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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU NOUVEL AMBASSADEUR DU PÉROU PRÈS LE SAINT-SIÈGE,
S.E.M.
FELIPE S. PORTOCARRERO *

Mercredi 17 août 1949

C’est chose qui fait honneur aux qualités d’observateur et à l’esprit réfléchi et perspicace de Votre Excellence, toujours attirée par tout ce qui est essentiel, le fait qu’à l’inauguration de sa haute charge d’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République péruvienne, Elle ait voulu remarquer en ce centre de la chrétienté, comme l’une des notes caractéristiques qui l’ont le plus frappée, son inaltérable tranquillité, sérénité et confiance.

C’est un calme alimenté par des pensées divines et débordant de paix et de sécurité, dont le langage devient plus éloquent encore en face d’un monde agité et inquiet, continuellement perdu dans une stérile recherche de nouvelles formules de paix, mais qui ne laissera pas de se heurter toujours aussi à des nouveaux foyers de discorde, tant qu’il n’arrivera pas à reconnaître et à appliquer ces vérités, sans lesquelles il est impossible d’arriver au port de la certitude qui donne accès aux plaines sereines où la paix est établie.

Votre Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, vient à Nous comme le représentant et l’interprète d’un pays d’antique ascendance catholique, puisque c’est précisément en son territoire que surgit le premier diocèse de toute l’Amérique du Sud ; d’un peuple dont l’histoire fut forgée par les élans épiques de ces titans à la foi robuste, aux bras inlassables dans la lutte, aux poitrines doublées d’acier, et dont la culture est née, on peut le dire, avec l’antique Université Majeure de Saint Marc, la plus ancienne de son espèce en Amérique, où fleurirent la théologie et le droit canonique, et où ses gradués juraient de défendre le dogme de l’Immaculée Conception ; d’une nation dont les fils voient dans l’entretien de relations confiantes et cordiales avec ce Siège de Pierre, une des traditions nationales qu’ils voudraient garder avec le plus d’amour et de diligence, afin de la mettre à l’abri de tout dommage et de tout danger.

Vous venez à Nous à un moment où d’autres régions du monde peuvent servir d’exemple – et bien douloureux – et qui prouvent à quel point il est funeste pour les peuples le fait que les principes et les intentions antireligieuses de quelques courants sociaux modernes arrivent à s’emparer de la crédulité ou de l’intérêt de quelques classes, s’appropriant ainsi le pouvoir, et ne craignant pas, celui-ci une fois obtenu, de s’abandonner à des excès lamentables.

Vous venez à Nous précisément lorsque la parole maternelle de l’Église, implorée et attendue depuis bien longtemps, a réalisé la division nécessaire entre le champ de Jésus-Christ et celui de ses adversaires, montrant aux consciences catholiques, assoiffées de vérité et de lumière, où se trouve le chemin franc, lumineux et sûr, et où les sentiers obscurs et tortueux conduisent à l’erreur.

Rarement, peut-être, l’Église s’est sentie aussi tranquille et aussi sereine en son intérieur comme elle l’est en ce moment, alors que sa voix maternelle a résonné dans tout le monde, et que ses fils vont décider quel écho doit avoir en leurs intelligences, en leurs cœurs et en leurs consciences cette parole, laquelle tout en contenant, il est vrai, une admonestation, ne laisse pas pourtant d’être inspirée seulement par l’amour et par le désir de leur salut.

Les termes graves et élevés avec lesquels Votre Excellence a si dignement accompagné la présentation de ses lettres de créance, sont pour Nous comme un reflet de l’esprit qui vivifie le fidèle peuple péruvien, esprit qui doit le conduire, sans doute, à des progrès chaque jour plus grands et sans cesse renouvelés.

Les relations amicales entre votre noble nation et ce Siège Apostolique gagneront toujours en profondeur et en cordialité, si dans votre chère nation va toujours en augmentant le nombre de ceux qui se montrent pratiquement convaincus du lien indissoluble qui unit le riche patrimoine spirituel de votre pays avec les valeurs irremplaçables qui émanent de la religion de Jésus-Christ.

Le Pérou est une terre vigoureuse, qui a été comparée à une forteresse colossale, couronnée par deux donjons. On admire justement en lui ses plages incommensurables et phosphorescentes, si riches en refuges naturels, depuis la baie de Paita jusqu’au port de Ilo, plages si généreusement rafraîchies par le frais courant péruvien ; la grandeur de ses sommets des Andes, dont les fronts sont caressés par les tempêtes ; le charme de ses lacs tranquilles, de ses allègres cascades et de ses vallées cachées ; la richesse inépuisable de ses forêts, vrai don de Dieu. Et là où un jour campèrent des races fortes et nombreuses, vit et travaille aujourd’hui un peuple cordial et ami du foyer, qui se glorifie d’être estimé pour ses vertus familiales et sa parfaite courtoisie.

Plusieurs autres nations sœurs forment avec lui ce qu’on a appelé, selon une heureuse expression, le continent latin du Nouveau Monde, lequel, si les apparences ne trompent pas, pourrait être conduit, sans délai, par les oscillations de l’histoire et les actions et réactions des énergies qui s’agitent en elle, a une valorisation chaque jour plus grande de la place qui lui correspond dans le jeu des forces mondiales. Ce qui autrefois demandait des siècles, peut aujourd’hui se produire en peu d’années, car, tant pour le bien que pour le mal, nous vivons des heures aux possibilités toujours croissantes et aux issues constamment accélérées.

À cause de cela, Nous éprouvons un désir intime, dont Nous demandons la réalisation au Tout-puissant dans une ardente prière ; qu’Il daigne donner et conserver aux peuples de l’Amérique latine, et en particulier au bien-aimé Pérou, cette force, cette clairvoyance et cette vigilance qui doivent servir à leur prospérité matérielle en ce monde et à leur rapide progrès dans les chemins de la liberté et de la paix ; ainsi, ces valeurs chrétiennes qu’ils portent avec eux, croîtront également avec une grandeur nouvelle et une splendeur renouvelée.

Espérant qu’il en sera ainsi, Nous implorons la protection et l’assistance divines en faveur de Monsieur le Président de la République du gouvernement et du peuple péruvien, et Nous donnons à Votre Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, à sa famille et à tous ses collaborateurs, avec toute l’effusion de Notre cœur paternel, la Bénédiction apostolique sollicitée.


* Documents Pontificaux 1949, p.330-333.



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