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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU NOUVEL AMBASSADEUR DU PANAMA PRÈS LE SAINT-SIÈGE,

S.E. M.
RAMÓN ARIAS FERAUD
*

Vendredi 6 mai 1949

C’est avec un vrai plaisir que Nous recevons en ce moment les Lettres de créance, par lesquelles Monsieur le Président de la République de Panama vous accrédite Envoyé Extraordinaire et Plénipotentiaire de cette République auprès du Saint Siège.

Votre pays, Monsieur le Ministre, se trouve, fort heureusement pour lui, dans le nombre de ceux qui, comme Votre Excellence vient de le faire remarquer, n’ont jamais perdu la foi en la Divinité, ni l’amour envers Notre Seigneur Jésus-Christ, ni la fidélité à son Vicaire sur la terre. C’est peut-être à cause de cela que Notre cœur garde et a toujours gardé une place spéciale pour ce digne peuple que Votre Excellence représente si brillamment.

Ce n’est pas l’extension géographique, ni l’abondance des richesses, ni la force physique qui constituent la valeur intime d’une nation. Elle lui vient de ses vertus, de son amour et son respect pour les grands principes moraux et religieux, de sa constante fidélité à la parole donnée, des faits glorieux accomplis dans le service de Dieu, de l’Église, de la patrie et d’autres nobles causes, de son amour pour l’ordre et le travail, de ses dispositions fraternelles envers tous, hostile envers personne, généreuse envers les pauvres, toujours disposée au pardon, à la réconciliation, à la paix.

Le grand événement dans l’histoire de votre patrie fut la construction du Canal de Panama. Au même endroit où les Espagnols, au milieu du XVIe siècle, pensèrent déjà le creuser – quelle idée prévoyante et hardie pour ces temps-là ! – notre siècle est arrivé à la réaliser avec un effort qui, malgré les moyens de la technique actuelle, incomparablement plus nouveaux et perfectionnés, est toujours une preuve imposante de la puissance et de la volonté humaines.

En un moment la construction du canal a donné à votre pays, dans les jeux des forces politiques et économiques du monde, une place bien plus centrale et bien plus importante qu’il n’avait auparavant. Personne ne désire et n’attend plus que Nous que cette nouvelle situation devienne pour votre patrie une source de prospérité et de progrès. D’autre part il n’est pas rare, par malheur, que, dans une position comme la vôtre – placée entre deux océans et nœud entre les deux parties d’un continent –, si les échos et les influences de tout ce qu’on propage de bon dans le monde peuvent vous arriver ; par contre, la lie et les scories de ce qui est moins bon peuvent aussi faire acte de présence. Votre peuple, tout au long de son passé catholique, a pu expérimenter quels sont les antidotes contre ces poisons : l’équilibre social, pour lequel vous ne manquez pas de bons principes dans le Code du Travail, dans la Constitution et d’une manière spéciale l’intégrité du mariage et de la famille chrétienne ; tout ceci pénétré d’une sérieuse instruction religieuse et d’une foi, non superficielle, mais profonde, qui domine toute la vie. Nous ferons tout ce qui sera en Notre pouvoir afin que la vie religieuse de votre peuple se fortifie de plus en plus et produise les vocations sacerdotales qui doivent lui donner le clergé nombreux et saint dont il a besoin.

Lorsque Votre Excellence, à une date plutôt éloignée, baisait avec émotion la main vénérable de Notre vertueux Prédécesseur Pie X, peut-être ne pensait-Elle pas qu’un jour Elle devait être reçue par un de ses Successeurs, dans une occasion aussi solennelle et honorable comme celle où nous nous trouvons. Pour Notre part, Nous Nous plaisons à voir en cela la main de la Divine Providence.

Votre Excellence s’est proposée, comme noble but de sa haute mission, l’intensification des liens étroits qui unissent déjà Panama à ce Siège Apostolique. En la recevant, Nous déclarons que telle est aussi Notre intention, et pour cela Nous pouvons l’assurer dès à présent que, pour la réaliser, Elle trouvera toujours en Nous le plus paternel et bienveillant accueil.

En son propre nom et en celui de son peuple Votre Excellence a voulu unir ses vœux aux Nôtres pour que règnent enfin dans le monde la paix, la vraie liberté, le respect de la religion et des droits de la personne humaine. Avec égale complaisance Nous avouons que, dans le travail sans relâche que Nous avons entrepris pour obtenir cela, ce n’est pas pour Nous une petite satisfaction que celle de savoir que, dès à présent, Nous pouvons compter avec votre intelligente et généreuse coopération.

De tout cœur, donc, Nous voulons vous bénir, comme vous Nous l’avez demandé, en souhaitant que cette Bénédiction s’étende à Monsieur le Président de la République et à tout le bien-aimé peuple de Panama.


* Documents Pontificaux 1949, p.152-154.

 



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