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MESSAGE DU PAPE PAUL VI
À L’OCCASION DE L’INDÉPENDANCE DE L’ÎLE MAURICE

 

 

Chers Fils,

Au moment où, unis à tous vos compatriotes, vous inaugurez dans la joie votre indépendance politique, Nous désirons vivement partager votre fierté, vous exprimer Notre particulière affection, vous encourager avec une bienveillance paternelle et vous adresser les vœux fervents que Nous formons pour vous et votre noble patrie.

Quand l’Eglise voit un pays prendre en mains sa destinée, après y avoir été sagement préparé, elle ne peut que s’en réjouir comme d’une promotion humaine bien conforme aux desseins du Créateur. N’est-il pas en effet dans le plan divin que chaque société ayant acquis la maturité nécessaire accède un jour à la responsabilité et prenne place dans le concert des nations?

Ce n’est pas que vous reniiez pour autant les solidarités fécondes d’hier ou d’aujourd’hui, ni que vous fermiez la porte aux alliances de demain: qui de nos jours surtout, pourrait prétendre avec sagesse vivre à l’écart des autres peuples? Nous devenons de plus en plus tributaires les uns des autres. Mais voici que vous assumez vous-mêmes le choix de votre politique et des moyens de la réaliser. C’est assurément une heure grave de votre histoire, qui suscite à la fois fierté et appréhension: pour Notre part, Nous voulons y reconnaître une étape chargée de promesses.

A votre jeune pays, Nous souhaitons d’abord une ère de paix et de tranquillité, sans laquelle tout effort constructif serait voué à l’échec. Au cours de ces derniers siècles, des groupes ethniques très divers sont venus constituer votre peuple, l’enrichir de leurs valeurs et lui donner le visage qu’il revêt aujourd’hui au seuil de l’indépendance. Votre île, qui apparaissait à certains visiteurs comme «l’étoile et la clef de la mer des Indes» est devenue le creuset où des civilisations européennes, africaines, asiatiques ont été amenées à se rencontrer, à collaborer, pour créer une patrie nouvelle. Cette situation de fait entre, à nos yeux, dans les desseins de la Providence qui vous appelle désormais à assumer ensemble votre destin dans une harmonie profonde. Les chrétiens - Nous aimons le penser - seront au premier rang des artisans de paix et, au besoin, de pardon et de réconciliation, «en créant une atmosphère de compréhension et de dialoque, au lieu du climat de la défiance et de la peur» (Message à l’Afrique, n. 19). Bien plus, ils chercheront à ce que chaque personne, chaque communauté, sans aucune discrimination raciale, accèdent effectivement aux mêmes droits fondamentaux, car, sans la justice, la paix ne serait qu’illusion. «Vous êtes tous frères!» (Matth. 23, 8). Puisse cette parole du Seigneur illuminer Votre route et vous donner confiance.

Participant tous de façon équitable aux responsabilités civiques, économiques et politiques, vous serez à pied d’œuvre pour réaliser le développement intégral et solidaire de toutes vos ressources, de toutes vos possibilités. Et parler de développement, comme Nous le disions dans Notre récente encyclique sur ce sujet, c’est «se soucier autant de progrès social que de croissance économique» (Populorum progressio, § 34).

Sur ce chemin, un grand motif d’espérance brille à Nos yeux: l’âme foncièrement religieuse de votre peuple.

S’«il n’est d’humanisme vrai qu’ouvert à l’Absolu, dans la reconnaissance d’une vocation qui donne l’idée vraie de la vie humaine» (ibid., § 42), vous êtes bien placés pour vous défendre contre l’attirance facile des théories matérialistes qui conduisent à des conceptions d’humanisme tronquées et fausses (cf. Message à l’Afrique, n. 37). La foi chrétienne a été apportée chez vous par de généreux missionnaires que vous vénérez à juste titre. Elle n’a pas seulement suscité une floraison de lieux de culte, fréquentés de façon très fidèle; elle a imprégné aussi dans une large mesure les mœurs et les coutumes. De nombreux prêtres, religieux, religieuses et militants chrétiens répondent chaque jour à la vocation du Seigneur et les mouvements apostoliques se développent. De cette vitalité, chers Fils, Nous vous félicitons. Volontiers Nous vous encourageons à témoigner toujours plus et toujours mieux de cette foi qui est votre trésor. Quelle vous relie chaque jour davantage au Christ et à l’Eglise qui est son Corps! Qu’elle vous permette un dialogue fécond avec vos frères musulmans et hindous, bouddhistes et insraélites! Qu’elle éclaire la marche de votre histoire!

A celui à qui incombe, en l’absence de Monseigneur l’Evêque, la direction du diocèse, à vous, prêtres, religieux et religieuses, à vous tous, chers Fils, qui êtes rassemblés en prière dans la cathédrale de Port-Louis, à tous vos compatriotes, et spécialement à ceux qui vont prendre en mains les destinées de votre pays, Nous exprimons Notre estime et Nos souhaits les plus fervents. Et de grand cœur Nous implorons sur vos personnes, vos familles et votre patrie, comme gage d’un avenir glorieux et béni, les grâces abondantes du Dieu tout-puissant.

Du Vatican, le 1er mars 1968.

 

PAULUS PP. VI

 

      



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