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Cher Frère Supérieur général

Chers Frères délégués au chapitre,

C’EST ASSURÉMENT une joie et un réconfort pour le Pape d’accueillir à longueur d’année un certain nombre de chapitres généraux de religieux, lorsqu’ils tiennent leurs assises au cœur même de l’Eglise. Tous ces Instituts, animés par le souffle évangélique et original de leur fondateur ou de leur fondatrice, sont un don précieux du Seigneur à son Eglise, pour le service et le salut de l’humanité.

Voici bientôt deux siècles, le Chanoine Pierre-Joseph Triest, du diocèse de Gand, surnommé rapidement “le saint Vincent de Paul de la Belgique”, posait les fondements d’un Institut qu’il voulait consacré aux personnes les plus déshéritées. Ensemble, glorifions le Seigneur qui ravive toujours les forces de son Eglise par la foi et la charité dont témoignent tant de ses disciples. 

Au cours de votre chapitre général, vous avez ressenti fortement et exprimé très clairement un appel nouveau à demeurer fidèles au charisme de charité de votre Père fondateur: le service des plus petits, des plus faibles, des plus abandonnés. Cet élan individuel et communautaire apporte à l’Eglise du Christ joie et espérance.

Précisément, dans le but de soutenir votre mission de Frères de la Charité, je tiens à souligner, au nom de l’Eglise, que votre vie religieuse, comme Frères serviteurs des pauvres, des malades et des handicapés de toute sorte, est avant tout – dans les profondeurs de votre être consacré par le baptême et stimulé par les vœux évangéliques – une participation à l’Amour même de Dieu: “Deus caritas est”.  En somme, le charisme de votre Congrégation est issu du Mystère trinitaire, et tout Frère de la Charité ne peut avoir qu’un désir – tout en accomplissant ses tâches professionnelles avec compétence –: demeurer immergé dans le mystère de l’Amour divin.

Concrètement, le Verbe incarné – en mission de charité au bénéfice de l’humanité de tous les temps et de tous les lieux – est le parfait modèle de votre style de vie religieuse. Nous avons tous en mémoire les paraboles émouvantes de la tendresse de Dieu pour les personnes blessées par la vie, spécialement celle du Bon Samaritain, celle de la brebis perdue, celle du fils prodigue. Nous avons tous médité les gestes multiples de Jésus se laissant entourer et presser par les malades, les infirmes, les sans-espoir. Ces signes de bonté et de puissance, effectués toujours discrètement au profit d’une foule de gens, laissent percevoir que Jésus est le divin libérateur, le vainqueur du mal et de la mort. Sa résurrection sera le signe par excellence de sa divinité et de sa puissance salvifique qu’il désire partager avec tous ses frères les hommes. Chers Frères, votre mission concrète et quotidienne a absolument besoin d’être imprégnée par cette contemplation fervente du Christ ressuscité, afin d’être en mesure de tourner – autant que faire se peut – le regard de foi de vos malades et handicapés vers cet événement historique et mystérieux de la Résurrection, gage d’une certaine maîtrise et d’une sanctification de leurs épreuves. En vous ressourçant, comme vous l’avez fait, aux motivations profondes, à l’esprit et au style quotidien de votre vocation, vous avez accompli l’œuvre du Seigneur. Il attendait cet approfondissement et cet élan nouveau de ce dix-huitième chapitre général. Et vous qui êtes les délégués de vos huit cents frères, vous saurez leur transmettre les richesses spirituelles encore mieux découvertes au long de ces semaines de réflexion et de prière.

Il m’est également apparu qu’une préoccupation de votre chapitre était d’associer à votre mission de charité des laïcs chrétiens, susceptibles de vivre très généreusement l’idéal de l’Institut. Un appel judicieux à de tels associés est sans doute une inspiration de l’Esprit Saint. Avec ardeur et humilité, gardez et développez le charisme du Père Triest, de telle sorte que par un phénomène d’osmose évangélique, vous parveniez à constituer, avec vos collaborateurs laïcs, des communautés non seulement mieux étoffées professionnellement, mais surtout transparentes d’amour de Dieu pour les personnes blessées dans leur être physique ou psychique.

Pour leur part, les Frères de la Charité édifieront ainsi cette civilisation de l’amour, selon l’expression si belle de mon prédécesseur Paul VI. Dans la ligne de votre projet d’associer des laïcs aux multiples services caritatifs de votre Congrégation, je souhaite que vous parveniez à faire percevoir à de nombreux jeunes qui fréquentent vos écoles, combien l’attention à toute souffrance, le respect et le service généreux des êtres faibles et limités constituent une pédagogie évangélique capable de leur faire saisir progressivement que la souffrance, acceptée et offerte en union avec le Christ Rédempteur, prend une signification et peut contribuer au déploiement du salut de Dieu dans la vie des hommes.

Chers Frères, le Seigneur Jésus est avec vous, chemine avec vous, souffre avec vous, agit avec vous. N’ayez pas peur, quelles que soient les difficultés! C’est le propre de tout baptisé et confirmé de vivre dans l’espérance, à plus forte raison les religieux ont-ils à rayonner cette espérance surnaturelle! Et Jésus a donné sa Mère à tous les hommes, plus encore à ceux et celles qui ont répondu à son appel et le suivent de plus près. Que Marie vous apprenne à aimer, comme le Seigneur Jésus, ces jeunes, ces adultes, ces personnes âgées, qui souffrent d’infirmités ou sont blessés dans leurs facultés humaines!

Pour vous soutenir sur les chemins de la charité, je vous accorde à vous, comme à tous ceux que vous représentez, mon affectueuse Bénédiction Apostolique.

 

© Copyright 1988 - Libreria Editrice Vaticana

 



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