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DISCOURS DU SAINT-PÈRE PAUL VI
À L'ISSUE DE LA MESSE CÉLÉBRÉE DANS LA BASILIQUE
SAINT-PIERRE À L’OCCASION DE LA FÊTE DE SAINT JOSEPH

Mardi 19 mars 1968

 

Bienfaits de la foi et devoirs qu'elle impose

Chers Fils et Chères Filles,

Et maintenant que vous dire? Notre cœur déborde de sujets qui mériteraient de longs développements. Mais Nous devons Nous borner à des paroles très simples et très brèves. En effet, Nous ne voulons pas perdre l'occasion que Nous offre un auditoire exceptionnel comme le vôtre. Nous vous invitons à fixer votre pensée sur deux questions. Et d'abord, que pouvons-nous recevoir de la foi? Que nous donne-t-elle? Cette question correspond à l'esprit utilitaire qui caractérise notre temps. On parle toujours de valeurs. Notre mentalité est déterminée plus par ce qui vaut que par ce qui est; dans le domaine religieux, plus par ce qui vaut que par ce qui a sur nous des exigences et qui mériterait d'être considéré en tout premier lieu, parce que correspondant à nos intérêts supérieurs. A quoi sert la foi?

Un obstacle? ...

Vous savez combien sont irréfléchies et négatives les réponses que tant de gens donnent à cette question. Certains répondent, avec un simplisme désastreux: elle ne sert à rien. D'autres (et ils sont nombreux) raisonnent d'une façon plus dangereuse encore et répondent: non seulement la foi ne sert pas à l'homme moderne, mais elle est un obstacle à sa libération, elle freine sa recherche scientifique, elle oblige à respecter un passé que l'on voudrait oublier et ensevelir, elle oblige à des pratiques rituelles incompréhensibles et inutiles, etc. N'est-ce pas ainsi que l'on pense dans beaucoup de milieux, dans le monde du travail comme dans celui de la culture ou des affaires? Oui, hélas! Mais cette mentalité est-elle raisonnable? Pourquoi ne pas croire? Et ici se pose un problème grave et délicat, celui de la nature de la foi, de sa genèse et de son aspect le plus mystérieux, bien qu'il soit le plus beau: la foi est un don de Dieu; son développement implique donc une double liberté: la liberté très haute de Dieu et notre liberté personnelle. La seule évocation de cet aspect de la foi nous invite à courber humblement la tête, en repensant à cette parole de saint Paul: malheureusement, « tous n'ont pas obéi à l'Evangile » (Rm 12, 16).

La foi est offerte à tous, mais tous ne l'accueillent pas. Cependant, compte tenu de cette possibilité attristante que la foi soit rejetée, nous pouvons franchement porter un jugement de valeur sur la foi. A quoi sert la foi? Que nous donne-t-elle? Rappelez-vous, Frères et Fils très chers, la réponse que chacun de nous, en recevant le baptême, a donné au ministre qui nous demandait: «Que vous donne la foi? », « la vie éternelle », avons-nous répondu. Si cette réponse est vraie — et elle l'est — quel bien plus désirable et plus grand peut être promis à la foi? Ici les apologistes devraient parler et nous dire tous les biens que la foi nous donne, non seulement dans la vie éternelle, mais aussi dans la vie terrestre. Nous laissons ce bilan à votre réflexion.

...Ou une certitude

Qu'il suffise de dire que la foi assure à l'homme cette confiance dans la pensée, dans la vérité, que l'esprit humain laissé à lui-même (après avoir accusé la foi d'illogisme) ne trouve plus en lui. La foi est la lumière de la vie et s'il ne lui appartient pas de résoudre les problèmes de la spéculation scientifique et philosophique, loin de mettre obstacle à leur solution rationnelle, elle leur apporte la certitude de ses enseignements supérieurs. La foi est le réconfort de la vie. Et quelle serait l'attitude de l'homme devant les interrogations les plus graves sur notre destinée si la foi ne nous gardait pas de la folie ou du désespoir? Frères et Fils très chers, ici sur la tombe de l'Apôtre, allumons à nouveau la flamme faiblissante ou éteinte de notre foi, dans la certitude définitive que le Christ a établi un rapport entre sa parole et la vie: celui qui croit, vivra (cf. Jn 6, 47).

Vivre par la foi

Réfléchissez maintenant sur la deuxième question: que pouvons-nous donner à la foi? Avoir et donner: notre bilan sur la foi s'établit en ces deux termes. Mais quels termes immenses! S'il ne nous est pas possible de faire le calcul des bienfaits que nous recevons de la foi, il nous est difficile de faire le calcul des devoirs auxquels la foi nous oblige. Vous les connaissez heureusement et vous les accomplissez déjà. Ils se résument dans cette phrase bien connue de l'apôtre Paul: « Le juste vivra par la foi » (Ga 3, 11). Par la foi et non pas seulement avec la foi, remarquez-le bien. C'est-à-dirе que le croyant doit tirer de sa foi les principes qui inspirent sa vie.

Il faut donc connaître la foi et l'assimiler par un processus continuel d'osmose spirituelle: elle doit imprimer à la personnalité de celui qui la possède une authenticité caractéristique, celle précisément du fidèle qui, après s'être imprégné de la certitude, de la beauté, de la profondeur, de la force normative de la foi, l'exprime, la professe, la défend, la vit et en témoigne.

    



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