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ADDRESS OF HIS HOLINESS
POPE JOHN PAUL II
TO H.E. Mr. WOLDEMICHAEL ABRAHA
NEW AMBASSADOR OF THE STATE OF ERITREA TO THE HOLY SEE*

Thursday, 18 December 1997

 


Monsieur l’Ambassadeur,

1. Je suis heureux d'accepter les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l'État d'Érythrée près le Saint-Siège. Je suis également heureux de recevoir les salutations que vous me transmettez de la part du Président, S.E. M. Isaias Afwerki, et je vous prie de bien vouloir lui transmettre en retour mes meilleurs vœux dans la prière pour votre pays et pour la prospérité de son peuple.

2. Excellence, vous avez mentionné l'engagement de l'Érythrée à garantir la paix et l'harmonie à l'intérieur de ses frontières et à œuvrer avec les autres nations pour faire de la paix une réalité dans votre région. Dans cet effort, votre pays trouvera un partenaire toujours disponible dans l'Église catholique, qui proclame partout le message de vérité, de justice et de paix de l'Évangile. L'Église et la communauté politique, chacune dans son domaine, sont indé­pendantes et autonomes. Pourtant, chacune sert également la vocation personnelle et sociale des mêmes êtres humains. Bien qu'ils vivent à une période définie de l'histoire, les hommes et les femmes ne sont pas limités à la sphère temporelle. Ils sont appelés à la transcendance. Ce noble appel et ce destin sublime à la transcendance de la personne humaine devraient constituer un élément important dans la détermination des actions économiques et politiques des individus, des peuples et des nations.

C'est par fidélité à l'Évangile et par préoccupation pour la personne humaine que l'Église qui est en Érythrée est engagée dans les domaines de l'éducation, de la santé et des services sociaux. Elle s'efforce de cette façon de contribuer au développement permanent de votre peuple, en particulier en cette période de reconstruction et de démocratisation qui succède à une guerre dévastatrice. A cet égard, je prends acte avec gratitude, Excellence, de vos aimables paroles de reconnaissance pour tout ce que l'Église a fait et continue de faire dans l’édification de la société érythréenne.

3. Comme vous le savez, l'an dernier, l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture a organisé un Sommet mondial sur l'Alimentation, ici, à Rome. Le thème des débats était la nécessité d'assurer une sécurité alimentaire mondiale, en particulier en vue des conséquences tragiques de la sécheresse et de la faim dans diverses parties de la planète. Au cours des dix dernières années, de terribles famines ont été à l'origine de profonds désastres pour les peuples de votre région de l'Afrique, et les pénuries alimentaires de ces dernières années continuent d'engendrer la souffrance et la mort. A travers le monde, des centaines de millions de personnes souffrent encore de malnutrition, et aucune solution immédiate n'a encore été apportée. C'est pourquoi il est encore plus urgent, comme je le disais aux participants au Sommet mondial sur l'Alimentation, que toutes les personnes œuvrent ensemble afin d'apporter un remède à cette situation, «pour qu'il n'y ait plus, côte à cote, des personnes affamées et d'autres qui vivent dans l'opulence [...] des personnes qui manquent du nécessaire et d'autres qui gaspillent largement» (Discours au Sommet mondial sur l'Alimentation a Rome, 13 novembre 1996, n. 2).

Tout effort visant à résoudre ce problème exige des décisions économiques et politiques de la part des organismes gouvernementaux, nationaux et internationaux, pour encourager et renforcer la production agricole locale, tout en protégeant les terres cultivées et en préservant les ressources naturelles. L'aide aux pays en voie de développement et les procédures visant à déterminer des termes équitables d’échange et des accords de crédit devraient aller de pair avec une stratégie en vue d'un partage réel des progrès technologiques et de la formation adaptée des personnes, afin que ces pays eux-mêmes soient les agents de leur propre développement.

4. La promotion d'une telle coopération entre les Etats est l'un des objectifs principaux de l’activité du Saint-Siège dans le domaine de la diplomatie internationale, une coopération fondée sur le plus grand respect pour la dignité humaine et sur la préoccupation pour les besoins des moins privilégiés. Un effort concerté de la part de tous les peuples et de toutes les nations est nécessaire. A cet égard, les pays développés ont une responsabilité évidente vis-à-vis de l'Afrique, non seulement pour des raisons historiques, mais également parce que la paix ne peut être véritablement atteinte par certains si elle n'est pas partagée par tous. Un nouvel esprit de solidarité avec l'Afrique est nécessaire, en particulier en ce qui concerne l'aide aux nombreuses personnes en déplacement et aux réfugiés, et la lutte contre l’épidémie du SIDA. Mais cette assistance devrait pleinement respecter les structures sociales et culturelles ainsi que les traditions spécifiques de l'Afrique, car ce sont les Africains eux-mêmes qui doivent construire leur propre avenir.

Monsieur l'Ambassadeur, tandis que vous assumez vos responsabilités au sein de la communauté diplomatique accréditée près le Saint-Siège, je forme les meilleurs vœux pour le succès de votre haute mission. Je vous assure que les divers bureaux du Saint-Siège seront toujours prêts a vous assister dans l'accomplissement de vos fonctions. J'invoque cordialement sur vous et sur le peuple bien-aimé d’Érythrée d'abondantes Bénédictions de Dieu.


*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française 1998 n.3 p.5,6.

© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana

 



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