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MESSAGE VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS AU 2e FORUM INTERNATIONAL SUR L'ESCLAVAGE MODERNE

[BUENOS AIRES, 5-8 MAI 2018]

 

Chers frères et sœurs,

J’ai accueilli avec plaisir l’invitation à vous adresser mes salutations à vous qui participez à ce forum sur les formes modernes d’esclavage: «Problèmes anciens dans le nouveau monde», organisé par l’archidiocèse orthodoxe de Buenos Aires, guidé par le cher métropolite Tarasios, et par l’Institut orthodoxe patriarche Athénagoras de Berkeley, en Californie, sous le parrainage du patriarcat œcuménique. J’exprime tout d’abord mes remerciements les plus sincères au patriarche œcuménique, Sa Sainteté Bartholomée 1er, et à l’archevêque de Canterbury, Sa Grâce Justin Welby, qui ont inauguré ce forum l’année dernière. Cela me réconforte de savoir que nous partageons la même préoccupation pour les victimes de l’esclavage moderne.

L’esclavage n’est pas quelque chose d’une autre époque. C’est une pratique qui a des racines lointaines et qui se manifeste encore aujourd’hui sous de nombreuses formes: le trafic d’êtres humains, l’exploitation du travail à travers les dettes, l’exploitation de mineurs, l’exploitation sexuelle et l’exploitation à travers les travaux domestiques forcés sont quelques-unes de ces nombreuses formes. Chacune plus grave et inhumaine que les autres. Malgré le manque d’information disponible sur certaines régions du monde, les chiffres sont dramatiquement élevés et, très probablement, sous-évalués. Selon certaines statistiques récentes, il y aurait plus de 40 millions de personnes, hommes, mais surtout femmes et enfants, qui souffrent de l’esclavage. Seulement pour nous faire une idée, nous pouvons penser que s’ils vivaient dans une seule ville, ce serait la plus grande métropole de notre planète et elle compterait plus ou moins le quadruple de toute la population urbaine de Buenos Aires et de la Grande Buenos Aires.

Face à cette réalité tragique, personne ne peut se laver les mains sans être, d’une certaine manière, complice de ce crime contre l’humanité. Un premier engagement qui s’impose est de mettre en œuvre une stratégie qui permette une connaissance approfondie du thème, en déchirant ce voile d’indifférence qui semble peser sur le destin de cette portion de l’humanité qui souffre, qui est en train de souffrir. Il semble que de nombreuses personnes ne veulent pas comprendre la portée du problème. Certains, impliqués directement dans des organisations criminelles, ne veulent pas que l’on en parle, simplement parce qu’ils tirent des bénéfices élevés grâce aux nouvelles formes d’esclavage. Il y a aussi des gens qui, bien que connaissant le problème, ne veulent pas parler parce qu’ils se trouvent là où finit la «chaîne de consommation», comme consommateurs des «services» qu’offrent des hommes, des femmes et des enfants transformés en esclaves. Nous ne pouvons pas faire semblant d’être distraits: nous sommes tous appelés à sortir de toute forme d’hypocrisie, en affrontant la réalité qui est que nous faisons partie du problème. Le problème n’est pas sur le trottoir d’en face: il me concerne. Il ne nous est pas permis de regarder ailleurs et de déclarer notre ignorance ou notre innocence.

Un second engagement consiste à agir en faveur de ceux qui sont transformés en esclaves: défendre leurs droits, empêcher que les corrompus et les criminels échappent à la justice et aient le dernier mot sur les personnes exploitées. Il ne suffit pas que certains Etats et organismes internationaux adoptent une politique particulièrement dure en voulant punir l’exploitation des êtres humains si, ensuite, ils n’en affrontent pas les causes, les racines les plus profondes du problème. Quand les pays souffrent de la pauvreté extrême, souffrent de la violence et de la corruption, ni l’économie, ni le cadre législatif, ni les infrastructures de base ne sont efficaces; ils n’arrivent pas à garantir la sécurité, ni les biens et les droits essentiels. Ainsi, il est plus facile pour les auteurs de ces crimes de continuer à agir en toute impunité. En outre, il y a une donnée sociologique: la criminalité organisée et le trafic illégal d’êtres humains choisissent leurs victimes parmi les personnes qui, aujourd’hui, ont de faibles moyens de subsistance et encore moins d’espérance pour l’avenir. Pour être plus clair: parmi les plus pauvres, les plus marginalisés, les plus rejetés. La réponse de base consiste à créer des opportunités pour un développement humain intégral, en commençant par une éducation de qualité: c’est là le point clé, une éducation de qualité dès la prime enfance, pour continuer à créer ensuite de nouvelles opportunités de croissance à travers le travail. Education et travail.

Ce travail immense, qui requiert du courage, de la patience et de la persévérance, a besoin d’un effort commun et mondial de la part des différents acteurs qui composent la société. Les Eglises doivent elles aussi consacrer leur engagement à cela. Tandis que des individus et des groupes spéculent honteusement sur l’esclavage, nous, chrétiens, tous ensemble, sommes appelés à développer chaque fois davantage une plus grande collaboration, pour que soient dépassées toutes les formes d’inégalité, toutes les formes de discrimination, qui sont précisément celles qui permettent qu’un homme puisse réduire un autre homme en esclavage. Un engagement commun pour affronter ce défi sera une aide précieuse pour l’édification d’une société renouvelée et orientée vers la liberté, la justice et la paix.

Je souhaite à ce forum un grand succès; je demande au Seigneur qu’il vous bénisse et qu’il bénisse le travail que vous effectuez. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.

 


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