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DIALOGUE DU PAPE FRANÇOIS
AVEC LES PARTICIPANTES À LA XXIe ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
DE L’UNION INTERNATIONALE DES SUPÉRIEURES GÉNÉRALES (UISG)

Salle Paul VI
Vendredi 10 mai 2019

[Multimédia]


 

Merci pour votre présence. J’ai préparé un discours, mais c’est ennuyeux de lire des discours, je le remettrai donc à la présidente et elle vous fera parvenir le discours officiel. Je voudrais avoir un dialogue avec vous. Mais je voudrais auparavant reprendre deux ou trois petites choses qu’a dites la présidente.

Vous êtes plus ou moins 850, de 80 pays différents — c’est diversifié, cela. J’ai pensé à il y a trente ans, une rencontre de supérieures générales, chacune avec son propre habit [les religieuses rient]: toutes les mêmes à se cacher. Aujourd’hui, chacune a l’habit qu’a choisi la congrégation: l’habit séculier, l’habit traditionnel, un habit plus moderne, comme cela, un habit national: la présidente... Je crois que nous donnerons le prix à la supérieure des Sœurs de Jésus et Marie parce qu’elle est vraiment élégante dans son habit indien.

Merci beaucoup. Merci pour le chemin de mise à jour que vous entreprenez. C’est risqué. Toujours. Grandir est toujours risqué, mais il est plus risqué de s’effrayer et de ne pas grandir. Parce que maintenant, tu ne vois pas la crise, le danger, mais à la fin, tu resteras pusillanime, petite. Pas un enfant: un nourrisson, c’est pire. Merci pour votre travail.

Le problème des abus: le problème des abus ne se résout pas avec les solutions de l’Eglise d’un jour à l’autre. On a commencé un processus. Hier, un autre document est sorti et ainsi, lentement, nous avançons dans ce processus. Parce que c’est quelque chose dont nous n’avions pas conscience il y a 20 ans et nous sommes en train d’en prendre conscience, avec beaucoup de honte, mais une honte bénie! Parce que la honte est une grâce de Dieu. Et oui, c’est un processus mais nous devons aller de l’avant, de l’avant dans un processus, pas à pas, pour résoudre ce problème.

Certaines des organisations de lutte contre les abus n’ont pas été contentes de la rencontre de février [des présidents des conférences épiscopales]: «Non, mais ils n’ont rien fait». Je les comprends, parce qu’il y a de la souffrance dans tout cela. Et j’ai dit que si nous avions pendu cent prêtres ayant commis des abus sur la place Saint-Pierre, tout le monde aurait été content, mais cela n’aurait pas résolu le problème. Les problèmes de la vie se résolvent par les processus, pas en occupant des espaces.

Ensuite, les abus sur des religieuses sont un problème sérieux, un problème grave, j’en suis conscient. Ici aussi, à Rome, on est conscient des problèmes, des informations qui arrivent. Et pas seulement les abus sexuels sur des religieuses, mais aussi les abus de pouvoir, les abus de conscience. Nous devons lutter contre cela. Et aussi le service des religieuses: s’il vous plaît, service oui, servitude non. Tu n’es pas devenue religieuse pour devenir la domestique d’un membre du clergé, non. Mais sur ce point, aidons-nous mutuellement. Nous pouvons dire non, mais si la supérieure dit oui... Non, tous ensemble: servitude non, service oui. Tu travailles dans les dicastères, dans celui-ci, dans cet autre, ou même dans l’administration d’une nonciature comme administratrice, un phénomène, c’est bien. Mais domestique, non. Si tu veux faire la domestique, fais ce que faisaient et ce que font les sœurs du père Pernet, de l’Assomption, qui sont infirmières, domestiques dans les maisons de personnes malades: là oui, parce que c’est un service. Mais la servitude, non. Sur ce point, aidons-nous.

Ensuite, le diaconat féminin. Quand vous m’avez suggéré de créer une commission — parce que c’était votre idée — j’ai dit oui, j’ai créé la commission, la commission a bien travaillé, c’était toutes des personnes capables, des hommes et des femmes théologiens, et ils sont arrivés jusqu’à un certain point, tous d’accord. Puis, chacun avait son idée, et ainsi... je remets à la présidente — je le remets officiellement aujourd’hui — le résultat du peu de choses sur lesquelles ils se sont mis tous d’accord. Ensuite, j’ai avec moi le rapport de chacun, personnel, l’un va plus loin, l’autre s’arrête à un certain point… Et il faut étudier tout cela, parce que je ne peux pas faire un décret sacramentel sans fondement théologique, historique. Mais il y a beaucoup de travail. C’est peu, c’est vrai: le résultat n’est pas extraordinaire. Mais c’est un pas en avant. Certes, il y avait une forme de diaconat féminin au début, surtout en Syrie, dans cette région-là; je l’ai dit [lors de la conférence de presse] dans l’avion [pendant le vol de retour de Macédoine]: elles aidaient pour le baptême, dans les cas de dissolution de mariage, ce genre de choses... la forme d’ordination n’était pas une formule sacramentelle, c’était pour ainsi dire — c’est ce que me dit l’information, parce que je ne suis pas expert dans ce domaine — comme aujourd’hui la bénédiction abbatiale d’une abbesse, une bénédiction spéciale pour le diaconat aux diaconesses. On ira de l’avant parce que, dans quelques temps, je pourrai faire appeler les membres de la commission, voir le progrès de leurs travaux. Je remets officiellement le rapport commun; je garde — si cela intéresse quelqu’un, éventuellement je peux le lui donner — l’opinion personnelle de chacun. Mais ils ont fait un beau travail, et merci pour cela.

Ensuite, sur la fonction dans l’Eglise. Cherchez... Il faut que nous avancions sur la question: quel est le travail de la sœur dans l’Eglise, de la femme, et de la femme consacrée? Et ne nous trompons pas en pensant que c’est seulement un travail fonctionnel... C’est possible, oui, que cela le soit, un chef de dicastère... A Buenos Aires, j’avais une chancelière; il y a beaucoup de femmes chancelières dans les évêchés... Oui, c’est possible, fonctionnel aussi; mais l’important est quelque chose qui va au-delà des fonctions, qui n’a pas encore mûri, que nous n’avons pas encore bien compris. Je dis «l’Eglise est au féminin», «l’Eglise est femme», et certains disent: «Oui, mais cela est une image». Non, c’est la réalité. Dans la Bible, dans l’Apocalypse, on l’appelle «l’épouse», elle est l’épouse de Jésus, c’est une femme. Mais il faut que nous avancions sur cette théologie de la femme.

Voilà ce que je voulais vous dire. Et maintenant, nous avons 40 minutes pour poser des questions.

Je m’appelle sœur Francesca, j’appartiens aux sœurs de Sainte-Anne. Une question. Ici, nous sommes toutes mères: donnez-nous quelques indications concrètes, comme celles que vous savez donner, pour être servantes, pas diaconesses, servantes, mères, dans notre monde d’aujourd’hui. Avant tout servantes de nos sœurs, parce que les fragilités sont également à l’intérieur, et nous sommes avant tout instruments, servantes des servantes de Jésus que sont nos sœurs. Merci pour votre proximité à l’égard de chacune de nous.

Merci à toi. Il serait important qu’il y ait des observateurs hommes à la prochaine rencontre. C’est important, pour comprendre ces nuances, qui n’apparaissent jamais dans un résumé... Ce serait une bonne idée. Vous avez utilisé trois mots, trois piliers: «fragilité», «mère» et «servante».

La maternité de l’Eglise. Je reviens sur le même point: l’Eglise est femme, est mère. Nous le disons: je crois en la sainte mère Eglise. En parlant de la fragilité, le point de rencontre avec la fragilité est le point qui nous fait comprendre ce qui était arrivé quand Dieu envoya son Fils: Dieu rencontre la fragilité la plus grande, la plus grande. La fragilité humaine et il prend la fragilité la plus grande, prend notre humanité. Ne pas avoir peur des fragilités, au contraire, s’approcher de la fragilité humaine. Et s’approcher de la fragilité humaine n’est pas un acte de bienfaisance sociale, non, c’est un acte théologique, c’est aller au point de la rencontre entre Dieu et une femme, il s’est incarné... Ce matin, à la Messe [à Sainte-Marthe], il y avait 254 religieuses du Cottolengo qui célébraient leur cinquantième anniversaire de vie consacrée, et ces femmes, par vocation, vivent dans la fragilité parce qu’elles travaillent avec des porteurs de handicap, constamment, des porteurs de handicap très lourds... Mais c’est un bonheur! Elles se sentent mères. Cet enfant, ce jeune, ne serait-il pas plus utile qu’il soit soigné par une infirmière d’Etat? Non, une religieuse, elles sentent cette vocation vers la fragilité. Et pas seulement elles, beaucoup... Vous, supérieures, combien de fois devez-vous caresser les fragilités des religieuses! Vous portez sur les épaules les fragilités de vos communautés; et là, dans cette souffrance, parler avec une sœur qui veut s’en aller, parler avec une autre qui ne va pas bien, la comprendre, entrer dans le cœur, aller de l’avant... Le ministère avec la fragilité... Nous aussi nous l’avons. Mais il ne faut pas avoir peur, parce que c’est le miroir de l’incarnation du Seigneur. Et être mères. Mères et servantes. Nous pouvons être serviteurs, oui, les hommes peuvent être serviteurs, mais mères, non. Pères oui, mais mères, non. La maternité de l’Eglise et la maternité de la Vierge se reflètent dans la femme consacrée, se reflètent totalement. Une mère de famille aussi la reflète, mais la femme consacrée en est le reflet total: qui voit une sœur voit l’Eglise et voit Marie. Dans la fragilité, parce qu’elle est mère dans la fragilité, consacrée, sans accoucher d’un fils propre... Ce renoncement... Je ne voudrais pas trop parler...

[Intervention de la présidente de l’UISG, sœur Carmen Sammut] Je voudrais simplement dire qu’au cours de cette semaine, nous avons eu des personnes qui ont raconté ce qu’elles font. L’une d’elles travaille en République centrafricaine et a posé cette question que les gens leur posent: «Vous aussi, vous voulez partir d’ici?», parce qu’elles sont dans des zones menacées par la guerre. Et je pense que cette question traduit bien cette fragilité dans laquelle nous sommes. Si nous ne sommes pas dans les zones fragiles, peut-être ne pouvons-nous pas non plus être réellement mères.

Ce que tu dis est vrai. Cette question — «Vous aussi vous voulez partir?» — est celle du peuple désespéré qui ne veut pas rester sans mère. C’est beau, non?

[En portugais] Je m’appelle sœur Marlise, des Sœurs du Cœur immaculé de Marie du Brésil. Au Brésil, et dans divers pays d’Amérique latine, nous vivons la situation d’un peuple qui souffre beaucoup et dans de nombreuses autres régions du monde aussi, et vous avez été une présence très importante dans le monde pour cette portion d’humanité: pauvres, réfugiés, victimes de la traite. Nous aussi au Brésil, nous avons apporté notre contribution à votre initiative de lutte contre la traite humaine à travers le «Réseau un cri pour la vie» et nous voulons approfondir et encourager encore plus de consœurs à participer à cette lutte contre le trafic d’êtres humains. Le synode sur l’Amazonie va bientôt commencer et nous voudrions vous demander quelle contribution peut apporter de façon particulière la vie religieuse consacrée au synode sur l’Amazonie. Voilà ma question.

Moi je devrais vous poser la question: qui est plus important, Pelè ou Maradona? [les religieuses rient]. En Amazonie, la présence de la femme est importante pour la sensibilité des peuples autochtones, et la femme aussi est capable, elle est capable — la religieuse, la consacrée — de mieux comprendre la question tribale, parce que ce n’est pas un problème... Chaque tribu, chaque catégorie autochtone n’est pas comme un club de football ou une association culturelle. Elle est vitale, et seule la femme est capable de comprendre la vie. Et la femme consacrée, certainement, saura chercher les voies pour y parvenir. Certaines dénominations religieuses ont des problèmes avec les autochtones, parce qu’elles ne comprennent pas bien leur voie. Le problème de l’expression liturgique aussi, l’inculturation qu’une congrégation pour le culte étudie si bien: leur inculturation liturgique, qui possède une tradition antique. En Chine aussi, le père Ricci, en Inde, le père De Nobili: à cette époque, il y avait déjà le problème de l’inculturation. Il y a aussi ce problème. Je crois que votre contribution aidera beaucoup à ne pas se tromper dans l’inculturation et à accompagner, accompagner avec le respect, parce qu’une femme consacrée fait très, très attention au respect de la façon dont croît la vie, du respect des sœurs de Sainte-Anne, en ce qui concerne la fragilité. Une femme consacrée sait gérer la fragilité, de façon spéciale, de façon théologale.

Je m’appelle sœur Alice Drajea de la Congrégation des Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, fondée par les missionnaires comboniens. Je suis la supérieure générale des sœurs, dont le siège est à Juba, au Soudan du Sud. En premier lieu, je voudrais vous apporter le salut des populations du Soudan du Sud: les gens veulent que je vous dise combien ils se sentent reconnaissants pour les gestes que vous avez eus à l’égard des présidents du Soudan du Sud [applaudissements]. Nous avons tous été honorés et reconnaissants pour votre geste, mais beaucoup de personnes qui vivent dans les zones rurales n’avaient pas les moyens de voir ou de lire quelque chose sur cet événement. En second lieu, nous voudrions vous remercier pour le nouvel évêque du diocèse de Torit. En tant que Congrégation locale basée au Soudan du Sud, la seule qui soit aujourd’hui en croissance, nous devons affronter de nombreux défis, mais le défi que je voudrais porter à votre attention dans une question est le défi au sein de l’Eglise. Vous avez parlé d’un processus, ce qui est une chose positive. En ce moment, nous avons au moins trois diocèses sans évêque, et les deux autres ont des évêques qui ont déjà atteint l’âge de la retraite, comme ils nous l’ont dit, y compris notre archevêque Paulino Lukudu Loro. Or, avec la situation qui existe au Soudan du Sud, je pense que nous avons besoin d’une Eglise forte, un diocèse fort avec des personnes qui aient un guide. Parce que, comme le dit l’Evangile, les brebis sans pasteur s’éparpillent. Donc, ma question est: un diocèse sans évêque peut-il fonctionner et aller de l’avant? Nous avons besoin d’un évêque. Et la dernière question: les peuples du Soudan du Sud et moi-même vous demandons de venir au Soudan du Sud. Merci!

Merci beaucoup. C’est vrai ce que vous dites, il y a cinq évêques qui manquent: deux sont déjà âgés et les trois autres diocèses sont vacants. Nous avons eu des difficultés pour nommer ce dernier et on me dit que les processus des deux autres sont en cours. Espérons... Mais vous avez raison, et là on souffre vraiment parce que pour aller visiter les catholiques, ils doivent se rendre dans les camps de réfugiés parce que la situation n’est pas encore claire. C’est l’une des choses les plus importantes: la nomination des évêques. On ne trouve pas toujours des candidats adaptés, il faut attendre, mais nous pouvons au moins dire à la sœur que nous prions pour que l’on trouve de bons évêques! Et il y a aussi les défauts humains: c’est un bon prêtre, mais il ne peut pas être évêque parce qu’il n’a pas cette dimension, il n’a pas développé l’autre... Chercher un candidat n’est pas facile. Mais vous avez raison, accompagnons cela de notre prière. J’ai failli aller au Soudan du Sud avec l’archevêque de Canterbury. Mais cela n’a pas été possible. Nous avons promis d’y aller ensemble, l’archevêque anglican et moi. Peut-être cette année — peut-être, ce n’est pas une promesse! — quand j’irai au Mozambique, à Madagascar, à l’Ile Maurice [en septembre], alors ce sera peut-être l’heure de passer par là. Quand je dis l’«heure», ce n’est pas l’heure de l’horloge, mais l’heure mûre pour aller là-bas. Je veux y aller. Je porte le Soudan du Sud dans mon cœur. Mais je voudrais dire une chose très belle sur le Soudan du Sud. Quand il y avait cette situation dont on ne savait pas comment sortir, est arrivée aux dirigeants politiques la proposition de faire une retraite spirituelle ici, au Vatican, deux jours, et ils l’ont faite. Ils déjeunaient dans la salle à manger commune, où je déjeune aussi, et je les voyais là à table comme des novices: en silence, qui mangeaient. Ces personnes qui faisaient la guerre! En silence, parce qu’ils pensaient à la méditation qu’avait proposée le catholique, l’épiscopalien, l’anglican... Mais pour nous unir, toujours. Aucun pays n’a fait cela, seulement eux, c’est bien de leur part. Et je dis: Seigneur, s’ils ont eu le courage d’apporter un témoignage de ce genre, de venir faire une retraite spirituelle, donne-leur la possibilité d’aller de l’avant! Là, il y a le problème de la pauvreté et il y a la faim. Je voudrais y aller. Et il y a également le programme pour pouvoir y aller. Celui des évêques, en vérité [est un point important]... Et aussi la vie religieuse: apportez votre aide afin qu’elle mûrisse bien, qu’il y ait des femmes fortes, qui fassent avancer cela, ce qui sera très, très important.

J’ai aimé ce témoignage, de cette région de la géographie africaine, qui nous aidera beaucoup. Et je crois que là, quelqu’un peut dire: «Et vous, vous voulez partir?» — «Non», comme a dit la présidente.

A présent l’heure est venue. Je voudrais continuer... mais je prends au sérieux — si je suis encore vivant, je ne sais pas — l’invitation à participer au moins à une partie de la prochaine assemblée. Je crois que la motivation qu’a donnée la sœur est une véritable motivation. Si je suis vivant, j’irai. Autrement, rappelez-le à mon successeur! Qu’il fasse de même! Merci beaucoup, priez pour moi et je vous invite à prier ensemble le Regina Caeli.

 


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