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DISCOURS DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE X
AUX PARTICIPANTS AU PÈLERINAGE NATIONAL VENU DE FRANCE*

 

Si Nous n'avions pas déjà d'autres motifs pour faire le plus joyeux accueil aux chers pèlerins de France, il Nous suffirait d'avoir celui de la recommandation du vénéré Archevêque de Paris, au nom duquel, Monseigneur, vous Nous les avez présentés. Une raison spéciale, cependant leur donne droit à Notre bienveillante attention, et c'est qu'ils sont venus à Rome à l'occasion du cinquantième anniversaire de la définition du dogme de l'Immaculée Conception pour affirmer solennellement que la France est le royaume de Marie, et que, par conséquent, comme l'a proclamé la Vénérable Pucelle d'Orléans, Jeanne d'Arc, la France'est le royaume de Jésus-Christ.

Aussi, ne pourrièz-vous, chers fils, Nous donner une plus douce consolation dans ces moments où nous sommes profondément affligés par tout ce qui se passe au détriment de la religion dans votre patrie. Votre présence, en effet, Nous confirme dans Notre conviction que Dieu aime la France parce qu'il aime l'Eglise, et que, puisqu'il protège son Epouse, Il veut aussi le salut de sa fille bien aimée.

Oui, Dieu aime la France, à cause des œuvres si nombreuses qu'elle a fondées pour le salut des âmes; œuvres qui, comme les eaux d'un fleuve majestueux, répandent de tous côtés leur action bienfaisante. Dieu aime la France, à cause des conquêtes pacifiques de ses Missionnaires intrépides, qui courent porter la lumière de la foi aux extrémités moins connues de la terre et au milieu des ténèbres de l'idolatrie.

Dieu aime la France, parce que, si elle n'a pas toujours correspondu à la mission qu'il lui a confiée èt aux privilèges qu'il lui accordait pour remplir cette mission, Il n'a pas laissé sans punition son ingratitude, et Il l'a relevée par cette même main qui la châtiait.

Dieu aime la France, parce qu'en ces temps mêmes de proscription et d'angoisses, Il appelle ses fils auprès des sanctuaires de Montmartre, de Paray-le-Monial et de la Grotte de Lourdes, à prier, à pleurer, et à admirer les merveilles de sa toute-puissance. Dieu n'accorde des grâces pareilles qu'aux nations qu'il veut sauver.

Dieu aime la France, parce qu'il excite ses fils à manifester leur foi par le dévouement à l'Eglise, par l'attachement au Siège Apostolique et par l'amour envers le Vicaire du Christ, en les amenant, même au prix de sacrifices, auprès de la Chaire de Pierre pour entendre la parole de vérité, pour recevoir une direction dans leur œuvres, pour se ranimer dans les luttes qu'ils ont à soutenir: une nation qui a de tels fils ne doit pas périr.

Voilà, bien, très chers fils, une consolation que Nous partageons avec vous. A votre retour en France emportez avec vous, non pas seulement l'espérance, mais la certitude que N. S. Jésus-Christ, dans l'infinie bonté de son Cœur miséricordieux, sauvera votre patrie, en la maintenant toujours unie à l'Eglise, et que, par l'intercession de la Vierge Immaculée, Il fera se lever l'aurore de jours meilleurs; car ce pèlerinage si édifiant fortifiera encore davantage votre foi; il donnera un nouvel élan à votre piété et établira un grand exemple à suivre pour tous vos frères.

Avec une même affection, Nous bénissons donc la France, et tout d'abord votre noble Episcopat, qui pour les intérêts religieux et le salut des âmes déploie un zèle infatigable. Nous bénissons avec toute l'effusion de Notre âme les Vicaires généraux, les Curés et leurs paroisses, et tous les prêtres, en priant Dieu de leur accorder les plus douces consolations dans l'exercice d'un ministère plein de fruits. Nous bénissons enfin de tout cœur vous tous, chers pèlerins, vos familles, vos amis et vos œuvres, afin que vous puissiez travailler avec un courage ardent et une pleine confiance dans le secours du Ciel. Que cette bénédiction soit une source de consolations, constantes pour tous ceux qui sont aujourd'hui présents ici, et pour ceux qui sont demeurés au loin.

 

PIUS PP. X


*AAS, vol. XXXVII (1904-05), pp. 231-235.



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