doit pouvoir dire, sur une tonalité nouvelle, les paroles du Christ aux envoyés de Jean-Baptiste: «. . . les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres» (Matth. 11, 4-5).

C’est dans ces sentiments que nous sommes heureux de vous donner la Bénédiction du Seigneur qui est toujours le Maître de l’impossible. Et nous étendons cette Bénédiction à tous ceux que vous représentez, particulièrement à vos collaborateurs et aux chers jeunes que nous aimons tant.

                                                



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