Index   Back Top Print

[ FR ]

DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DE L'ORGANISATION DE L'INDUSTRIE FEUTRIÈRE D'EUROPE*

Mercredi 28 octobre 1953

 

À l'occasion de la Conférence Centrale Européenne des Fabricants de Feutres, vous avez exprimé, Messieurs, le désir de vous réunir autour de Nous. Nous sommes heureux de saluer, dans votre groupe choisi, les représentants de dix nations différentes, tous intéressés aux problèmes d'une industrie très spécialisée et fort importante, en particulier pour l'équipement des machines à papier, mais aussi pour la production des composés de ciment et de fibres que l'on connaît généralement sous le nom d'« éternit ».

Contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, l'industrie du papier, à laquelle vous collaborez, est bien antérieure à l'invention de l'imprimerie. Un ministre chinois du second siècle avant Jésus-Christ en aurait donné les premières formules, et l'historien peut suivre les étapes qui, à travers le Turkestan et l'Afrique du Nord, l'ont rapprochée de l'Europe, où elle pénétra grâce aux Arabes vers la fin du XIIe siècle. Or, détail notable, dès cette époque on employait des feutres pour recevoir la feuille de papier au sortir de la forme. Ces feutres-là, à vrai dire, différaient grandement de ceux que réclame aujourd'hui l'industrie du papier, car ils ne constituaient pas un véritable tissu, mais un simple amalgame de fibres tel qu'on en use encore pour de nombreux travaux commerciaux ou techniques. Du jour où l'on voulut réaliser la production continue du papier par des procédés entièrement mécaniques, on eut besoin d'un support capable de résister à la traction et d'accompagner la feuille dans les évolutions et les opérations variées qu'on lui faisait subir. C'est alors que se transforma l'industrie du feutre et que l'on expérimenta les divers procédés capables de lui donner une armature semblable à celle des étoffes les plus solides, tout en lui conservant ses qualités spécifiques.

Le rôle du feutre qui recueille la pâte molle destinée à devenir la feuille définitive est en effet des plus délicats, car il doit absorber une grande partie de l'eau, que cette pâte contient en excès, tout en assurant par sa souplesse et la régularité de sa surface la formation d'une feuille homogène et ininterrompue. On conçit que ce feutre doit être différent selon que la pâte véhiculée doit devenir papier de journal ou papier pelure, papier de luxe ou papier commun, carton d'emballage ou papier à dessin. Sa matière première doit être excellente et sa confection très soignée pour qu'il conserve en tous ses points la même épaisseur, le même pouvoir absorbant, la même élasticité, malgré les tractions et les pressions qu'il subit constamment, malgré les effets de l'eau chaude qu'il élimine et des produits chimiques que celle-ci renferme.

Aussi la fabrication des feutres destinés à équiper les énormes machines des papeteries modernes requiert-elle des métiers spéciaux et beaucoup plus compliqués que les métiers ordinaires. De plus la composition d'un feutre parfaitement adapté à l'usage particulier, auquel on le destine, demande une étude précise des fibres à employer et à combiner, qu'elles soient d'origine minérale, végétale, animale ou synthétique, afin que leurs qualités complémentaires confèrent au produit manufacturé toutes les caractéristiques voulues par l'employeur. Désormais une telle industrie requiert des cabinets de physique et de chimie, dotés d'instruments d'observation et d'expérimentation les plus variés. Elle emploie un personnel qualifié, des installations considérables et met en jeu des intérêts matériels et humains, au service desquels votre organisation internationale se propose de pourvoir.

À cause donc de la place importante que tient votre spécialité dans la vaste industrie du papier, elle-même plus considérable de jour en jour, ce n'est pas sans émotion que Notre imagination évoque les véritables fleuves de pâte qu'entraînent incessamment les feutres que vous fabriquez. Des forêts entières, Nous disent les statistiques, sont englouties par les larges cuves, où s'élabore quotidiennement la pâte de bois destinée à fournir le papier commun des journaux et des imprimés à bon marché. Recueilli en gros rouleaux à l'issue des feutres, il sera sans tarder expédié vers les rotatives de la grande presse, dont certaines en consomment plusieurs tonnes par jour.

De là sort la nourriture intellectuelle des foules, qui ne lisent que les journaux, et souvent même un seul journal. Assurément, vous n'êtes pour rien, Messieurs, dans la qualité de ce qu'impriment les clients de vos clients. Vous constatez comme Nous l'immense puissance conférée par l'imprimerie à des feuilles innombrables, que dévorent des yeux matin et soir des centaines de millions d'hommes sur toute la surface de la terre. Ils y trouvent trop souvent des excitants pour leurs passions, car c'est en les flattant que beaucoup d'écrivains assurent leur succès. Mais ils peuvent y trouver aussi, grâce à Dieu, la défense de la justice, l'apologie de la vertu, l'invitation à la compréhension et à la collaboration mutuelles, à l'amour réciproque, sur lesquels seuls les hommes peuvent bâtir solidement la cité de l'avenir.

C'est ainsi que Nous voyons l'évolution normale de la civilisation moderne inviter les hommes à se rapprocher, à se connaître, à s'estimer et à s'aider par dessus les frontières matérielles et morales, qui pourraient par ailleurs les séparer. Et Nous saluons avec joie toutes les réalisations du genre de la vôtre, Messieurs, persuadés que cette évolution est voulue de Dieu, qui a créé tous les hommes frères de race et sociaux par nature, qu'elle contribue à multiplier les liens d'amitié, gages d'une meilleure entente entre les nations et d'une meilleure intelligence des intérêts communs.

Puisse votre association, basée sur un accord spontané, porter les divers fruits que Nous en augurons, de sorte que vous emportiez de Rome le souvenir d'un heureux séjour et d'un enrichissement spirituel.

Et afin que Nos souhaits reçoivent la sanction du Dieu Tout-Puissant, Nous implorons sur vous-mêmes, sur vos familles, sur tous ceux qui vous sont chers et que vous désirez recommander à Nos prières, les plus abondantes bénédictions divines.


* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, XV,
 Quinzième année de pontificat, 2 mars 1953 - 1er mars 1954, pp. 441 - 443
 Typographie Polyglotte Vaticane.

 



© Copyright - Libreria Editrice Vaticana