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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX RECTEURS ET DÉLÉGUÉS
DES UNIVERSITÉS CATHOLIQUES

Samedi 26 avril 1969

 

Monsieur le Cardinal,
Vénérables Frères et chers Fils,

L’«élite de l’élite»! C’est en ces termes que Notre vénéré Prédécesseur le Pape Jean XXIII accueillait, certains d’entre vous s’en souviennent, les représentants de la Fédération des Universités Catholiques, le 1er avril 1959. Nous avons plaisir ce matin, Messieurs les Recteurs et Délégués des Universités Catholiques, à vous redire ces paroles, en les faisant nôtres.

Certes, depuis dix ans, bien des choses ont changé, dans le monde comme dans l’Eglise, vous en êtes tous les jours les témoins, et non pas des témoins passifs, mais des témoins agissants, tout préoccupés d’assurer la présence de l’Eglise au sein des mutations qui ébranlent le monde, désireux d’apporter le poids de votre expérience et de vos responsabilités dans les transformations qui changent profondément la structure traditionnelle des Universités, heureux enfin d’incarner dans ces institutions qui vous sont confiées les grandes directives du récent Concile œcuménique du Vatican, en particulier dans la constitution pastorale Gaudium et spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps, et dans la déclaration Gravissimum educationis momentum sur l’éducation chrétienne. Ces textes du reste, vous sont bien familiers. Nous voudrions seulement d’un mot en redire toute l’importance et l’actualité, avec Notre joie de vous voir travailler ensemble, autour de Notre et votre cher Cardinal Garrone, de Monseigneur Schroffer, et de leurs adjoints à la Congrégation pour l’Education Catholique, qui accomplit aujourd’hui un si fécond travail d’Eglise.

En affirmant la nécessité et la légitimité des Universités catholiques, le Concile y voit «comme une présence publique, stable et universelle de la pensée chrétienne dans tout l’effort intellectuel pour promouvoir une culture supérieure», de manière à ce que les étudiants ainsi formés «deviennent des hommes éminents par l’instruction, prêts à assumer les plus lourdes tâches dans la société, et témoins de la foi dans le monde» (GEM n. 10). C’est dire qu’en plus des fonctions d’enseignement et de recherche assurées, comme dans toute Université, l’Université catholique, tout en respectant la légitime autonomie des valeurs terrestres et les lois propres de la recherche scientifique, se distingue comme une communauté intellectuelle «au sein de laquelle le catholicisme est présent et actif» (Déclaration de l’Assemblée générale de la Fédération internationale des Universités catholiques, Congo-Kinshasa, 10-16 septembre '68).

Le Concile, du reste, en soulignant la volonté de dialogue de l’Eglise avec le monde d’aujourd’hui, ne manquait pas de relever avec satisfaction l’aide que l’Eglise en reçoit (GS nn. 44 et 54), et l’apport qu’elle lui donne, en échange pourrait-on dire, pour l’aider à résoudre les antinomies auxquelles le progrès culturel est aujourd’hui affronté de manière dramatique: comment promouvoir le dynamisme et l’expansion de la culture sans mettre en péril la sagesse ancestrale des peuples, comment sauvegarder, malgré l’émiettement des diverses disciplines, la nécessaire synthèse; comment reconnaître la légitime autonomie de la culture, tout en évitant le danger d’un humanisme purement terrestre, qui deviendrait vite inhumain? (cfr. Le Père Henri de Lubac, cité dans Populorum progressio, n. 42, et GS n. 56).

C’est à ces problèmes que l’Université catholique se trouve confrontée, dans la crise du moment présent, où la culture elle-même se trouve mise en question. Qui ne voit le rôle hors pair qu’elle est appelée à y jouer, de par sa nature même: jeter des ponts entre la tradition et l’avenir, mais aussi, dans le présent, entre l’ancienne culture classique et la nouvelle culture scientifique, entre les valeurs de la culture moderne aussi et l’éternel message de l’Evangile, par un dialogue continu, source de mutuel enrichissement.

Chers Messieurs, c’est un vaste champ d’action qui vous est ainsi ouvert, de par votre vocation propre, au cœur même des interrogations les plus graves qui sont aujourd’hui posées à la conscience des hommes. Et votre réussite intéresse tout autant le monde que l’Eglise. Quant à celle-ci, elle a bien conscience que vous agissez et travaillez en son nom, et que vous accomplissez pour elle une fonction irremplaçable. C’est dire les liens étroits qui sont nécessairement les vôtres avec son magistère, en une parfaite communion d’esprit, de cœur et de volonté, dans un même service de l’unique peuple de Dieu, où il revient à chacun d’accomplir sa mission propre, selon ce que le Seigneur a voulu, dans son insondable sagesse, pour son Eglise (cfr. Lumen Gentium, nn. 12 et 13, et Dei Verbum, nn. 8 et 10).

Aujourd’hui comme hier, le magistère demeure l’authentique garant de votre inspiration, dans la fidélité librement consentie à la vivante tradition reçue des Apôtres.

Au reste, votre expérience féconde n’est-elle pas là pour l’attester? Le caractère confessionnel d’une Université catholique, bien loin d’être un obstacle à la valeur scientifique des études, peut et doit être une aide pour la pédagogie de ces études, aussi bien celle du maître que celle de l’étudiant, mûs l’un et l’autre par une recherche désintéressée de la vérité, selon l’admirable programme de saint Augustin, qui a inspiré tant de générations de chercheurs: «Intellectum valde ama» (Ep. 120 ad Consentium, de Trinitate disserentem, III, 13: P. L. 33, 459).

Le Concile l’a proclamé avec fermeté: c’est toute l’Eglise qui est missionnaire, et son activité «n’est rien d’autre, n’est rien de moins que la manifestation du dessein de Dieu, son Epiphanie et sa réalisation dans le monde et son histoire, dans laquelle Dieu conduit clairement à son terme, au moyen de la mission, l’histoire du salut» (Ad Gentes, n. 9). Dans ce grand œuvre, vous tenez une place de choix, une place irremplaçable. «Puisque le sort de la société et de l’Eglise même est étroitement lié aux progrès des jeunes qui font des études supérieures» (GEM n. 10), voyez quelle est la grandeur enthousiasmante de votre tâche. L’Eglise et le monde vous regardent, les jeunes comptent sur vous, sachez répondre à leur attente anxieuse et impatiente. Au milieu des agitations qui se développent avec violence et âpreté, recevez leur cri, entendez ce qu’il y a de vrai dans leur appel, répondez à leurs justes instances. Avec courage et lucidité, acceptez les remises en question nécessaires. Avec sagesse et mesure, opérez les discernements indispensables. Avec audace et fermeté, ouvrez les chemins de l’avenir. A tous, sachez apprendre, par votre vie tout autant que par votre enseignement, comme et pourquoi l’on vit, dans une foi ardente, une espérance inconfusible, et une brûlante charité.

Sur ces chemins du savoir et de la science, qui sont aussi !es chemins de l’Evangile du Christ, Notre pensée vous accompagne, avec Notre affectueuse Bénédiction Apostolique.

“When a man applies himself to the various disciplines of philosophy, of history, and of mathematical and natural science, when he cultivates the arts, he can do very much to elevate the human family to a more sublime understanding of truth, goodness and beauty, and to the formation of judgements which embody universal values . . . Yet the danger exists that man, confiding too much in modern discoveries, may even think that he is sufficient unto himself, and no longer seek any higher realities . . .”. The Church has solemnly affirmed “the legitimate autonomy of human culture, and especially of the sciences” (Gaudium et spes, nn. 57-59).

The Catholic university is the meeting place of wordly values and of the superior spiritual realities; there especially can the Christian contribute “to promoting that Christian transformation of the world by which natural values, viewed in the full perspective of humanity as redeemed by Christ, contribute to the good of society as a whole” (Gravissimum educationis, n. 2).

                                        



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