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Discours à l’Ambassadeur du DANEMARK,
S.E.M. Jan MARCUSSEN*

19 novembre 1994


 

Monsieur l’Ambassadeur,

1. C'est un grand plaisir pour moi de recevoir les Lettres par lesquelles Sa Majesté la Reine Margaret II vous accrédite comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Danemark près le Saint-Siège. Je remercie Sa Majesté pour les salutations que vous m'avez transmises en son nom et je lui exprime à mon tour mes vœux fervents et l'assurance de ma prière pour la paix et le bien-être de tout le peuple de votre pays.

2. Vous avez fait référence aux changements dramatiques qui ont donné lieu à de nouvelles opportunités et de nouveaux défis en Europe. Avec la fin d'une époque marquée par la tension entre les deux blocs, de larges frontières de liberté se sont ouvertes et tous les efforts doivent être entrepris pour écarter de nouvelles formes d'oppression, au nombre desquelles nous devons inscrire le relativisme éthique et le consumérisme effréné (cf. Centesimus annus, 19). Aujourd'hui plus que jamais, il est nécessaire que le continent européen entretienne un sens aigu de sa responsabilité devant son héritage spirituel, s'il veut rester lui-même. Je suis fermement convaincu que l'Europe n'accomplira son destin que lorsqu'elle redeviendra une communauté de nations qui partagent une vision commune centrée sur la valeur transcendante de toute vie humaine, sur un sens développé de la dignité de la personne humaine, et sur le respect des droits de l'homme. La grandeur de l'Europe a été forgée dans le creuset de la chrétienté et ce sont les vérités religieuses vivantes, inscrites dans le cœur de l'homme qui doivent animer l'avenir du continent.

Pour préserver les fruits d'une authentique civilisation en Europe et à travers le monde - victoire sur l'injustice l'égoïsme et la haine - il est essentiel de renforcer la cellule fondamentale de tout ordre social: la famille. L'Organisation des Nations unies a reconnu la signification de la famille pour toutes les formes de développement culturel, politique et économique en décrétant l'Année internationale de la Famille, projet auquel l'Église catholique s'est associée avec joie.

Le développement intégral d'une société libre et juste requiert des familles solides, fondées sur le mariage d'un homme et d'une femme. En effet «c'est le devoir de l'État d'encourager et de protéger l'authentique institution familiale respectant sa physionomie naturelle et ses droits innés et inaliénables» (Message pour la Journée mondiale de la Paix 1994, 5). La confusion concernant la véritable identité du mariage et de la famille ne pourrait qu'affaiblir les fondements de la vie sociale. Quand la vérité sur la famille est compromise, le déclin moral suit et il en résulte inévitablement une décadence culturelle.

3. Au moment où le Danemark se prépare à accueillir le Sommet mondial pour le Développement social en 1995, réunion à laquelle le Saint-Siège est heureux de prendre part, je pense à la contribution particulière que l'Église catholique peut apporter à la Communauté internationale à la lumière de la sagesse qu'elle a reçue de son divin fondateur et de sa longue expérience au long des siècles. Comme il résulte des récents progrès scientifiques, un mode de vie s'appuyant sur la technologie moderne s'étend sur tout le globe, offrant des possibilités de liens plus étroits entre les sociétés humaines. Chaque personne, culture et société est maintenant, au moins à certains niveaux, interdépendante. Étant donné cette situation, il est devenu encore plus clair que seul le respect de la dignité innée de chaque personne humaine, de sa conception à sa mort naturelle, sans distinction de condition ethnique, sociale ou religieuse, peut servir de base solide à la justice et à la paix entre les peuples.

Je reconnais avec plaisir la bonne réputation du Danemark au sein de Communauté mondiale pour stimuler le développement social et économique dans les pays qui luttent encore pour réaliser des progrès matériels. Je vois en cela une application concrète de la conviction fondamentale qui, dans la doctrine sociale catholique, souligne l'obligation de la solidarité à savoir que « les biens de ce monde sont à l'origine destinés à tous » (Sollicitudo rei socialis, 42). Tandis que chaque État doit accepter la responsabilité première de son propre développement, il est aussi vrai que l'unité de la famille humaine impose aux nations plus riches un devoir de travailler pour le bien commun des nations moins riches.

Pour que ce noble but de solidarité internationale puisse se réaliser, la modération et la simplicité devront remplacer la consommation désordonnée des biens et des ressources terrestres et la création de besoins artificiels (cf. Message pour la Journée mondiale de la Paix 1993, 5). En outre, les pays industrialisés du Nord ont d'autres responsabilités sérieuses. Rien ne serait plus tragique que d'exporter dans les pays en voie de développement les modèles de comportement enracinés dans un individualisme exagéré. On doit s'opposer fortement aux nouvelles formes d'impérialisme qui chercheraient même inconsciemment, à imposer des valeurs contraires au bien véritable des individus et des nations

4. L'Église catholique qui est au Danemark, bien que petite en nombre, a une longue et respectable tradition au service de la nation. Elle s'est efforcée de façonner une culture de vie par l'éducation des jeunes, le soin des malades et l'assistance des pauvres et des marginaux. Maintenant plus que jamais, les catholiques sont appelés à soutenir le renouveau moral de la société par le témoignage de leur foi, et l'apport de leur tradition spirituelle et intellectuelle.

M. l'Ambassadeur, mon espoir, au moment où vous assumez vos responsabilités, est que les liens de compréhension et d'amitié entre le Saint-Siège et le Danemark se renforcent de plus en plus. Vous pouvez être assuré que les divers services de la Curie romaine seront toujours prêts à vous aider dans l'accomplissement de votre mission. Sur vous-même et sur le peuple bien-aimé de votre nation, j'invoque cordialement les abondantes Bénédictions de Dieu Tout-Puissant.


*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.51 p.7-8.

 

© Copyright 1994 -  Libreria Editrice Vaticana

 



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