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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX ÉVÊQUES DE GRÈCE
EN VISITE «AD LIMINA APOSTOLORUM»

Lundi 7 novembre 1977

 

Chers Frères dans le Christ,

«A vous grâce et paix, de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus-Christ!». Nous aimons reprendre ce salut de l’Apôtre Paul aux Eglises d’Achaïe et de Macédoine (1 Cor,. 1, 3; 2 Cor. 1, 2; Phil. 1, 2; 2 Thess. 1, 2).

Oui, c’est une grande joie pour Nous de rencontrer ensemble tous les Pasteurs catholiques de Grèce. Nous vénérons les vieilles chrétientés de ce pays où s’insère votre ministère épiscopal: leur origine remonte aux temps apostoliques, aux missions de l’Apôtre Paul, dont le livre des Actes et les Epîtres parlent avec tant de précision et de chaleur; et elles ont su défier les siècles, en se déployant dans le cadre des riches traditions byzantines, arméniennes, catholiques. De votre côté, vous aimez vénérer à Rome le lieu où saint Paul a terminé sa course dans le martyre, tout comme l’Apôtre Pierre. N’est-ce pas le premier sens d’une visite «ad limina Apostolorum»? Et au-delà du pèlerinage, vous manifestez à ce Siège de Pierre et au Successeur du Prince des Apôtres un attachement fervent qui vous honore. De cela, Nous vous félicitons et Nous vous remercions.

Vos communautés catholiques en Grèce sont certes dispersées et réduites en nombre, mais elles ont un rôle appréciable. D’abord elles correspondent au droit des fidèles catholiques, qu’ils soient de rite latin, byzantin ou arménien, de vivre et de se rassembler selon leur foi. Elles témoignent de l’Evangile du Christ avec cette note spécifique d’un lien organique avec l’Eglise de Rome. Elles manifestent la richesse du pluralisme des rites dans l’unité de l’Eglise. Et Nous savons que leurs œuvres d’éducation et d’assistance réalisent un important service dont les Autorités et la population estiment la valeur.

Aimant votre patrie grecque, vous avez à cœur de participer au progrès de votre pays. Vous partagez sa légitime fierté du prestigieux patrimoine culturel qui, d’Athènes, a marqué tout l’Occident, et aussi son désir actuel d’entrer dans une collaboration plus étroite avec les Institutions européennes. Ce sont là en effet des éléments que votre pastorale ne saurait négliger.

En ce qui concerne la vie chrétienne de vos fidèles, vous portez un certain nombre de préoccupations importantes, que vous avez déjà mûries au sein de votre Conférence épiscopale, et que vous désirez envisager ici avec l’aide du Saint-Siège. Vous trouverez auprès de nos différents Dicastères les contacts fructueux, les conseils ou orientations qui vous seront utiles, en même temps que vous leur apporterez le témoignage de la vitalité religieuse de vos communautés. Notre Congrégation pour les Eglises Orientales est spécialement désignée pour cela, et aussi d’autres organismes, en particulier le Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens. Pour notre part, Nous relevons deux soucis pastoraux particulièrement importants: l’un qui caractérise nécessairement votre ministère, celui des rapports œcuméniques; l’autre qui en marque plutôt la finalité: l’évangélisation, notamment celle des jeunes.

L’œcuménisme, c’est pour vous un problème crucial, vu vos rapports quotidiens avec vos compatriotes, presque tous orthodoxes. Vous avez désigné - Nous en sommes très heureux - une Commission chargée des contacts avec une Commission grecque-orthodoxe, pour la préparation du dialogue entre les deux Eglises. Il y a des questions difficiles, qu’il faut résoudre dans un climat de vérité et de paix, telle celle des mariages entre catholiques et orthodoxes. Dans l’ensemble de l’Eglise aujourd’hui, le rétablissement de la charité fraternelle rend désormais possible un loyal dialogue théologique sur toutes les questions qui nous séparent encore. Comme Nous voudrions que le dialogue progresse, pour arriver dès que possible à la pleine communion! Pour votre part, Nous osons dire que vous êtes les mieux placés pour témoigner concrètement de ceci: que votre communion profonde avec le Successeur de Pierre, garant de l’unité - qu’à aucun prix vous n’entendez remettre en question, car elle caractérise fondamentalement votre fidélité au Christ - se conjugue avec une sincère estime et un accueil effectif des vénérables traditions liturgiques, spirituelles, théologiques et disciplinaires, légitimes dans leur diversité du moment qu’elles sont compatibles avec l’unique foi de l’Eglise: «Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père» (Eph. 4, 5-6; cfr. Unitatis Redintegratio, 17-18). Ainsi votre présence en Grèce, loin de provoquer tensions et rivalités, devrait constituer un appel et un stimulant pour un authentique œcuménisme.

Par ailleurs, le véritable problème actuel auquel tous les chrétiens ont à faire face, c’est celui de l’évangélisation des générations montantes. Combien de jeunes, de tout rite, se laissent séduire par des idéologies non chrétiennes et par un climat matérialiste, qui les poussent à l’indifférence religieuse et à la violence! C’est une réalité qui nous échappe en partie, et qui relève d’une certaine civilisation, mais il appartient aux Eglises de contribuer à former cette civilisation. Ces jeunes trouvent-ils dans nos Eglises le témoignage évangélique qu’ils sont en droit d’attendre, celui de l’absolu de Dieu et celui de la charité? Il y va de la qualité de nos assemblées liturgiques, de l’ampleur et de la profondeur de nos efforts de catéchèse, de notre souci effectif de construire un monde plus juste et plus fraternel. Cette évangélisation ne rend que plus urgente la recherche de la pleine communion: «Qu’ils soient un, afin que le monde croie que Tu m’as envoyé!» (Io. 17, 21).

Vénérables Frères, Nous savons tous les efforts que vous déployez dans ce sens. Si Nous insistons, c’est pour confirmer votre ministère. Portez notre salut affectueux et nos encouragements à vos prêtres, à vos séminaristes, à vos religieux et religieuses, à vos laïcs. De tout cœur, Nous leur donnons, et d’abord à vous-mêmes, notre Bénédiction Apostolique. «La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tout!» (2 Cor. 13, 13).

                             



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