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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU CORPS DIPLOMATIQUE PRÈS LE SAINT-SIÈGE,
À L'OCCASION DE SON 80e ANNIVERSAIRE*

Dimanche 4 mars 1956

 

Monsieur l'Ambassadeur,

Les paroles si élevées et si cordiales, par lesquelles Votre Excellence a interprété les sentiments de ses illustres Collègues, constituent pour Nous un hommage particulièrement précieux. Il vient souligner une fois de plus l'attention respectueuse, que le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège a maintes fois manifestée envers Notre humble personne, et Nous accueillons avec plaisir cette occasion de lui en exprimer toute Notre reconnaissance.

Il vous a plu, Monsieur l'Ambassadeur, de rappeler Nos efforts en faveur de la paix. C'est en vérité l'une de Nos préoccupations les plus constantes, et depuis le jour même qui suivit Notre élection à la lourde charge du Souverain Pontificat où Nous adressâmes un Message radiophonique au monde entier, jusqu'à l'époque présente, Nous n'avons cessé d'élever vers le ciel Nos prières et d'employer tous les moyens dont Nous disposions pour exhorter les hommes de toute tendance et de tous pays à rechercher sincèrement ce bien spirituel, après lequel soupirent les individus et les peuples.

La paix ! Qui dira sa valeur et ses bienfaits ? Puissions-Nous en avoir suscité à travers le monde un plus vif désir, si bien que les individus et les collectivités consentent désormais, pour la protéger, la conserver et la consolider, de plus profonds et plus intimes sacrifices. Combien Nous voudrions que les hommes et les nations la préfèrent aux satisfactions de l'amour-propre et de l'intérêt ! Combien Nous souhaitons que la pression de l'opinion mondiale fasse plier les résistances et les obstinations déraisonnables, impose partout la nécessité de résoudre à l'amiable les oppositions les plus accentuées, oblige à admettre les arbitrages et les compromis, grâce auxquels tant de maux irréparables pourraient être évités !

On entend souvent caractériser l'époque présente, non sans quelque pointe de complaisance, comme celle de la « seconde révolution technique », et cependant, malgré la perspective d'un avenir meilleur que cette expression semble comporter, il faut bien constater la permanence de l'angoisse, de l'insécurité politique et économique, tant chez les peuples les plus fortunés que dans les régions sous-développées. L'expérience amère du siècle passé suffirait à l'expliquer : les promesses d'un monde économiquement et techniquement parfait, n'avaient-elles pas cours alors comme maintenant. N'ont-elles pas engendré de cruelles déceptions ? Les bouleversements sociaux, que l'application des sciences dans un esprit trop souvent matérialiste a entraînés, ruinèrent un ordre existant, sans le remplacer par une construction meilleure et plus solide.

L'Église par contre n'a jamais perdu de vue les exigences véritables de l'être humain et se donne pour mission de préserver la stabilité véritable de son existence. Elle sait que la destinée temporelle de l'homme ne trouve sa sanction et son accomplissement que dans l'au-delà. Sans renier aucunement les acquisitions de la science et de la technique, elle les maintient à leur juste place et leur confère leur sens authentique : celui de servir l'homme sans compromettre l'équilibre de toutes les relations qui constituent la trame de sa vie : la famille, la propriété, la profession, la communauté, l'État.

Baser la sécurité et la stabilité de la vie humaine sur l'accroissement purement quantitatif des biens matériels, c'est oublier que l'homme est d'abord un esprit créé à l'image de Dieu, responsable de ses actes et de son destin, capable de se gouverner par lui-même et trouvant en cela sa plus haute dignité. On a raison de défendre cette liberté contre les contraintes extérieures, contre l'emprise de systèmes sociaux qui la paralysent et la rendent illusoire. Mais précisément celui qui mène cette lutte doit savoir que l'économie et la technique sont des forces utiles et même nécessaires, aussi longtemps qu'elles restent obéissantes aux exigences spirituelles supérieures. Elle deviennent dangereuses et nocives lorsqu'on leur accorde une prédominance indue et pour ainsi dire la dignité d'une fin en soi. Le rôle de l'Église consiste à faire respecter ici l'ordre des valeurs, et la subordination des facteurs de progrès matériels aux éléments proprement spirituels.

Les États, qui suivront une politique inspirée par ces principes, conserveront une solidité interne, contre laquelle le matérialisme militant viendra se briser. C'est en vain que celui-ci s'efforcera de faire miroiter à leurs yeux l'attrait d'une paix fallacieuse, qu'il prétendra en montrer le chemin dans l'établissement de relations économiques ou l'échange d'expériences techniques. Puissent les peuples, qui s'engagent sur cette voie, le faire avec une prudence et une réserve inspirées par le souci aigu d'un ordre spirituel à sauvegarder ! Puissent-ils toujours se souvenir qu'on les oriente dans une direction qui ne conduit pas et ne peut pas conduire par elle-même à une vraie paix ! Des formules, comme « unité nationale », ou « progrès social », ne doivent pas abuser. Pour le matérialisme militant, le temps de « paix » ne représente qu'une trêve, une trêve bien précaire, pendant laquelle il attend l'écroulement social et économique des autres peuples.

Voilà, pourquoi Nous faisons appel à tous ceux qui veulent pour l'humanité la concorde et l'union. Ces âmes généreuses, Dieu aidant, se font chaque jour plus nombreuses et opposent , victorieusement leur idéal de lumière et d'amour à l'erreur et au mal. Persuadées qu'on ne bâtit rien de solide sur la sable, elles s'appuient sur les vérités éternelles, que les négations les plus catégoriques ne sauraient ébranler. Car, ce que la raison humaine a longtemps cherché à tâtons, le Tout-Puissant dans sa bonté l'a manifesté aux hommes en la personne de son Fils bien-aimé : « C'est lui qui est notre paix » (Ep. 2, 14).

C'est en son nom, et pour la paix de toute l'humanité, que Nous vous remercions encore, Messieurs, de l'hommage que vous venez de Nous rendre, et que Nous implorons sur vous-mêmes et chacun des pays que vous représentez, la plus large effusion des faveurs divines. En gage de quoi Nous vous donnons de grand cœur Notre plus cordiale Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
 Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 5-7
 Typographie Polyglotte Vaticane

AAS 48 (1956), p.165-167.

L’Osservatore Romano 5-6.3.1956, p.1.

L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, n°11 p.1, 2.

La Documentation Catholique n°1221, col.325-328.

 



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