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JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 22 septembre 1999

Réconciliation avec Dieu et nos frères 

   

Lecture: 2 Co 5, 18-20 

1. En poursuivant la réflexion sur le Sacrement de la Pénitence, nous voulons aujourd'hui approfondir une dimension qui le caractérise intrinsèquement: la réconciliation. Cet aspect du Sacrement se présente comme un antidote et un remède par rapport au caractère déchirant qui est propre au péché. En effet, en péchant, non seulement l'homme s'éloigne de Dieu, mais il dépose des germes de division en lui-même et dans ses relations avec ses frères. Le mouvement de retour à Dieu implique donc une réintégration de l'unité compromise par le péché. 

2. La réconciliation est un don du Père: Lui seul peut l'accomplir. C'est pourquoi elle représente tout d'abord un appel qui vient d'en haut: «Au nom du Christ laissez-vous réconcilier avec Dieu» (2 Co 5, 20). Comme Jésus nous l'explique dans la parabole du Père miséricordieux (cf. Lc 15, 11-32), pardonner et se réconcilier est une fête pour Lui. Le Père, dans celui-ci comme dans d'autres passages évangéliques, offre non seulement le pardon et la réconciliation mais, dans le même temps, il montre comment ces dons sont une source de joie pour tous. 

Le lien entre la paternité divine et la joie festive du banquet est caractéristique du Nouveau Testament. Le Royaume de Dieu est comparé à un banquet joyeux où celui qui invite est précisément le Père (cf. Mt 8, 11; 22, 4; 26, 29). L'accomplissement de toute l'histoire salvifique est encore exprimé à travers l'image du banquet préparé par Dieu le Père pour les noces de l'Agneau (cf. Ap 19, 6-9). 

3. Précisément dans le Christ, Agneau sans tache, offert pour nos péchés (cf. 1 P 1, 19; Ap 5, 6; 12, 11), se concentre la réconciliation qui provient du Père. Jésus-Christ est non seulement le Réconciliateur, mais la Réconciliation elle-même. Comme l'enseigne saint Paul, notre transformation en créature nouvelle, renouvelée par l'Esprit, «vient de Dieu qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c'était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation» (2 Co 5, 18-19). 

C'est précisément à travers le mystère de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ qu'est surmonté le drame de la division existant entre l'homme et Dieu. En effet, avec la Pâque, le mystère de l'infinie miséricorde du Père pénètre dans les racines les plus sombres de l'iniquité de l'être humain. Il s'accomplit là un mouvement de grâce qui, s'il est accueilli par un libre accord, conduit à savourer la douceur d'une pleine réconciliation. 

L'abîme de la douleur et de l'abandon du Christ se transforme ainsi en une source intarissable d'amour compatissant et pacifiant. Le Rédempteur redessine un chemin de retour au Père qui permet de vivre à nouveau le rapport filial perdu et qui confère à l'être humain les forces nécessaires pour conserver cette communion profonde avec Dieu. 

4. Malheureusement, dans une existence rachetée, il existe également la possibilité de pécher à nouveau, et cela exige une vigilance permanente. En outre, également après le pardon, des «résidus du péché» subsistent et ils doivent être éliminés et combattus à travers un programme de pénitence comprenant un plus grand engagement pour le bien. Il exige tout d'abord la réparation des torts, physiques ou moraux, causés à des groupes ou à des individus. La conversion devient ainsi un chemin permanent, dans lequel le mystère de la réconciliation réalisé dans le sacrement se présente comme point d'arrivée et point de départ. 

La rencontre avec le Christ qui pardonne, développe dans notre cœur ce dynamisme de la charité trinitaire que l'Ordo Paenitentiae décrit ainsi: «Au moyen du sacrement de la pénitence le Père accueille le fils repenti qui revient à Lui, le Christ charge sur ses épaules la brebis égarée pour la ramener au bercail, et l'Esprit Saint sanctifie à nouveau son temple ou y intensifie sa présence; le signe en est la participation renouvelée et plus fervente à la table du Seigneur, dans la grande joie du banquet que l'Eglise de Dieu dresse pour fêter le retour du fils lointain» (n. 6; cf. aussi nn. 5 et 19). 

5. Le «Rite de la Pénitence» exprime dans la formule d'absolution le lien entre le pardon et la paix, offerts par Dieu le Père dans la Pâque de son Fils, et par la «médiation du ministère de l'Eglise» (OP, n. 46). Le Sacrement, alors qu'il signifie et réalise le don de la réconciliation, souligne qu'elle ne concerne pas seulement notre rapport avec Dieu le Père, mais également celui avec nos frères. Ce sont deux aspects de la réconciliation intimement liés. L'action réconciliatrice du Christ a lieu dans l'Eglise. Celle-ci ne peut pas réconcilier par elle même mais comme instrument vivant du pardon du Christ, sur la base d'un mandat précis du Seigneur (cf. Jn 20, 23; Mt 18, 18). Cette réconciliation dans le Christ se réalise de façon éminente dans la célébration du Sacrement de la Pénitence. Mais tout l'être intime de l'Eglise dans sa dimension communautaire est caractérisé par l'attitude permanente à la réconciliation. 

Il faut surmonter un certain individualisme en concevant la réconciliation: toute l'Eglise collabore à la conversion des pécheurs, à travers la prière, l'exhortation, la correction fraternelle, le soutien de la charité. Sans la réconciliation avec les frères la charité ne prend pas corps dans l'individu. De même que le péché blesse le tissu du Corps du Christ, la réconciliation recrée la solidarité entre les membres du Peuple de Dieu. 

6. La pratique pénitentielle ancienne soulignait l'aspect communautaire-ecclésial de la réconciliation, en particulier au moment final de l'absolution par l'évêque, avec la pleine réadmission des pénitents dans la communauté. L'enseignement de l'Eglise et la discipline pénitentielle promulguée après le Concile Vatican II exhortent à redécouvrir et à remettre à l'honneur la dimension communautaire-ecclésiale de la Réconciliation (cf. Lumen gentium, n. 11 et aussi Sacrosanctum Concilium, n. 27), restant établie la doctrine sur la nécessité de la confession individuelle. 

Dans le contexte du grand Jubilé de l'An 2000, il sera important de proposer au Peuple de Dieu des enseignements valables et des itinéraires de réconciliation actualisés, qui fassent redécouvrir l'esprit communautaire non seulement de la pénitence, mais de tout le projet de salut du Père sur l'humanité. C'est ainsi que se réalisera l'enseignement de la Constitution Lumen gentium: «Il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel; il a voulu au contraire en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté» (n. 9). 

                                                               * * *

Parmi les pèlerins qui assistaient à l'Audience générale du 22 septembre 1999, se trouvaient les groupes suivants auxquels le Saint-Père s'est adressé en français: 

De France: Pèlerinage de la Région apostolique du Midi; paroisse de Thonon-les-Bains; pèlerins des diocèses de Belley-Ars et d'Annecy; pèlerins d'Amiens et de Lille. 

 

Chers Frères et Sœurs,

Par le péché, l’homme s’éloigne de Dieu et met des germes de division en lui-même et dans ses relations avec les autres. La réconciliation, dimension du Sacrement de la Pénitence, est un don du Père. Dans la parabole de l’enfant prodigue, il est significatif que la réconciliation est une occasion de fête, qui est l’image du banquet des noces de l’Agneau. Par le Christ, à travers le mystère de sa mort sur la Croix et de sa Résurrection, Dieu nous offre la réconciliation; sa miséricorde pénètre au plus profond de l’homme. Nous sommes appelés à accueillir librement la réconciliation, qui devient en nous une source d’amour et de paix; le lien entre le pardon et la paix est exprimé de manière particulière par la formule d’absolution, qui manifeste le don de Dieu transmis par l’Eglise qui en a reçu le mandat. Parce que le péché se renouvelle, nous devons être particulièrement vigilants.

La démarche de conversion est un chemin permanent, chemin personnel et ecclésial, car toute la communauté chrétienne coopère à la conversion des pécheurs par la prière, la correction fraternelle et le soutien de la charité. De même que le péché blesse l’ensemble du Corps du Christ, de même la réconciliation recrée la solidarité entre les membres du peuple de Dieu. Il importe donc de mettre en relief la dimension ecclésiale de la Pénitence, tout en rappelant la nécessité de la confession individuelle. Ces deux aspects seront particulièrement importants dans le cadre du Jubilé.

 

Je vous salue cordialement, chers pèlerins francophones, notamment vous qui venez de la région apostolique Midi-Pyrénées, avec Monseigneur Périer, Mgr Gaidon, Mgr Ghirard, Mgr Housset et Mgr Fréchard. Je vous salue aussi, vous qui participez au douzième chapitre général de la Congrégation du Cœur immaculé de Marie. Que votre séjour à Rome affermisse votre foi! Avec ma Bénédiction apostolique.

Je salue affectueusement le groupe de fidèles de l’Eglise syrienne orthodoxe, conduits par leur évêque, Son Excellence Mar Gregorios Yohanna Ibrahim. Chers amis, que votre séjour vous confirme dans la joie et dans la force de la foi en Jésus Christ ! Que la Vierge Marie, la Theotokos, vous protège et vous garde sur tous vos chemins ! Je profite de cette occasion pour souhaiter à l’Eglise syrienne orthodoxe une heureuse célébration du huitième centenaire de la mort du Patriarche Mar Michel le Grand, et je vous prie de transmettre mes salutations fraternelles à Sa Sainteté le Patriarche Mar Ignatius Zakka Iwas.

  



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