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PRÉSENTATION DES VŒUX DE NOËL DE LA CURIE ROMAINE

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Salle Clémentine
Lundi 22 décembre 2014

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La Curie Romaine et le Corps du Christ

« Tu es au-dessus des chérubins, toi qui a changé la misérable condition du monde quand tu t’es fait comme nous » (Saint Athanase)

Chers frères,

Au terme de l’Avent, nous nous rencontrons pour les vœux traditionnels. Dans quelques jours, nous aurons la joie de célébrer Noël ; l’événement de Dieu qui se fait homme pour sauver les hommes ; la manifestation de l’amour de Dieu qui ne se limite pas à nous donner quelque chose ou à nous envoyer quelque message ou tels messagers mais qui se donne lui-même à nous; le mystère de Dieu qui prend sur lui notre condition humaine et nos péchés pour nous révéler sa Vie divine, sa grâce immense et son pardon gratuit. C’est le rendez-vous avec Dieu qui naît dans la pauvreté de la grotte de Bethléem pour nous enseigner la puissance de l’humilité. En effet, Noël est aussi la fête de la lumière qui n’est pas accueillie par les « élus » mais par les pauvres et les simples qui attendaient le salut du Seigneur.

Avant tout, je voudrais souhaiter à tous – collaborateurs, frères et sœurs, Représentants pontificaux dispersés dans le monde entier – et à tous ceux qui vous sont chers, une sainte fête de Noël et une heureuse Nouvelle Année. Je désire vous remercier cordialement, pour votre engagement quotidien au service du Saint-Siège, de l’Église catholique, des Églises particulières et du Successeur de Pierre.

Puisque nous sommes des personnes et non des numéros ou de simples dénominations, je voudrais faire mémoire d’une façon particulière de ceux qui, durant cette année, ont terminé leur service à cause de la limite d’âge ou pour avoir assumé d’autres rôles, où parce qu’ils ont été rappelés à la Maison du Père. À eux tous et à leurs proches vont aussi ma pensée et ma reconnaissance.

Je désire avec vous élever vers le Seigneur un vif et sincère remerciement pour l’année qui s’achève, pour les événements vécus et pour tout le bien qu’il a voulu accomplir généreusement à travers le service du Saint-Siège, lui demandant humblement pardon pour les fautes commises “ en pensées, en paroles, par action et par omission.

Et, en partant justement de cette demande de pardon, je voudrais que notre rencontre et les réflexions que je vais partager avec vous deviennent, pour nous tous, un soutien et un stimulant pour un véritable examen de conscience afin de préparer notre cœur à la sainte fête de Noël.

En pensant à notre rencontre, l’image de l’Église comme Corps mystique de Jésus Christ m’est venue à l’esprit. Comme l’a expliqué le Pape Pie XII, c’est une expression, qui « découle, qui fleurit pour ainsi dire, de ce que nous exposent fréquemment les Saintes Écritures et les écrits des saints Pères »[1]. A ce sujet, saint Paul écrit : « De même, en effet, que le corps est un tout en ayant plusieurs membres et que tous les membres du corps en dépit de leur pluralité ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ » (1 Co 12, 12)[2].

En ce sens, le Concile Vatican II nous rappelle que « dans l’édification du Corps du Christ règne également une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services (cf.1 Co12, 11) »[3].Par conséquent, « le Christ et l’Église c’est donc le “Christ total” ‑ Christus totus‑. L’Église est une avec le Christ »[4].

Il est beau de penser à la Curie Romaine comme à un petit modèle de l’Église, c'est-à-dire comme à un « corps » qui cherche sérieusement et quotidiennement à être plus vivant, plus sain, plus harmonieux et plus uni en lui-même et avec le Christ.

En réalité, la Curie Romaine est un corps complexe, composé de beaucoup de Dicastères, de Conseils, de Bureaux, de Tribunaux, de Commissions et de nombreux éléments qui n’ont pas tous la même tâche, mais qui sont coordonnés pour un fonctionnement efficace, constructeur, discipliné et exemplaire, malgré les différences culturelles, linguistiques et nationales de ses membres[5].

Donc, la Curie étant un corps dynamique, elle ne peut vivre sans se nourrir ni se soigner. De fait, la Curie – comme l’Église – ne peut vivre sans avoir un rapport vital, personnel, authentique et solide avec le Christ[6]. Un membre de la Curie qui ne se nourrit pas quotidiennement de cet Aliment deviendra un bureaucrate (un formaliste, un fonctionnaire, un simple employé) : un sarment qui se dessèche, meurt peu à peu et est jeté au loin. La prière quotidienne, la participation assidue aux Sacrements, en particulier à l’Eucharistie et à la réconciliation, le contact quotidien avec la Parole de Dieu et la spiritualité traduite en charité vécue sont pour chacun de nous l’aliment vital. Qu’il soit clair pour nous tous, que, sans lui, nous ne pouvons rien faire (cf. Jn, 15, 8).

Par conséquent, la relation vivante avec Dieu nourrit et renforce aussi la communion avec les autres, c’est-à-dire que plus nous sommes intimement unis à Dieu, plus nous sommes unis entre nous parce que l’Esprit de Dieu unit et l’esprit du malin divise.

La Curie est appelée à s’améliorer, à s’améliorer toujours, et à croître en communion, sainteté et sagesse pour réaliser pleinement sa mission[7]. Cependant, comme tout corps, comme tout corps humain, elle est exposée aussi aux maladies, aux dysfonctionnements, à l’infirmité. Et je voudrais ici mentionner certaines de ces probables maladies, des maladies curiales. Ce sont les maladies les plus habituelles dans notre vie de Curie. Ce sont des maladies et des tentations qui affaiblissent notre service du Seigneur. Je crois que le « catalogue » de ces maladies dont nous parlons aujourd’hui – à l’instar des Pères du désert, qui faisaient de tels catalogues – nous aidera: il nous aidera à nous préparer au sacrement de la Réconciliation, qui sera pour nous tous une belle étape pour nous préparer à Noël.

1. La maladie de se sentir “immortel”, “à l’abri” et même “indispensable”, outrepassant les contrôles nécessaires ou habituels. Une Curie qui ne s’autocritique pas, qui ne se met pas à jour, qui ne cherche pas à s’améliorer est un corps infirme. Une simple visite au cimetière pourrait nous permettre de voir les noms de nombreuses personnes, dont certaines pensaient être immortelles, à l’abri et indispensables ! C’est la maladie du riche insensé de l’Évangile qui pensait vivre éternellement (cf. Lc 12, 13-21) et aussi de ceux qui se transforment en patrons et se sentent supérieurs à tous et non au service de tous. Elle dérive souvent de la pathologie du pouvoir, du “complexe des élus”, du narcissisme qui regarde passionnément sa propre image et ne voit pas l’image de Dieu imprimée sur le visage des autres, spécialement des plus faibles et des plus nécessiteux[8]. L’antidote à cette épidémie est la grâce de nous sentir pécheurs et de dire de tout cœur : « Nous sommes de simples serviteurs ; nous avons fait ce que nous devions faire » (Lc 17, 10).

2. Une autre: la maladie du “marthalisme” (qui vient de Marthe), d’une activité excessive ; ou de ceux qui se noient dans le travail et qui négligent, inévitablement “la meilleure part”: le fait de s’asseoir aux pieds de Jésus (cf. Lc 10, 38-42). C’est pourquoi Jésus a appelé ses disciples à “se reposer un peu” (cf. Mc 6, 31), car négliger le repos nécessaire conduit au stress et à l’agitation. Le temps du repos, pour celui qui a accompli sa mission, est nécessaire, juste et doit être vécu sérieusement : en passant un peu de temps avec la famille et en respectant les vacances comme moments de ressourcement spirituel et physique; nous devons apprendre ce qu’enseignait le Qohéleth qu’“il y a un temps pour tout”(3,1-15).

3. Il y a aussi la maladie de “la pétrification” mentale et spirituelle : de ceux qui ont un cœur de pierre et une “nuque raide” (Ac 7, 51-60); de ceux qui, chemin faisant, perdent la sérénité intérieure, la vitalité et l’audace, et qui se cachent sous les papiers devenant “des machines à dossiers” et non plus des “hommes de Dieu”(cf. Hb 3, 12). Il est dangereux de perdre la sensibilité humaine nécessaire pour nous faire pleurer avec ceux qui pleurent et nous réjouir avec ceux qui se réjouissent ! C'est la maladie de ceux qui perdent “les sentiments de Jésus” (cf. Ph 2, 5-11) parce que leur cœur, au fil du temps, s’endurcit et devient incapable d’aimer sans condition le Père et le prochain (cf Mt 22, 34-40). Être chrétien, en effet, signifie avoir “les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus”(Ph 2, 5), sentiments d’humilité et de don de soi, de détachement et de générosité[9].

4. La maladie de la planification excessive et du fonctionnarisme. Quand l’apôtre planifie tout minutieusement et croit que les choses progressent effectivement en faisant une parfaite planification, se transformant ainsi en expert-comptable ou en fiscaliste. Il est nécessaire de tout bien préparer, mais sans jamais tomber dans la tentation de vouloir enfermer et piloter la liberté de l’Esprit Saint, qui reste toujours plus grande, plus généreuse que toute planification humaine (cf. Jn 3, 8). On tombe dans cette maladie, car « il est toujours plus facile et plus commode de se caler dans ses propres positions statiques et inchangées. En réalité, l’Église se montre aussi fidèle à l'Esprit Saint dans la mesure où elle n’a pas la prétention de le régler ni de le domestiquer – domestiquer l’Esprit Saint ! – ... Il est fraîcheur, imagination, nouveauté » [10].

5. La maladie de la mauvaise coordination. Quand les membres perdent la communion entre eux et que le corps perd son fonctionnement harmonieux et sa tempérance, devenant un orchestre qui produit du vacarme parce que ses membres ne collaborent pas et ne vivent pas l’esprit de communion et d’équipe. Quand le pied dit au bras : « je n’ai pas besoin de toi », ou la main à la tête : « c’est moi qui commande », causant ainsi embarras et scandales.

6. Il y a aussi la maladie « d’Alzheimer spirituel » : ou l’oubli de l’histoire du salut, de l’histoire personnelle avec le Seigneur, du « premier amour » (Ap 2, 4). Il s’agit du déclin progressif des facultés spirituelles qui, sur un plus ou moins long intervalle de temps, produit de graves handicaps chez la personne, la rendant incapable d’exécuter une activité autonome, vivant un état d’absolue dépendance de ses vues souvent imaginaires. Nous le voyons chez ceux qui ont perdu la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur ; chez ceux qui ont perdu le sens deutéronomique de la vie ; chez ceux qui dépendent complètement de leur présent, de leurs passions, caprices et manies ; chez ceux qui construisent autour d’eux des murs et des habitudes, devenant chaque jour plus esclaves des idoles qu’ils ont sculptées de leurs propres mains.

7. La maladie de la rivalité et de la vanité[11]. Quand l’apparence, les couleurs des vêtements et les insignes de distinctions honorifiques deviennent l’objectif premier de la vie, oubliant les paroles de saint Paul : « N’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par humilité estime les autres supérieurs à soi. Ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres » (Ph 2, 1-4). C’est la maladie qui nous porte à être des hommes et des femmes faux et à vivre un faux ‘‘mysticisme’’ et un faux ‘‘quiétisme’’. Saint Paul lui-même les définit comme des « ennemis de la croix du Christ » parce qu’ils « mettent leur gloire dans leur honte et ils n’apprécient que les choses de la terre » (Ph 3, 19).

8. La maladie de la schizophrénie existentielle. C’est la maladie de ceux qui mènent une double vie, fruit de l’hypocrisie typique du médiocre et du vide spirituel progressif que diplômes et titres académiques ne peuvent combler. Une maladie qui frappe souvent ceux qui, abandonnant le service pastoral, se limitent aux tâches bureaucratiques, en perdant ainsi le contact avec la réalité, avec les personnes concrètes. Ils créent ainsi leur monde parallèle, où ils mettent de côté tout ce qu’ils enseignent sévèrement aux autres et où ils commencent à mener une vie cachée et souvent dissolue. La conversion est plutôt urgente et indispensable pour cette maladie très grave (cf. Lc 15, 11-32).

9. La maladie du bavardage, du murmure et du commérage. J’ai déjà parlé de cette maladie de nombreuses fois mais jamais assez. C’est une maladie grave, qui commence simplement, peut-être seulement par un peu de bavardage, et s’empare de la personne en la transformant en ‘‘semeur de zizanie’’ (comme Satan), et dans beaucoup de cas en ‘‘homicide de sang froid’’ de la réputation des collègues et des confrères. C’est la maladie des personnes lâches qui n’ont pas le courage de parler directement ; ils parlent par derrière. Saint Paul nous exhorte : « Agissez en tout sans murmures ni contestations, afin de vous rendre irréprochables et purs » (Ph 2, 14-18). Frères, gardons-nous du terrorisme des bavardages !

10. La maladie de diviniser les chefs : c’est la maladie de ceux qui courtisent les Supérieurs, en espérant obtenir leur bienveillance. Ils sont victimes du carriérisme et de l’opportunisme, ils honorent les personnes et non Dieu (cf. Mt 23, 8-12). Ce sont des personnes qui vivent le service en pensant uniquement à ce qu’elles doivent obtenir et non à ce qu’elles doivent donner. Des personnes mesquines, malheureuses et guidées seulement par leur propre égoïsme funeste (cf. Ga 5, 16-25). Cette maladie pourrait affecter aussi les Supérieurs quand ils courtisent certains de leurs collaborateurs pour obtenir leur soumission, leur loyauté et leur dépendance psychologique, mais le résultat final est une véritable complicité.

11. La maladie de l’indifférence envers les autres. Quand chacun pense seulement à soi-même et perd la sincérité et la chaleur des relations humaines. Quand le plus expert ne met pas sa connaissance au service des collègues moins experts. Quand on apprend quelque chose et qu’on le garde pour soi au lieu de le partager positivement avec les autres. Quand, par jalousie ou par ruse, on éprouve de la joie en voyant l’autre tomber au lieu de le relever et de l’encourager.

12. La maladie du visage funèbre. C’est-à-dire des personnes grincheuses et revêches, qui considèrent que pour être sérieuses il faut arborer un visage de mélancolie, de sévérité et traiter les autres – surtout ceux qui sont censés être inférieurs – avec rigidité, dureté et arrogance. En réalité, la sévérité théâtrale et le pessimisme stérile[12] sont souvent des symptômes de peur et de manque de confiance en soi. L’apôtre doit s’efforcer d’être une personne courtoise, sereine, enthousiaste et gaie qui transmet la joie où qu’elle se trouve. Un cœur plein de Dieu est un cœur heureux qui irradie et communique sa joie à tous ceux qui sont autour de lui : on le voit aussitôt ! Ne perdons donc pas cet esprit de joie, plein d’humour, et même d’autodérision, qui nous rend aimables, même dans les situations difficiles[13]. Comme une bonne dose d’humour sain nous fait du bien ! Cela nous fera du bien de réciter souvent la prière de saint Thomas More[14] : je la prie tous les jours, ça me fait du bien.

13. La maladie de l’accumulation : quand l’apôtre cherche à combler un vide existentiel dans son cœur, en accumulant des biens matériels, non par nécessité, mais seulement pour se sentir en sécurité. En réalité, nous n’emporterons rien de matériel avec nous parce que ‘‘le linceul n’a pas de poches’’ et tous nos trésors terrestres –même si ce sont des cadeaux – ne pourront jamais combler ce vide ; au contraire, ils le rendront toujours plus exigeant et plus profond. À ces personnes, le Seigneur répète : « Tu dis : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien ; mais tu ne le vois donc pas : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ?.... Allons ! Un peu d’ardeur et convertis-toi » (Ap 3, 17-19). L’accumulation ne fait que nous alourdir et ralentir inexorablement notre chemin ! Et je pense à une anecdote : autrefois, les jésuites espagnols décrivaient la Compagnie de Jésus comme la ‘‘cavalerie légère de l’Église’’. Je me souviens du déménagement d’un jeune jésuite qui, tandis qu’il chargeait sur un camion ses nombreux biens : bagages, livres, objets et cadeaux, a entendu un vieux jésuite qui l’observait, lui dire avec un sourire sage : c’est ça ‘‘la cavalerie légère de l’Église ?’’. Nos déménagements sont un signe de cette maladie.

14. La maladie des cercles fermés, où l’appartenance au groupe devient plus forte que celle au Corps et, dans certaines situations, au Christ lui-même. Même cette maladie aussi commence toujours par de bonnes intentions, mais avec le temps, elle asservit ses membres en devenant un cancer qui menace l’harmonie du Corps et cause beaucoup de mal – des scandales – spécialement à nos frères les plus petits. L’autodestruction, ou le ‘‘le tir ami’’, des frères d’armes est le danger le plus sournois[15]. C’est le mal qui frappe de l’intérieur [16]; et, comme dit le Christ, « tout royaume divisé contre lui-même est dévasté » (Lc 11, 17).

15. Et la dernière : la maladie du profit mondain, des exhibitionnismes[17], quand l’apôtre transforme son service en pouvoir, et son pouvoir en marchandise pour obtenir des profits mondains ou plus de pouvoirs. C’est la maladie des personnes qui cherchent insatiablement à accroître leurs pouvoirs, et à cette fin ils sont capables de calomnier, de diffamer et de discréditer les autres, même dans des journaux et dans des revues. Naturellement pour s’afficher et se montrer plus capables que les autres. Cette maladie fait aussi beaucoup mal au Corps parce qu’elle conduit les personnes à justifier l’usage de n’importe quel moyen pour atteindre cet objectif, souvent au nom de la justice et de la transparence ! Et ici, me vient à l’esprit le souvenir d’un prêtre qui appelait les journalistes pour leur raconter – et inventer – des choses privées et confidentielles de ses confrères et de ses paroissiens. Pour lui, seul comptait le fait de se voir en première page, parce qu’ainsi il se sentait ‘‘puissant et attachant’’, en causant tant de mal aux autres et à l’Église. Pauvre de lui !

Frères, ces maladies et ces tentations sont naturellement un danger pour tout chrétien et pour toute curie, communauté, congrégation, paroisse, mouvement ecclésial, et elles peuvent frapper au niveau individuel ou communautaire.

Il faut qu’il soit clair que c’est seulement l’Esprit Saint – l’âme du Corps Mystique du Christ, comme l’affirme le Credo de Nicée et Constantinople : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie » – qui guérit toute infirmité. C’est l’Esprit Saint qui soutient tout effort sincère de purification et toute bonne volonté de conversion. C’est Lui qui nous fait comprendre que chaque membre participe à la sanctification du corps ou à son affaiblissement. C’est Lui le promoteur de l’harmonie[18] : ‘‘Ipse harmonia est’’, dit saint Basile. Saint Augustin nous dit « Tant qu’une partie adhère au corps, sa guérison n’est pas désespérée ; ce qui au contraire en est séparé, ne peut ni se traiter ni se guérir »[19].

La guérison est aussi le fruit de la conscience de la maladie et de la décision personnelle et communautaire de se soigner, en supportant le traitement avec patience et avec persévérance[20].

Nous sommes donc appelés – en ce temps de Noël et durant tout le temps de notre service comme de notre existence – à vivre « selon la vérité et dans la charité ; nous grandirons de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ, dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité » (Ep 4, 15-16).

Chers frères !

J’ai lu un jour que les prêtres sont comme les avions : on parle d’eux seulement lorsqu’ils tombent, mais il y en a beaucoup qui volent. Beaucoup les critiquent et peu prient pour eux. C’est une phrase très sympathique mais aussi très vraie, parce qu’elle indique l’importance et la délicatesse de notre service sacerdotal et quel mal pourrait causer à tout le corps de l’Église un seul prêtre qui ‘‘tombe’’.

Donc, pour ne pas tomber en ces jours où nous nous préparons à la Confession, demandons à la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église, de guérir les blessures du péché que chacun de nous porte dans son cœur, et de soutenir l’Église et la Curie afin qu’elles soient saines et porteuses d’assainissement ; saintes et sanctificatrices, à la gloire de son Fils et pour notre salut et celui du monde entier. Demandons-lui de nous faire aimer l’Église comme l’a aimée le Christ, son fils et notre Seigneur, et d’avoir le courage de nous reconnaître pécheurs, d’avoir besoin de sa Miséricorde et de ne pas avoir peur d’abandonner notre main dans ses mains maternelles.

Tous mes vœux de sainte fête de Noël à vous tous, à vos familles et à vos collaborateurs. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi ! Merci de tout cœur !


[1] Il affirme que l’Eglise, étant mysticum Corpus Christi « exige encore une multiplicité de membres, qui soient reliés entre eux de manière à se venir mutuellement en aide. Que si, dans notre organisme mortel, lorsqu'un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui, les membres sains prêtant leur secours aux malades, de même dans l'Église, chaque membre ne vit pas uniquement pour lui, mais il assiste aussi les autres, et tous s'aident réciproquement, pour leur mutuelle consolation aussi bien que pour un meilleur développement de tout le corps... De plus, le corps dans la nature n'est pas formé d'un assemblage quelconque de membres, mais il doit être muni d'organes, c'est-à-dire de membres qui n'aient pas la même activité et qui soient disposés dans un ordre convenable. L'Église, de même, doit son titre de corps surtout à cette raison qu'elle est formée de parties bien organisées, normalement unies entre elles, et pourvue de membres différents et accordés entre eux» (Enc. Mystici Corporis, I; AAS 35 [1943], 200).

[2] Cf. Rm 12, 5 : « Ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ , étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres ».

[3] Const. dogm. Lumen gentium, n. 7.

[4] Il faut rappeler que « la comparaison de l’Eglise avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Eglise et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée autour de lui ; elle est unifiée en lui, dans son Corps. Trois aspects de l’Eglise-Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever : l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ ; le Christ Tête du corps ; l’Eglise, Epouse du Christ » Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 789 et 795.

[5] Cf. Evangelii gaudium, n. 130.131.

[6] Plusieurs fois, Jésus avait fait connaître l’union que les fidèles doivent avoir avec lui : « De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi, vous non plus si vous ne demeurez pas en moi. Je suis la vigne ; vous, les sarments » (Jn 15, 4.5).

[7] Cf. Pastor Bonus Art. 1 et CIC can. 360.

[8] Cf. Evangelii gaudium, n. 197-201.

[9] BenoÎt XVI Audience générale, 1er juin 2005.

[10] François, Homélie de la Messe en Turquie, 29 novembre 2014.

[11] Cf. Evangelii gaudium, 95-96.

[12] Ibid, 84-86.

[13] Ibid, 2.

[14] Donne moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer.
Donne moi la santé du corps avec le sens de la garder au mieux,
Donne moi une âme sainte, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle ne s’épouvante pas en voyant le mal mais sache redresser la situation.
Donne moi une âme qui ignore l’ennui, le gémissement et le soupir.
Ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle «moi».
Seigneur, donne moi le sens de l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres. Amen.

[15] Evangelii gaudium, 88.

[16] Le Bienheureux Paul VI en se référant à la situation de l’Église a affirmé qu’il avait la sensation que « par quelques fissures, la fumée de Satan est entrée dans le peuple de Dieu», Homélie de Paul VI, Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, Jeudi 29 juin 1972. Cf. Evangelii gaudium, 98-101.

[17] Cf. Evangelii gaudium : Non à la mondanité spirituelle, N. 93-97.

[18] ‘‘L’Esprit Saint est l’âme de l’Église. Il donne la vie, il suscite les différents charismes qui enrichissent le peuple de Dieu et surtout, il crée l’unité entre les croyants : de beaucoup, il fait un seul corps, le corps du Christ… L’Esprit Saint fait l’unité de l’Église : unité dans la foi, unité dans la charité, unité dans la cohésion intérieure’’ (Pape François, Homélie Sainte Messe en Turquie, 29 novembre 2014).

[19] August. Serm., CXXXVII, 1 ; Migne, P. L., XXXVIII, 754.

[20] Cf. Evangelii gaudium, Pastorale en conversion, n. 25-33.

  



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