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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX ÉVÊQUES DU CAMEROUN
EN VISITE «AD LIMINA APOSTOLORUM»

Lundi 14 novembre 1977

 

Chers Frères dans le Christ,

Comme vous venez de le souligner, une règle sage veut que, tous les cinq ans, chaque Evêque du monde catholique fasse le point de l’évangélisation dans son diocèse et vienne à Rome, exposer au Pape et à ses collaborateurs les problèmes auxquels il se trouve affronté, les préoccupations qui sont les siennes, et aussi les projets qu’il compte mettre en œuvre dans les années à venir. Le Saint-Siège, de son côté, a besoin de connaître avec exactitude vos situations locales, pour bénéficier lui-même de votre expérience et de vos suggestions, et vous faire bénéficier à son tour, grâce à l’expérience élargie qui est la sienne et à son souci du bien commun universel, de l’aide, des conseils et des orientations dont vous avez besoin. Les multiples contacts noués à l’occasion de telles visites permettent donc une meilleure coordination et, partant, une efficacité plus grande de l’effort pastoral de toute l’Eglise.

La raison profonde de ces voyages périodiques dépasse cependant largement la nécessité pratique des échanges de vue. C’est en effet l’Eglise dans tel ou tel pays qui retrouve sa sœur de Rome, proche par le cœur mais souvent éloignée par la distance; ce sont des successeurs des Apôtres qui se regroupent autour de Pierre, afin de resserrer avec lui et, à travers lui, avec l’ensemble de l’épiscopat, les liens de la foi et de la charité.

Nous avons prêté la plus grande attention aux soucis prioritaires que vous avez évoqués. C’est avec chacun de nos Dicastères qu’il vous faut approfondir ces questions et spécialement avec notre Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, qui demeure comme notre trait d’union avec vous. Pour notre part, ayant déjà souligné récemment, devant tous les Evêques Africains présents au Synode, les axes pastoraux qui Nous semblent fondamentaux pour votre continent, Nous nous arrêterons seulement, avec vous, à quatre aspects de votre ministère au Cameroun.

Nous pensons tout d’abord à la pastorale des vocations sacerdotales. De plus en plus, sans négliger l’apport indispensable et bénéfique des religieux et religieuses missionnaires, les Camerounais ont à prendre en main leur avenir ecclésial. Les hommes qui recevront ce merveilleux et redoutable ministère de l’Evangile devront être les hommes sûrs dont parle l’Apôtre Paul à Timothée (Cfr. 1 Tim. 4, 6-16): généreux, courageux, n’ayant d’autre ambition que l’honneur de servir le Christ et l’Eglise, pieux, chastes, nourris de doctrine authentique, capables de persévérance. Tout cela exige le choix judicieux de candidats bien motivés, une formation théologique, spirituelle, morale, ascétique, à la hauteur de la mission qui les attend, un entraînement à la responsabilité de soi et des autres, le soutien assidu et exemplaire d’une équipe de professeurs et de pères spirituels. C’est un domaine privilégié confié à votre vigilance, et Nous vous invitons à poursuivre les efforts que vous avez entrepris pour faire de vos Séminaires ces hauts lieux de formation des apôtres de demain.

Quant à votre ministère, vous l’avez axé à bon droit sur l’évangélisation; et vous comptez pour cela sur toutes les forces vives de vos diocèses, en particulier sur vos nombreux catéchistes, et sur le laïcat engagé dans les diverses formes de ministère et d’apostolat (Cfr. PAULI PP. VI Evangelii Nuntiandi, 73). Il s’agit d’approfondissement de la foi pour ceux qui y adhèrent déjà, d’apprentissage progressif pour les catéchumènes, de première annonce pour ceux qui n’ont pas encore entendu la Bonne Nouvelle, mais aussi - et c’est un lent processus - d’évangélisation des cultures et des mentalités . . . Un élément est commun à toute cette pastorale: l’accès à la Parole de Dieu, capable de faire surgir et de nourrir, dans leur expression africaine, une prière, une liturgie, une vie chrétienne et apostolique pleinement catholiques.

Nous comprenons le souci particulier que suscite l’urbanisation rapide, qui déracine l’homme de la famille, du clan, de l’ethnie, pour le livrer à l’anonymat, à la solitude, parfois au chômage de la grande cité. C’est spécialement éprouvant pour l’africain, qui, à bon droit, conserve un sens aigu de la vie communautaire. Vous retrouvez ici la nécessité de former des communautés chrétiennes vivantes, accueillantes, offrant à chacun la participation qui lui revient, comme l’a souligné avec vigueur le récent Synode sur la catéchèse.

Enfin, les catholiques ne forment pas un îlot dans le pays: ils ont en commun avec les autres citoyens le souci du développement, de la justice, de la paix; il leur tient à cœur que toutes les familles et tous les groupes soient assurés de leurs moyens de subsistance, et puissent progresser dans le savoir et le bien-être, dans leur responsabilité aussi: ils comprennent que tout cela doit s’opérer dans l’amour de la même patrie, dans la convergence des efforts, au sein de la République Unie du Cameroun, dans une harmonie qui sache allier la liberté et le respect des traditions particulières avec le sens du bien commun national et de l’équité. Nous vous encourageons à développer cette éducation civique et sociale de vos fidèles, permettant à leur charité de se déployer dans toutes ses dimensions et de briller aux yeux des hommes, afin qu’ils glorifient l’Evangile qui en est la source.

Pour cette œuvre immense, Nous disposons, il est vrai, de moyens pauvres. Sur le plan matériel, tout en continuant à compter, comme il est normal, sur l’entraide de l' Eglise universelle, vous cherchez à mesurer avec réalisme les besoins les plus urgents et à rendre vos propres communautés plus responsables de leur autofinancement. C’est un louable souci. Au plan des personnes, nous avons tous conscience d’être des vases d’argile pour porter le trésor du Seigneur. Il en est ainsi dans toute l’Eglise, comme chez vous. C’est notre humilité, c’est aussi notre espérance. Courage, Frères! Le Christ est avec vous, et la rapide évangélisation de votre pays montre que son Esprit y produit déjà des fruits abondants, qui ont besoin de mûrir. Portez notre salut affectueux à tous vos prêtres, religieux et fidèles, avec Notre Bénédiction Apostolique que Nous vous accordons de grand cœur.

                               



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