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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE
EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 15 décembre 2015

 

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 53 du 31 décembre 2015)

Trois traces

Quelles sont les caractéristiques du peuple de Dieu ? Comment l’Église doit-elle être ? Proposant l’extrait de l’Évangile de Matthieu (21, 28-32) dans lequel Jésus, en s’adressant aux chefs des prêtres et aux membres âgés du peuple, affirme : « En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu », le Pape a souligné « l’énergie » avec laquelle il reproche à ceux qui étaient considérés comme les maîtres leur « façon de penser, de juger, de vivre ». Jésus « avait ce courage de dire la vérité ». Mais alors, face à certains reproches, nous nous demandons : « Comment l’Église doit-elle être ? ». Face à cela, le prophète Sophonie communique au peuple une promesse du Seigneur : « Je te pardonnerai ». Et après la promesse du pardon, il y a l’explication «de la façon dont l’Église doit être : “Je ne laisserai subsister en ton sein qu’un peuple humble et modeste, et c’est dans le nom de Yahvé qu’il cherchera refuge” ». Le peuple de Dieu fidèle doit ainsi « avoir ces trois traces : humble, pauvre, confiant dans le Seigneur ». L’Église doit avant tout être « humble ». En d’autres termes, une Église « qui ne se glorifie pas de ses pouvoirs, de ses grandeurs ». Mais attention : « l’humilité n’implique pas une personne molle, faible », avec l’expression défaite, car « cela n’est pas de l’humilité, c’est du théâtre ! C’est un simulacre d’humilité ». La véritable humilité, au contraire, part « d’un premier pas : je suis pécheur ». Si « tu n’es pas capable de te dire à toi-même que tu es pécheur et que les autres sont meilleurs que toi, tu n’es pas humble ». Par conséquent, « le premier pas dans l’Église humble est de se sentir pécheresse » et cela vaut pour « nous tous ». Si « certains d’entre nous ont l’habitude de regarder les défauts des autres et de médire », ils ne sont pas humbles mais « se croient les juges des autres ». « Nous devons demander cette grâce, que l’Église soit humble, que je sois humble, chacun de nous, humble ». La deuxième trace : le peuple de Dieu « est pauvre ». François a rappelé que la pauvreté est « la première des béatitudes ». Mais que veut dire « pauvre d’esprit » ? Cela signifie « uniquement attaché aux richesses de Dieu ». « Une Église qui vit attachée à l’argent, qui pense à l’argent, qui pense à des moyens de gagner de l’argent... » ne l’est certainement pas. Par exemple, il y a ceux qui, « naïvement », disaient aux gens que pour passer la porte sainte, « il fallait faire un don » : cela « n’est pas l’Église de Jésus, c’est l’Église de ces chefs des prêtres, attachée à l’argent ». Pour mieux faire comprendre sa pensée, François a également rappelé l’épisode du diacre Laurent — « le trésorier du diocèse » — qui, lorsque l’empereur lui demanda « d’apporter les richesses du diocèse » pour payer quelque chose et éviter d’être tué, « se présenta avec les pauvres ». Les « richesses de l’Église » sont donc précisément les pauvres. La « pauvreté est caractérisée précisément par « cette distance » qui nous conduit à « servir les gens dans le besoin ». Et le Pape a conclu par une question adressée à chacun : « Suis-je ou non pauvre ? ». Enfin, la troisième trace : le peuple de Dieu « cherchera refuge dans le nom de Yahvé ». Il y a là aussi une question très directe : « Où est ma confiance ? Dans le pouvoir, les amis, l’argent ? Dans le Seigneur ! ». C’est donc cet « héritage que nous promet le Seigneur : “Je ne laisserai subsister en ton sein qu’un peuple humble et modeste, et c’est dans le nom de Yahvé qu’il cherchera refuge”. Humble car il se sent pécheur; pauvre car son cœur est attaché aux richesses de Dieu et s’il en a, c’est pour les administrer ; confiant dans le Seigneur car il sait que seul le Seigneur peut garantir une chose qui lui fasse du bien ».

 



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