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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX DÉLÉGATIONS DE L'UNION INTERNATIONALE
DES LIGUES FÉMININES CATHOLIQUES*

Vendredi 14 avril 1939

 

C'est avec un vif sentiment de joie et d'espérance, que Nous vous recevons aujourd'hui, Dames et jeunes filles déléguées par l'Union Internationale des Ligues Féminines Catholiques à son dixième Congrès. Avec joie, car vous représentez ici des millions d'âmes, généreuses comme les vôtres, prêtant comme vous à l'apostolat hiérarchique de l'Église, à travers le monde, un concours docile et dévoué. Avec espoir, car votre visite elle-même, et la pensée que vous avez eue, de tenir ce Congrès près du Siège apostolique, sont pour Nous, de votre part, les gages d'un travail toujours plus éclairé et plus actif.

I.

Vous êtes venues à Rome pour prier et pour étudier ensemble un beau et ample programme, condensé en quelques mots, qui restent pour vous les « novissima verba » de Notre prédécesseur Pie XI, de vénérée mémoire : formation et préparation de la femme catholique, dans ses divers champs d'apostolat, pour la restauration chrétienne de la société contemporaine.

La formation, la préparation à l'apostolat ? Écoutez saint Paul vous en révéler les bases mêmes, en vous proposant l'exemple de Jésus-Christ : « La grâce de Dieu Notre-Seigneur s'est manifestée... Elle nous enseigne... à vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété... Ne vous conformez pas au siècle présent, mais transformez-vous par le renouvellement de l'esprit » (Tt, II, 11-13; Rom., XII, 2).

C'est bien là le programme d'une formation spirituelle parfaite : car l'apostolat le plus efficace, irremplaçable, est celui d'une vie sainte et pieuse, agissant par l'exemple et par la prière. Voilà pourquoi, entre les formes diverses de votre activité, cet apostolat de l'exemple occupe la première place. Voilà aussi pourquoi vous venez avant tout prier, et demander le secours de la grâce, sur ce tombeau du prince des Apôtres, qui semble être ici-bas une source abondante de secours surnaturels et le point de départ de tout apostolat fécond.

En vous y voyant aujourd'hui, Notre pensée se reporte vers ces nobles et ardentes chrétiennes qui, dès l'origine de l'Église, ont collaboré, avec les apôtres et les pasteurs d'âmes, à la diffusion de l'Évangile, méritant d'être louées par la Hiérarchie d'alors, et d'avoir « leur noms », disait saint Paul, « inscrits au livre de vie » (Ph, IV, 3). C'est de ces femmes et jeunes filles, que les affiliées de vos ligues continuent les glorieuses traditions. Aussi, vos travaux font votre éloge et Nous révèlent combien vastes déjà sont vos « champs d'apostolat » que vous voulez encore élargir.

Il fut un temps, — peut-être, — où l'activité apostolique de la femme pouvait se limiter à sauvegarder et entretenir la vie chrétienne du foyer. Il n'en va pas ainsi de nos jours, où toute la vie familiale subit nécessairement et immédiatement l'influence du milieu social, dans lequel elle se développe. De cette ambiance sociale dépendra, pour une large part, la température spirituelle de la famille, donc sa vie morale et religieuse. Voilà pourquoi la femme catholique d'aujourd'hui prend conscience de ses devoirs sociaux. C'est à mieux comprendre ces devoirs, par une étude en commun, que travaillent vos congrès ; c'est à les mieux remplir toujours, que s'applique l'effort de vos ligues. Ainsi s'expliquent les formes, si admirablement variées, de cet effort.

Toutes pareilles, en effet, dans leur principe, parce qu'elles concernent toujours la défense nécessaire des droits de Dieu et des âmes, vos œuvres d'apostolat sont multiples et diverses dans leur exercice, parce que vous les adaptez à la diversité des pays et des temps.

Car l'apôtre, pour être écouté, doit parler, non pas à des représentants de quelque humanité abstraite, qui serait de tous les pays, de tous les temps, et de toutes les conditions, — mais à tel ou tel groupe de ses semblables, à tel âge, dans tel pays, à tel échelon de la hiérarchie sociale. C'est là une des règles d'or tracées par le Pontife à jamais regretté, qui fut le grand promoteur de l'Action Catholique et qui en reste maintenant l'invisible inspirateur.

Tout cela, vous le savez. Et vous savez aussi que, l'Action Catholique étant une collaboration à l'apostolat hiérarchique, ses membres doivent être soumis à la Hiérarchie ecclésiastique, à laquelle appartient de droit la mission apostolique, ainsi que son organisation dans le monde entier: « Euntes..., docete omnes gentes » (Mt, XXVIII, 19). C'est précisément pour cela que vous venez, comme vous le disiez tout à l'heure, en apportant ici vos informations, qui sont riches et consolantes, recevoir des directions, qui seront surtout encourageantes.

II.

Dans toutes les grandes œuvres humaines, comme dans l'œuvre humano-divine de la Rédemption, Dieu a fait de la femme l'associée et l'auxiliaire de l'homme. Mais cette collaboration féminine, dans la diffusion et la défense du royaume de Dieu, Nous semble plus opportune aujourd'hui que jamais.

En effet, le mal dont souffre l'humanité est l'oubli, la méconnaissance, parfois même la négation absolue, des réalités invisibles, des plus nobles valeurs morales, et de tout idéal surnaturel. En ce siècle de mécanisme, la personne humaine n'est souvent qu'un instrument perfectionné de travail, ou, — hélas ! — de combat. La jouissance matérielle et immédiate attise et borne tout ensemble l'ambition des foules.

Notre société humaine menace de n'en être bientôt plus une, tant ses éléments constitutifs se désagrègent, sous nos yeux, dans l'égoïsme matérialiste, ou se dressent les uns contre les autres. Ce qu'il reste de véritable vie sociale tend à n'être plus régi que par le jeu des intérêts individuels et la compétition des appétits collectifs.

Il est vrai, les tentatives ne manquent pas pour refaire, dans cette dispersion des personnalités humaines, quelque unité. Mais les plans proposés pêcheront toujours par la base, s'ils partent du même principe que le mal auquel ils voudraient remédier. On ne guérira pas la blessure, on ne bridera pas la déchirure profonde de notre humanité individualiste et matérialiste, par un système, quel qu'il soit, s'il reste lui-même matérialiste dans ses principes et mécanique dans ses applications.

Pour panser cette plaie, il n'est qu'un baume efficace : le retour de l'esprit et du cœur humain à la connaissance et à l'amour de Dieu, le Père commun, et de Celui qu'il a envoyé pour sauver le monde, Jésus-Christ. Or, pour verser l'onction de ce baume sur les chairs vives d'une humanité meurtrie par tant de chocs, les mains des femmes semblent providentiellement préparées, rendues plus douces par la sensibilité plus affinée, la tendresse plus délicate du cœur.

À vous, donc, dames et jeunes filles catholiques, de vous pencher vers la grande blessée. Guidées et aidées par Dieu, relevez-la, encouragez-la ; refaites, de cette multitude grégaire, une société organique, dans la paisible hiérarchie des fonctions et des charges, dans le respect des devoirs et des droits, dans l'harmonieuse coordination des familles stables et fécondes. Que par vous la multiplicité des groupes ethniques retrouve l'unité de la filiation divine et de la fraternité humaine. Que le communisme recule et disparaisse devant la communauté des hommes ; que leur communauté s'achève dans la communion chrétienne.

Alors seulement se réalisera cette unité dans l'ordre, « Unitas ordinis », dont parle saint Thomas, et qui doit être l'idéal de vos âmes, le but suprême de vos efforts. Mais alors aussi, en travaillant pour le bien universel, chacune de vous travaillera pour le salut de sa patrie et pour le bonheur de sa famille, — précisément parce que l'ordre est un : il ne peut régner dans les âmes, dans les nations, dans l'humanité tout entière, que si chaque chose est à sa place, si Dieu, par conséquent, occupe partout la seule place qui lui convienne : la première. Et alors enfin, dans la stabilité de l'ordre, descendra sur la terre cette Paix, qu'appellent le désir angoissé des peuples et, douloureux entre tous, le sanglot désespéré des mères.

Voilà votre mission ; elle est très haute. Elle veut de l'élan, de la persévérance. Il y faudra parfois de l'héroïsme. Mais elle est assurée de la victoire, parce que l'esprit finit toujours par vaincre la matière, et le droit par triompher sur les ruines accumulées par la violence. L'histoire le montre et Dieu nous l'a promis : la mesure de notre victoire est celle de notre foi. « Haec est victoria, quae vincit mundum, fides nostra » (I Io., V, 4).

Est-il besoin d'ajouter que, pour faire régner l'ordre et la paix autour d'elles, vos ligues doivent d'abord les sauvegarder en elles-mêmes ? A cet égard, il Nous plaît singulièrement de voir, dans votre Union Internationale, se juxtaposer harmonieusement, à la Section des Dames, celle des Jeunes Filles. Ce sont comme les fleurs et les fruits, qui parfois ornent ensemble certains arbres privilégiés. À côté des ouvrières déjà chargées de mérites et riches d'expérience, se rangent joyeusement les apprenties, qui aspirent à se dévouer et pour cela demandent « préparation et formation », recevant les conseils de leurs devancières, moins comme des leçons imposées, que comme des trésors offerts. Chacune des deux sections a ses méthodes et ses pratiques ; car là encore une adaptation de chacune à son milieu est nécessaire. Mais sous ces différences extérieures, brûle dans les âmes, - pour lesquelles il n'y a pas d'âge, — la même flamme intérieure d'un zèle purement surnaturel.

Aussi, par l'intercession de la très douce Vierge Marie, dont vous avez eu la délicate attention de Nous offrir les images telles qu'elles sont vénérées dans chacun de vos chers pays, Nous appelons la protection toujours plus efficace de Dieu sur les Évêques qui vous envoient, sur vous-mêmes, sur toutes les affiliées de vos ligues — que vous représentez — sur leurs familles et les vôtres, sur vos travaux et les leurs — et Nous vous accordons de tout cœur, comme gage des faveurs divines, la Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII - Vol. I,
Première année de Pontificat, 2 mars 1939 - 1er mars 1940, pp. 43-48
Typographie Polyglotte Vaticane.



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