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DISCOURS DU PAPE PIE XII
À L'ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE ET MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DE FINLANDE,
S.E. HARRY HOLMA
*

Samedi 26 juin 1943

Monsieur le Ministre,

Une année à peine s'est écoulée depuis le rétablissement des relations officielles entre le Saint-Siège et la République de Finlande. Ce laps de temps, si court, mais si plein de graves événements, a pourtant suffi pour porter ces relations à un degré élevé de mutuelle compréhension et de confiance réciproque. Dans Notre joie de constater ce fait, également avantageux pour 1'Église et pour 1'État, Nous ne voudrions pas laisser passer l'occasion que Nous offre la solennelle inauguration de votre haute et importante charge d'Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire, sans en exprimer Notre intime satisfaction et sans donner aux vœux de bienvenue, que Nous adressons à Votre Excellence, une empreinte de cordialité qui corresponde aux rapports heureusement existants entre les deux puissances.

En Nous manifestant par votre intermédiaire son adhésion à Nos efforts incessants en vue de la restauration de la félicité du monde sur ses véritables bases qui, posées par le Créateur lui-même, demeurent immuables en dépit de la variété des formes et des organisations sociales, Son Excellence Monsieur le Président de la République a usé de termes qui Nous ont vivement réjoui. Nous trouvons en effet dans ses paroles une preuve que les yeux des gouvernants qui veillent aux destinées de la noble nation finlandaise, au milieu des difficultés actuelles et sous le lourd fardeau des responsabilités, tiennent leur regard fixé sur les problèmes moraux essentiels, dont la solution marque le premier pas vers le salut des individus, des peuples et de la communauté des nations.

Ces principes, brillant comme l'étoile polaire dans la nuit ténébreuse des événements présents, révèlent aux peuples errants et désorientés les desseins de l'Éternel. De leur claire intelligence, de la résolution de les traduire dans la pratique en vue de l'avenir prochain, dépendra en dernière analyse que le démon de la discorde, aujourd'hui souverain, cède la place à l'ange de la concorde sincère et de la bienfaisante fraternité.

Nous avons tout particulièrement apprécié, dans la déclaration du chef de 1'État finlandais, le fait, souligné en son nom par Votre Excellence, que 1'activité déployée par le Saint-Siège pour la cause de la paix et la prospérité de tous les peuples, rencontre l'unanime assentiment de la nation. La chaleureuse émotion, qui anime tout spécialement cette partie de votre discours, Nous est le témoignage du sens moral, sérieux et délicat, avec lequel votre peuple reconnait et veut mettre en vigueur ces lois, ces valeurs spirituelles, fruit précieux de la conception chrétienne de la vie.

Nous faisons les vœux les plus ardents pour que, au terme de la lutte gigantesque, source d'indicibles douleurs pour le cœur de tant de ses fils, la nation finlandaise, après avoir, dans sa longue et souvent pénible marche au cours des siècles, surmonté toutes les difficultés, tous les obstacles, se trouve enfin en présence d'une conscience mondiale qui, instruite par l'expérience des erreurs passées, aspire uniquement à la paix fondée sur les principes éternels d'une justice franche et loyale, résolue à réagir contre le mensonge et la funeste primauté de la force, à user d'une même mesure pour le respect des droits d'autrui et pour la revendication de son propre droit.

L'avènement et la préparation d'une telle disposition des esprits fait l'objet de Nos continuelles préoccupations. C'est dans cette atmosphère sereine que, tout à la fois, les nécessités de l'espace vital et les exigences des relations de bon voisinage vaudront également pour les grands et pour les petits, pour les forts et pour les faibles. La conquête spirituelle de cette saine conception juridique, purifiée de toute trace des instincts indomptés de la violence et du lucre, doit d'abord et avant tout mûrir à l'intérieur d'un peuple pour qu'il puisse ensuite espérer voir, au-delà de ses frontières, les cœurs accueillir ce message élevé et salutaire, mais qui exige des sacrifices.

Avec la confiance que la bénédiction du ciel ne manquera pas à l'effort tendu vers un idéal si haut et si difficile à atteindre, Nous répondons de tout cœur par Nos propres vœux à ceux que Son Excellence Monsieur le Président de la République Nous a exprimés pour Notre personne et pour l'exercice de Notre charge apostolique, et Nous invoquons la protection du Tout-Puissant sur toutes les classes de la nation finlandaise et d'une manière particulière sur la jeunesse, sur tous ceux qui ont leur part plus grande dans les douleurs et les sacrifices de cette guerre.

Quant à vous, Monsieur le Ministre, soyez bien assuré que, dans l'accomplissement de votre haute mission, vous trouverez auprès de Nous toute la compréhension, la bienveillance et le concours empressé qu'est en droit d'attendre le très digne et docte représentant d'une nation si noble, si éprouvée et si chère à Notre cœur.


* Version originale française dans :

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, V,
Cinquième année de pontificat, 2 mars 1943 - 1er mars 1944, pp. 97-99
Typographie Polyglotte Vaticane.

AAS 35 (1943), p.256-258.

Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale, vol. 7 p.450-453.



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