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MESSAGE-RADIO DU PAPE PIE XII
POUR LE XIIe CONGRÈS EUCHARISTIQUE FRANÇAIS*

Dimanche 7 mai 1939

 

Pour la douzième fois, très chers fils de la noble nation française, vous voici réunis par milliers autour du Christ, présent dans l'Eucharistie, afin de lui offrir ensemble un hommage solennel d'adoration réparatrice.

Au cours des dernières années, l'Afrique a vu déjà plus d'une cérémonie de ce genre. Carthage, se souvenant d'avoir été la glorieuse métropole des églises nord-africaines, et d'avoir abrité dans ses murs plus de trente conciles, donna le branle avec son Congrès eucharistique international. Puis le mouvement s'est étendu, en des congrès régionaux ou nationaux jusqu'à l'Afrique australe, au Congo, à Madagascar, à Tripoli et ailleurs.

Aujourd'hui, c'est sur les côtes longtemps appelées barbaresques, qu'est célébré le triomphe de l'Hostie. Et Notre cœur tressaille de joie, tandis que Nous y prenons part doublement. Car Nous y sommes présent de deux manières : visiblement, en la personne de celui que Nous avons choisi comme Notre Légat, pour présider en Notre nom à ces journées eucharistiques, Notre très cher Fils le Cardinal Archevêque de Paris, invisiblement, mais véritablement aussi, par Nos prières, unies à celles de vos foules saintement enthousiastes.

Ni les flots mouvants de la mer, ni le fracas des armements, qui en ébranlait les rivages, n'ont pu faire hésiter votre élan mystique : la « bonne Mère » de la Garde vous conduisait vers Notre-Dame d'Afrique. Et dans cette Hostie, rayonnant sur l'une et l'autre colline, la foi vous montrait le prince et l'auteur même de la paix, cette paix si ardemment souhaitée par notre humanité inquiète. Voilà ce qui vous attirait et encourageait.

Voilà ce qui Nous unit intimement à vous, en ce mois de mai, que Nous voudrions tout entier consacré à la prière universelle (aux prières des enfants surtout, ces privilégiés du Sauveur !) pour faire descendre du ciel sur la terre, par les mains de la Vierge Immaculée, la paix, promise aux hommes de bon vouloir : paix dans les âmes, troublées par les appels et les séductions des fausses doctrines, paix entre les nations, frémissantes dans une incessante anxiété.

Pourtant, si vous êtes venus tenir ici vos assises eucharistiques, c'est surtout, Nous ne l'ignorons point, afin d'y célébrer le centenaire d'un événement à jamais mémorable, pour l'Église et pour la France. Il y a un siècle, en effet, que le premier évêque d'Alger fut installé dans sa cathédrale. Ainsi renaissait, après huit cents ans de mort apparente, cette Province ecclésiastique d'Afrique, qui avait compté jadis quelque cinq cents évêques et qui, dans la pléiade de ses martyrs, de ses pontifes et de ses vierges, voit briller à jamais l'incomparable Docteur d'Hippone, Augustin, l'un des plus éclatants génies, que Dieu ait donnés à l'Église et au monde.

Mais en 1839, Alger la ville blanche, dressant ses terrasses sur la mer comme un défi aux peuples chrétiens, Alger, la cité des larmes et du sang, où avaient pleuré, prié, souffert et donné leur vie pour le Christ des milliers de captifs, ne comptait plus que quatre prêtres. Or, voici que, sur un des minarets, s'élève la croix du Christ, et Alger devient soudain la porte lumineuse, par où pénétrera, chaque jour plus rapidement, jusqu'au cœur du continent noir, le flambeau de la révélation.

Renaissance admirable, vie nouvelle, débordante de sève surnaturelle ! Aujourd'hui, de nombreux évêques ou vicaires apostoliques, des centaines de prêtres, venus de diverses nations chrétiennes ou issus de familles indigènes, plusieurs millions de fidèles, attestent, à travers l'Afrique, l'éternelle jeunesse de l'Église, l'inépuisable fécondité de la grâce divine, servie par l'effort humain.

C'est pourquoi Notre Bénédiction s'élance affectueusement vers vous d'abord, fils de cette France, dont il Nous était donné, il y a deux ans, d'évoquer les grandes destinées religieuses, sous les voûtes de Notre-Dame de Paris. Mais cette Bénédiction va plus loin encore vers vous, néophytes et catéchumènes dispersés dans les missions d'Afrique, vers vous tous enfin, hommes dont les âmes, comme la nôtre, ont été rachetées par le sang de Dieu fait homme. À ce Christ Jésus, toutes les nations ont été données en héritage, et de cet héritage, la Providence Nous a constitué le gardien, de cette humanité, Dieu Nous a fait le Pasteur et le Père.

Qu'elle descende donc sur tous, la Bénédiction divine, fruit du sang répandu pour tous par le Sauveur, caché mais présent dans l'Eucharistie !


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII - Vol. I,
Première année de Pontificat, 2 mars 1939 - 1er mars 1940, pp. 99-101
Typographie Polyglotte Vaticane.



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