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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

Jeudi 18 décembre 2014

 

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 2 du 8 janvier 2015)

L’histoire c’est nous

Dans les inévitables « moments sombres » de la vie, il faut « prendre sur soi » les problèmes avec courage, en se mettant entre les mains d’un Dieu qui fait l’histoire également à travers nous et la corrige si nous ne comprenons pas et si nous nous trompons. « Hier, la liturgie nous a fait réfléchir sur la généalogie de Jésus ». Et avec le passage de l’Évangile de Matthieu d’aujourd’hui (1, 18-24), se conclut, précisément, cette réflexion, « pour nous dire que le salut est toujours dans l’histoire : il n’y a pas de salut sans histoire ». Notre salut, celui que Dieu a voulu pour nous, n’est pas un salut aseptique, de laboratoire », mais « historique ». « Pas à pas, se fait l’histoire : Dieu fait l’histoire, nous aussi nous faisons l’histoire ». Et « quand nous nous trompons, Dieu corrige l’histoire et nous fait aller de l’avant, en marchant toujours avec nous ». Du reste, « si cela n’est pas clair pour nous, nous ne comprendrons jamais Noël, nous ne comprendrons jamais le mystère de l’incarnation du Verbe, jamais ». Parce que « c’est tout une histoire qui marche et qui ne finit certainement pas avec Noël, parce qu’« à présent, encore, le Seigneur nous sauve dans l’histoire et marche avec son peuple ». Voilà alors à quoi servent « les sacrements, la prière, la prédication, la première annonce: pour aller de l’avant avec cette histoire ». C’est à cela que servent « aussi les péchés, parce que dans l’histoire d’Israël ils n’ont pas manqué » : dans la généalogie même de Jésus, « il y avait beaucoup de grands pécheurs ». Et pourtant, « Jésus va de l’avant. Dieu va de l’avant, même avec nos péchés ». Toutefois, dans cette histoire, « il y a des moments tristes » : « des moments tristes, des moments sombres, des moments désagréables, des moments qui dérangent », précisément pour les élus, pour les personnes que Dieu choisit pour conduire l’histoire, pour aider son peuple à aller de l’avant ». Le Pape a rappelé avant tout « Abraham, un homme de 90 ans tranquille, avec sa femme : il n’avait pas d’enfant, mais une belle famille ». Mais « un jour, le Seigneur le dérange » et lui ordonne de sortir de sa terre et de se mettre en chemin. Abraham « a quatre-vingt-dix ans » et pour lui, cela est certainement « un moment de dérangement ». Mais il en a été de même pour Moïse. Donc « le Seigneur nous dérange pour faire l’histoire, il nous fait aller tant de fois sur des routes que nous ne choisissons pas ». Dans le passage évangélique de Matthieu, « aujourd’hui, nous avons lu un autre moment sombre dans l’histoire du salut : il y en a eu beaucoup, mais venons à celle d’aujourd’hui ». Le personnage central est « Joseph, fiancé : il aimait tant son épouse promise, et elle était allée aider sa cousine, et quand elle revient, se manifestent les premiers signes de la maternité ». Joseph « souffre, voit les femmes du village qui comméraient au marché ». Et en souffrant, il se dit à lui-même à propos de Marie : « Cette femme est bonne, moi je la connais ! C’est une femme de Dieu. Que m’a-t-elle fait ? Ce n’est pas possible ! Il faudra que je l’accuse et elle sera lapidée. On en dira de toutes les couleurs à son propos. Mais moi je ne peux pas mettre ce poids sur elle, sur quelque chose que je ne comprends pas, parce qu’elle est incapable d’être infidèle ». En réalité, Joseph, à la fin, a pris avec lui son épouse en disant : « Je ne comprends rien, mais le Seigneur m’a dit cela, et il apparaîtra comme mon fils ! ». Pour Dieu, faire l’histoire avec son peuple signifie marcher et mettre à l’épreuve ses élus ». Précisément en considération de ces réflexions, François a recommandé : « Rappelons-nous toujours de dire, avec confiance, également dans les moments les plus sombres, également dans les moments de la maladie, quand nous nous apercevrons que nous devons demander l’extrême onction parce qu’il n’y a pas d’issue: “Mon Seigneur, l’histoire n’a pas commencé et ne finira pas avec moi. Toi, vas de l’avant, moi je suis prêt”. Et ainsi, on se remet entre les mains du Seigneur ».

 



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