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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU XIVe CONGRÈS
DE L'UNION INTERNATIONALE DES ÉDITEURS

Salle des bénédictions - Lundi 11 juin 1956

 

Votre visite, Messieurs, au terme du XIVe Congrès de l'Union Internationale des Éditeurs, Nous offre l'occasion de saluer l'illustre association professionnelle, à laquelle vous appartenez, et d'exprimer une fois de plus l'intérêt que l'Église a toujours porté au livre.

N'est-elle pas elle-même gardienne et interprète d'un Livre unique, émouvant témoignage de l'amour de Dieu pour les hommes ? Combien de merveilleux travaux n'ont pas suscités au cours des siècles l'édition, l'interprétation, l'illustration, proche ou lointaine, de la Bible ! Nul d'entre vous, Messieurs, ne l'ignore ; beaucoup même ont eu leur noble part dans cette collaboration internationale autour du Livre sacré ; mais, d'une manière plus générale, l'Église a toujours considéré comme digne de louange quiconque permet aux hommes d'accéder à la vérité, à la beauté, à la bonté, à cet immense domaine ouvert par la munificence du Créateur à la liberté et au génie de l'homme, et les éditeurs de bons livres ont à cette œuvre de lumière une part éminente.

Aussi bien avons-Nous remarqué avec intérêt que votre programme comportait une relation sur la littérature nocive et obscène. Le sujet, Nous le comprenons, a été abordé du point de vue professionnel et juridique, car la littérature éhontée constitue une concurrence malhonnête, à laquelle il importe d'opposer une barrière légale efficace et universelle; mais vous aimerez, Nous le croyons, entendre les raisons, qui Nous font souhaiter vivement la réalisation d'une action en ce sens.

Ces raisons sont tirées de l'importance même du livre et de la manière dont il agit sur les esprits.

Plus explicite et plus assimilable que l'œuvre plastique, le livre constitue dans les civilisations modernes un des véhicules principaux de l'idée.

Avant même d'aller à l'école, le bambin regarde des livres d'images, dont le souvenir l'accompagnera parfois toute sa vie ; on a raison d'accorder un grand intérêt aux premières influences subies par l'enfant, et celle du livre n'est pas la moindre. Plaise à Dieu que ses yeux clairs se fixent sur de belles images, que son imagination et sa mémoire se nourrissent de belles histoires, adaptées sans niaiserie à la fraîcheur de son âme. Et plutôt que de lui offrir des fantaisies parfois saugrenues, pourquoi ne pas illustrer et commenter pour lui quelques-uns des récits merveilleux de la Bible, ce trésor d'humanité et de poésie ?

L'écolier se nourrira de manuels. C'est une des branches de l'édition où l'on a déployé le plus de goût, de science et d'ingéniosité. Heureux enfants qui disposent dès leur jeune âge de livres bien composés, bien imprimés et bien illustrés. Pourvu toutefois que la vérité y soit en tout et toujours parfaitement respectée ; respectée aussi la délicatesse de leur conscience et la portée de leur intelligence, selon la maxime bien connue : « Maxima debetur puero reverentia » ( Juvénal, Satires 14, 47).

Lorsque les étudiants aborderont les textes dans leur intégrité, ils ne le feront pas sans choix ni sans guide car ils ne sont pas encore pleinement formés.

Les adultes eux-mêmes ne se croiront pas tout permis. Même si la foi ne leur faisait un devoir d'admettre l'intervention maternelle de l'Église en la matière, la loi naturelle leur interdirait de revivre, sans raison proportionnellement grave, les scènes de vice dont certains ouvrages font leurs tristes appas. L'acheteur éventuel se trouve souvent devant l'étalage comme devant une marchandise quelconque : il peut choisir au hasard, sur la foi du titre, sur la promesse de la manchette, de la collection, du nom de l'auteur, parfois du seul nom de l'éditeur, car il y a, grâce à Dieu des maisons où rien ne s'imprime, qui ne soit par le fait garanti et sûr; mais en général le lecteur ne sait pas les intentions de l'auteur. Et celui-ci, qu'il veuille plaire ou convertir, dispose d'un art subtil que son partenaire n'a pas toujours le moyen de reconnaître à temps, de juger ou de dominer. On ne peut en effet s'excuser en disant que le lecteur est libre: la partie, le plus souvent, n'est pas égale, surtout si le jeu de l'auteur n'est pas pleinement loyal. Il en est de certaine littérature comme des stupéfiants, contre le trafic desquels les peines les plus sévères sont à juste titre prévues par les lois : l'excitation dangereuse et factice, qu'elle provoque, obnubile ou parfois même paralyse complètement les facultés supérieures, si bien qu'il en résulte un désordre permanent, un besoin artificiel de caractère passionnel, allant parfois jusqu'à une véritable aliénation.

S'il est des cas où, dans l'exercice de la médecine, l'emploi d'un remède dangereux est autorisé, ce ne saurait être que sous la responsabilité du médecin. Il en va de même pour les ouvrages qui ne sont pas destinés à tous, ou qui, pour tous, présentent des dangers, avec cette différence toutefois que tout homme a une propension naturelle au mal, contre laquelle sa propre conscience lui fait un devoir de lutter sans cesse et de se tenir en garde. Et pour comprendre les conséquences intellectuelles et morales d'une simple lecture, il importe de tenir compte de la part de mystère qui entoure le cheminement et l'activité secrète des idées et des images dans l'âme. L'oubli apparent peut faire illusion ; ce que l'esprit a une fois enregistré, demeure en lui comme un ferment de vie ou de mort, et peut constituer l'origine d'un goût nouveau pour les valeurs spirituelles, comme aussi le point de départ d'une corrosion intérieure et d'une lésion profonde.

Le respect du lecteur d'une part, celui de la vérité et de la morale de l'autre, font donc aux éditeurs un devoir grave de peser leur responsabilité, quand ils lancent dans le public, avec les moyens modernes de pression sur l'opinion, un ouvrage susceptible d'influencer les esprits. Il n'y a pas, en effet, que les chefs d'œuvre qui rayonnent; il y a tous ces ouvrages qui répondent aux désirs souvent inconnus ou inavoués de la foule. Un commerçant sans scrupule peut les exploiter; un homme d'honneur s'en gardera courageusement.

Il existe en revanche une œuvre positive à entreprendre, et Nous savons que de saines et heureuses initiatives se trouvent couronnées de succès. Les éditeurs peuvent être à la source de mouvements sociaux, intellectuels, spirituels, et telle ou telle de ces « collections », si répandues à l'heure actuelle, se range comme une armée sur les rayons des devantures ou des bibliothèques, armée pacifique, armée qui cherche à servir les hommes, en face d'autres qui ne cherchent qu'à les exploiter et qui les déshonorent en définitive. La plus grande originalité d'un éditeur serait sans doute de trouver ce dont le public a le plus besoin dans le domaine du vrai, du beau et du bien, de découvir et  d'encourager les talents susceptibles de répondre à cet profond des âmes, et finalement de les satisfaire en leur présentant sous la forme la plus attrayante et la plus solide la nourriture spirituelle valable pour toujours. Tel doit être, Nous l'espérons, votre idéal, et parce que Nous sommes persuadé de la grande importance de votre action, Nous supplions le Seigneur tout-puissant de vous aider fortement à le réaliser. Et dans cette intention Nous vous accordons à vous tous ici présents, vos familles et à ceux qui vous sont chers, Notre Bénédiction Apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
 Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 277-280
 Typographie Polyglotte Vaticane

 



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