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MESSAGE-RADIO DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS
EUCHARISTIQUE NATIONAL FRANÇAIS À NANTES*

Lundi 30 juin 1947

 

Chers fils de France,

Nous adressant à vous qui, rassemblés autour de l'Hostie Sainte, célébrez pour la première fois, depuis la guerre dévastatrice, votre Congrès eucharistique national, Nous revivons en esprit les heures émouvantes où il Nous fut donné naguère de prier, au milieu de vous, pour votre chère patrie, à Lourdes, à Lisieux, à Paris. La tourmente a passé, laissant partout derrière elle les traces de sa fureur, et la ville qui vous abrite en ce moment en porte encore, comme tant d'autres, les cicatrices douloureuses. Combien plus néfastes, hélas ! les semences vénéneuses qu'elle a jetées dans les cœurs et dans les âmes. Nous parlions, dans Notre lettre du 29 juin 1940 à l'épiscopat français, des ressources dont la France dispose « pour faire de son malheur le levier d'une nouvelle ascension spirituelle, qui sera pour elle le gage d'un solide et durable bonheur ». Et votre Congrès eucharistique national vient aujourd'hui confirmer Nos paroles d'alors. Aussi, renouant d'anciennes et glorieuses traditions, Nous faisons-Nous un vrai plaisir de Nous rendre au milieu de vous, non seulement en la personne d'un très digne et bien-aimé Légat, mais par la voie des ondes, merveilleux véhicule de Notre vivante parole.

Les consignes que vous attendez de Nous, en cette heure si grave de la restauration de votre patrie, peuvent se résumer dans les paroles, que le divin Sauveur adressait à ses disciples, dans cette dernière Cène, où il avait institué l'adorable Eucharistie, dont votre Congrès de Nantes célèbre aujourd'hui les fastes. Que leur disait-Il ? « Je vous ai choisis . . . pour que vous alliez, et pour que vous portiez du fruit » (Jn 15, 16). C'est à l'apostolat qu'il vous invite, à cet apostolat pour lequel vos initiatives missionnaires si variées en terre de France, vos divers mouvements d'action catholique - générale et spécialisée -, vos semaines sociales, vos publications de toutes sortes ont, en ces dernières années, en dépit des pires obstacles, si magnifiquement travaillé. Un chrétien ne peut, en effet, rester inerte devant le déploiement des forces du mal. Le sort de votre patrie est entre vos mains, prêtres et laïcs, vous tous qui vivez du Christ et voulez vous dépenser pour Lui. Mais souvenez-vous que ses méthodes et son esprit ne sont pas ceux du monde. Un chrétien n'est pas un partisan, il n'est l'ennemi de personne, il ne cherche à triompher d'aucun adversaire. L'esprit de caste lui est étranger. Aujourd'hui plus que jamais et comme aux premiers temps de son existence, c'est surtout de témoins que l'Église a besoin, plus encore que d'apologistes, des témoins qui, par toute leur vie, fassent resplendir le vrai visage du Christ et de l'Église aux yeux du monde paganisé qui les entoure. À ces hommes innombrables au cœur desquels on cherche - vainement, grâce à Dieu - à étouffer toute aspiration religieuse, vous révélerez l'attrait divin de la douceur et de la charité du Sauveur. Les aimant tous d'un égal amour, vous serez les interprètes de la tendresse maternelle de l'Église pour les opprimés et les égarés. Vous leur montrerez, en l'expliquant - et surtout en l'appliquant - sa lumineuse doctrine sociale, qui seule peut résoudre les problèmes qui les angoissent. Vous serez ainsi les apôtres de notre société moderne, animés de ce véritable esprit chrétien et missionnaire, dont votre patrie à donné en tous temps de si beaux exemples.

Telles sont les consignes, que l'Hostie vous rappelle, telles sont les résolutions, que, munis du Pain des forts, vous renouvellerez en vos âmes. C'est pour cela que vous avez choisi comme sanctuaire de votre pieuse veillée d'armes cette Bretagne traditionnellement fidèle et, de l'historique cité nantaise, vous faites monter vers l'Agneau mystiquement immolé sous les voiles eucharistiques, votre hosanna d'action de grâces, vos amendes honorables, vos ardentes supplications, pour que l'ordre et la paix se rétablissent enfin dans les institutions comme dans les cœurs.

Nous connaissons bien les immenses ressources de la Fille aînée de l'Église, et de la catholique Bretagne en particulier, avec ses pacifiques légions de missionnaires et d'instituteurs, ses florissantes congrégations religieuses - hospitalières, enseignantes ou contemplatives -, ses œuvres évangélisatrices, multiples et diversifiées comme la grâce de Dieu, et répondant plus adéquatement aux impérieuses nécessités des temps présents : tous cela Nous est un sûr garant des saintes conquêtes, par lesquelles vous étendrez en vous et autour de vous le royaume de Jésus-Christ. Vous en puiserez d'ailleurs les surnaturelles énergies dans cette divine Hostie, que le Congrès de Nantes veut exalter et faire rayonner sur la France entière.

Les gloires eucharistiques de la nation française forment sans doute une incomparable couronne, à laquelle pourtant vos assises armoricaines ajouteront un fleuron plus précieux encore, parce que davantage chargé de promesses et d'espoirs. Tous unis, prosternés devant l'adorable Sacrement de nos autels, vous renouvellerez au Christ, qui aime les Francs, vos serments de fidélité et d'amour ; vous Lui consacrerez, par le Cœur Immaculé de Marie, vos vies, vos familles, vos professions, votre patrie. Son Vicaire ici-bas est au milieu de vous dans cet offertoire mystique ; il vous présente et recommande à la miséricordieuse bonté du divin Maître ; Il vous renouvelle Ses pressantes exhortations de prière, de vigilance et de charité ; Il vous donne enfin dans toute l'effusion de son cœur paternel, comme gage des meilleurs réconforts célestes, pour les Pasteurs comme pour leurs troupeaux, sans oublier les brebis encore éloignées du bercail, la Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, IX,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 139-141
Typographie Polyglotte Vaticane.



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