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  À L'OCCASION DE LA REMISE DU PRIX BALZAN
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DISCOURS DU PAPE JEAN XXIII
AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ITALIENNE
M. ANTONIO SEGNI*

Palais du Quirinal - Samedi 11 mai 1963

 

Monsieur le Président,

Nous vous remercions pour les nobles paroles que vous venez de prononcer. Nous avons vu avec reconnaissance et émotion qu’elles s’appliquaient non pas tant à Notre personne, aussi sensible qu’elle soit à tout geste de délicatesse et de bonté, qu’à la mission accomplie par l’Église catholique au cours des siècles, en obéissance au mandat de son divin Fondateur.

Notre remerciement va aussi à M. le Président de la Confédération helvétique, qui a envoyé son salut personnel, ainsi qu’aux autorités et populations de cette nation.

Combien Nous sommes heureux de rendre à Notre tour ce double hommage, avec Nos vœux de prospérité tranquille et féconde! Le monde doit tant aux chers peuples d’Italie et de Suisse, qui ont contribué à répandre et consolider le droit, ainsi qu’à protéger les rapports constructifs de paix.

Nous saluons les personnalités de divers pays, les délégués de nombreux peuples anciens et récents, les représentants de la culture, parmi lesquels les quatre sommités de la biologie, des mathématiques, de l’histoire et de la musique, qui ont obtenu cette année le prix Balzan.

Mais il est bien naturel que Notre témoignage particulier de satisfaction et de reconnaissance s’adresse aux membres de la fondation internationale Eugène-Balzan. Vers elle se tourne l’attention respectueuse des hommes qui savent saisir tout geste providentiel susceptible de favoriser une entente durable entre les peuples.

Les cérémonies d’hier, au palais apostolique du Vatican, puis à Saint-Pierre, ont été un véritable avant-goût – ô combien consolant et significatif – de cette fraternité mutuelle à laquelle, dans l’attente du ciel, aspire la famille humaine. Ce soir, se renouvellent ici la douceur et la sincérité de cette commune allégresse.

Monsieur le Président, vous pouvez imaginer avec quelle émotion l’évêque de Rome, l’humble Pape de l’Église universelle est venu, en cette résidence de l’autorité suprême de l’État italien. Il est toujours vivant en Nous le souvenir de la visite que, quelques jours avant de commencer Notre ministère pastoral de patriarche de Venise, et conformément aux lois concordataires, Nous fîmes ici au Quirinal, le 5 mars 1953, il y a juste dix ans, à votre Prédécesseur, le sénateur Luigi Einaudi.

Il y a lieu de rappeler aujourd’hui une autre heureuse coïncidence ; il y a, en effet, exactement un an que vous avez été installé dans la très haute fonction qui vous honore tant, et dont la récente distinction de l’Ordre du Christ a voulu être, de Notre part, l’aimable couronnement.

Monsieur le Président, en acceptant bien volontiers votre courtoise invitation à passer quelques moments dans cette somptueuse demeure historique, Nous Nous réjouissons de cette douce marque de déférence, dont l’opinion publique s’est fait l’écho. Par ailleurs, Notre personne reporte cet honneur sur Notre-Seigneur Jésus-Christ que Nous avons été appelé à représenter sur la terre, malgré Notre indignité, et que Nous Nous efforçons généreusement et humblement d’imiter.

Notre présence ici prend une signification particulière : la reconnaissance des anciens services rendus par l’Église, en se plaçant au-dessus des clameurs contingentes et des diverses oppositions par lesquelles, dans le passé, on a voulu interpréter ou limiter les gestes de Nos Prédécesseurs. Nous évoquons ici Benoît XV, Pie XI, Pie XII et toute l’action que le pontificat romain a déployée pour la défense de la paix, tout particulièrement lors des tragiques vicissitudes qui ont marqué le XXe siècle.

Oui, l’Église catholique enseigne la paix et la forge. Nous le, disons avec une conscience tranquille, elle poursuit dans le monde la mission de son fondateur Jésus-Christ, que le langage prophétique appelle « Prince de la paix » : « Près de lui – a dit Notre Prédécesseur Pie XII, de vénérée mémoire – l’Église respire le souffle de la véritable humanité ; véritable au sens plein du mot, puisque c’est l’humanité même de Dieu, son Créateur, son Rédempteur et son Restaurateur ». (Radiomessage de Noël, 24 décembre 1951 ; Discorsi e Radiomessaggi di Sua Santità Pio XII, vol. XIII, page 425.)

En réfléchissant sur la signification du geste de la fondation Eugène-Balzan, Nous avons voulu que la somme qui Nous a été remise soit destinée à une fondation en faveur de la paix. En cette circonstance, Nous aimons donc répéter Notre invitation aux principes, à la sauvegarde et à la consolidation de la paix entre les peuples, que Nous avons faite dans l’encyclique du Jeudi saint Pacem in terris. Paix fondée non sur la crainte, la suspicion, la méfiance réciproques, sur la menace de terribles destructions qui seraient la ruine totale du genre humain, lequel a été créé pour rendre gloire à Dieu et pour une mutuelle édification dans l’amour fraternel ; mais fondée sur le bon ordre des rapports humains, « ordre qui repose sur la vérité, se construit selon la justice, reçoit de la charité sa vie et sa plénitude, et enfin s’exprime efficacement dans la liberté ». (Enc. Pacem in terris, Polyglotte vaticane, 1963, p. 50.).

C’est cela la paix à laquelle les nations humaines aspirent comme à un don sans lequel on ne peut espérer ni progrès constructif, ni bien-être durable, ni avenir assuré pour les jeunes générations, les familles, les nations.

Monsieur le Président, vénérables frères et fils, chers messieurs, l’approbation que Nous lisons dans vos yeux et qui jaillit de vos coeurs exprime votre sentiment et celui de tous les peuples. Nous souhaitons que cette approbation continue, qu’elle s’affermisse toujours davantage dans le généreux et laborieux peuple italien et dans tous les peuples du monde qui Nous sont également chers. Qu’elle produise des fruits de prometteuse fécondité pour que sur tous les hommes qui se consacrent aux patientes conquêtes de la science, aux recherches, aux intérêts de la famille, resplendisse l’étoile lumineuse de la paix, indiquant le chemin sûr qui conduit à la sérénité, à la compréhension, à l’amour.

Tel est le vœu que Nous venons de confier avec tendresse à la Mère de Jésus, notre Mère, dans la chapelle de l’Annonciation. Ce vœux, Nous vous l’exprimons avec émotion et une ferme espérance, tout en sachant que les difficultés inévitables parsèmeront la route qui conduit à ce saint idéal ; et Nous en attendons l’exaucement des propices bénédictions du Seigneur dont Nous invoquons sur les dirigeants des peuples et sur toute la famille humaine les dons abondants de sagesse et de générosité, de concorde active, d’heureux progrès dans la justice, l’équité et l’amour.

Que le Seigneur de la paix nous donne toujours la paix (cf. II Thess., 3, 16).


*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, n°21, p.2.

La Documentation catholique, n°1401, col.721-724.

 



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