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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX PARTICIPANTS AU SYMPOSIUM DU CONSEIL DES LAÏCS

Samedi 20 mars 1971

 

Chers Fils et chères Filles,

Nous sommes heureux de l’occasion que Nous offre le Symposium organisé par le Conseil des laïcs sur le «dialogue», pour vous accueillir et converser quelques instants avec vous.

Dès notre première encyclique Ecclesiam suam. Nous avons souligné la nécessité et les exigences du dialogue dans l’Eglise et hors de l’Eglise. Et Nous Nous réjouissons de voir largement mise en ouvre dans l’Eglise cette dynamique du respect et de l’amour mutuel qui renforce singulièrement le témoignage personnel et communautaire des chrétiens.

Quant à votre fonction spécifique de laïcs, le Concile l’a exprimée de façon fort claire, particulièrement dans la Constitution Lumen gentium et dans le Décret Apostolicam actuositatem. Il n’est donc pas besoin de rappeler la distinction entre les deux aspects complémentaires que doit revêtir l’activité du laïcat catholique, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise.

Le caractère séculier est le propre de votre vocation de laïcs chrétiens, et celle-ci consiste, vous le savez, à «chercher le règne de Dieu . . . à travers la gérance des choses temporelles . . . engagés dans toutes et chacune des affaires du monde, plongés dans l’ambiance où se meuvent la vie de famille et la vie sociale dont leur existence est comme tissée» (Lumen gentium, 31).

Comment pourriez-vous remplir cette mission dans un dialogue permanent qui suppose votre présence quotidienne au sein de ces réalités profanes et une compétence éprouvée, jointe à un accueil plein d’humilité, dans un esprit de collaboration fraternelle? Cet effort exige un engagement généreux et courageux, où l’exemple de votre droiture humaine et le témoignage de votre vie évangélique, le rayonnement de votre foi et de votre espérance, ainsi que l’action multiforme de votre charité, doivent agir à la manière d’un ferment. C’est ainsi que vous contribuez à animer de l’intérieur tout l’ordre temporel, selon le dessein du Créateur et du Rédempteur, et pour le meilleur service de tous nos frères auprès desquels vous voulez être d’ardents apôtres de Jésus-Christ.

Mais Nous voudrions souligner davantage aujourd’hui l’autre aspect de votre activité propre qui apparaît d’une actualité brûlante: comment les laïcs vont-ils se situer et œuvrer a l’intérieur de l’Eglise? Ici encore la vie n’a pas attendu la réflexion pour se manifester au cours de la déjà longue et riche histoire du peuple de Dieu. Mais il nous est bon, à la lumière même de cette histoire, d’éclairer cette place et cette action du laïcat dans l’Eglise.

Bien des ambiguïtés viennent, Nous semble-t-il, de ce que l’on dissocie ou de ce qu’à l’inverse on confond les deux caractères inséparables de l’Eglise visible. D’une part elle est dans son être profond, et elle doit se manifester de plus en plus, comme une communion, avec tout ce que cette réalité vivante implique d’égalité foncière entre ses membres; de fraternité, d’union, d’appel commun à la sainteté, de reconnaissance de la même dignité d’enfants de Dieu régénérés dans le Christ, notre unique Chef à tous (Ibid. 32, §§ 1 et 2). Et d’autre part l’Eglise est un organisme structuré, un Corps avec des membres différents, qui ont des fonctions différentes. Gardons-nous bien d’oublier ce double caractère de l’Eglise (Ibid. 13 et 33; cfr. Eph. 4, 12).

Oui, un esprit de profonde communion doit régner entre tous les membres du Christ, comme entre des frères très chers. Appliquons-nous à «garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix, dit S. Paul. Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit . . . II n’y a qu’un Seigneur, une foi, un baptême; il n’y a qu’un Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, agit en tous, est en tous» (Eph. 4, 3-6). Comme Saint Augustin l’exprimait en termes incomparables: «Jésus-Christ est la tête de l’Eglise, l’Eglise est son corps, et la santé de ce corps, c’est l’unité des membres et le lien de l’amour» (Serm. 737, 1; PL 38, 753, trad. dans SAINT AUGUSTIN, Le visage de l’Eglise, Unam Sanctam, 31, Paris, Cerf 1958, p, 97). C’est à cette profondeur de réalité de grâce vécue, que s’enracine l’esprit de communion, marque des vrais croyants. Il s’agit là d’un fondement objectif, surnaturel et sacramentel; nous sommes tous fils du Père qui est dans les cieux, frères dans le Christ, temples du Saint-Esprit, membres de l’Eglise. Aucun laïc ne peut donc en parler comme d’une entité qui lui serait en quelque manière extérieure: vous lui appartenez à part entière, vous êtes l’Eglise.

Ah! puissions-nous voir cette conscience communautaire s’approfondir chez tous les catholiques, avec une note d’affection fraternelle, avec la fierté - pourquoi ne pas le dire? - d’être les uns les autres membres du Corps mystique du Christ qui est l’Eglise, et comment ne pas aimer son propre Corps? avec cette solidarité profonde dans la joie, comme dans la souffrance; bref avec cette marque de vitalité qui fait de tous des membres actifs et coresponsables, chacun à sa place, de toutes les tâches de l’Eglise, avec une conscience aiguë des droits et des devoirs mutuels à l’intérieur de ce grand corps social. N’est-ce pas d’abord à ce niveau que le dialogue, dont on se prévaut tant à l’extérieur de l’Eglise, doit trouver sa place? Vous en savez les formes, du reste, par votre expérience de chaque jour: apprendre à se connaître entre les membres et portions d’Eglise, à se reconnaître et à s’estimer, et pour cela s’écouter, se regarder avec respect et amitié; se savoir proches dans le Christ malgré les différences sociales ou des orientations politiques divergentes; ne pas hésiter à se retrouver côte a côte dans les réunions ecclésiales, à plus forte raison dans les assemblées liturgiques; exprimer toujours avec franchise notre pensée sur les idées ou les moyens - un corps sans solidarité et sans tension serait un corps mort! - mais toujours avec des égards pour les personnes, avec humilité, patience, douceur, et promptitude au pardon (Cfr. Rom. 12, 10 et Eph. 4, 2-3); bref s’aimer effectivement et en vérité dans le Christ.

Mais, hélas, nous connaissons aussi les multiples contrefaçons du dialogue; l’inertie, l’isolement individualiste, le cloisonnement de groupes refermés sur eux-mêmes et qui prétendent se suffire et réinventer l’Eglise à leur manière, à l’encontre de toute la Tradition scripturaire et patristique; les critiques dures et parfois déloyales, un style de contestation négative; une opposition sourde à l’intérieur de l’Eglise ou une violence tapageuse qui puise ses méthodes en dehors de l’esprit chrétien, grisée qu’elle est par l’apparence d’une efficacité immédiate . . . Souvenons-nous de l’avertissement de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe qui allaient prendre des infidèles pour juger de leurs litiges internes! (Cfr. 1 Cor. 6, 4) Il y va du premier témoignage que l’Eglise doit donner au monde selon la prière du Christ à son Père: «Qu’ils soient parfaitement un, pour que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé!» (Io. 17, 20 et 23).

Alors, dans un tel climat de communion loyale et sereine, chacun pourra accomplir la tâche qui lui revient, dans le respect des responsabilités singulières de chacun des autres membres, en esprit de collaboration généreuse et désintéressée. On doit toujours se sentir solidaire des tâches de l’Eglise, mais cette solidarité n’implique pas qu’on puisse par là-même juger de tout ce qui a été confié à la compétence et au charisme des autres. Ce n’est certes pas à vous qu’il est nécessaire de rappeler ce que soulignait à bon droit le Décret Apostolicam actuositatem (Cfr. 23, 24, 25): il appartient à ceux que l’Esprit-Saint a constitués pasteurs pour paître l’Eglise de Dieu (Cfr. Act. 20, 28), de veiller à la coordination harmonieuse des initiatives apostoliques des divers membres du Corps, de juger éventuellement de leur fidélité à l’Esprit du Seigneur, parfois même de confier plus directement une charge ou un «mandat» à tel ou tel d’entre eux, tout ceci pour le bien de l’ensemble. Là encore, dans la hiérarchie des responsabilités, c’est le dialogue qui doit régner aujourd’hui, ce qui suppose chez les uns et les autres le respect des fonctions, la confiance réciproque, l’humilité profonde, esprit de service de l’Eglise et des hommes.

Vous êtes vous-mêmes les témoins de la confiance que l’Eglise accorde aux laïcs qui lui sont fidèles. Les Associations catholiques jouissent de plus en plus d’une autonomie d’action et d’une gestion propre, dans la mesure même où elles font preuve, avec maturité, d’un esprit d’adhésion à l’Eglise. Il s’agit ici d’une conséquence pratique du «sens de la foi», dont nous parle le Concile, aux textes duquel Nous renvoyons pour l’étude d’un thème d’ecclésiologie si beau et si délicat (Cfr. Lumen gentium, 12, et Dei Verbum, 10). Depuis le Concile, les Conseils pastoraux sont en train de prendre une place importante dans les diocèses qu’ils font bénéficier de leurs conseils et de leur collaboration généreuse. Cet apport capital du laïcat s’exerce aussi, et de plus en plus, est-il besoin de le souligner, dans des domaines très variés où il s’accomplit en harmonie avec la doctrine et l’orientation responsable de l’Eglise, qu’il s’agisse de l’école, de la catéchèse, du journalisme, de l’activité artistique, de l’administration des biens temporels et de l’exercice de certains fonctions cultuelles.

Puisse votre Symposium encourager partout, à tous les échelons, un tel esprit ecclésial! Nous souhaitons vivement que ce soit l’un des fruits majeurs de la révision de vie des catholiques en ce temps privilégié du Carême. Notre vœu, notre prière, c’est que toutes les forces vives de l’Eglise - les enfants de Dieu trop souvent dispersés (Cfr. Io. 11, 53; et Prière eucharistique, 3) - célèbrent la Pâque du Seigneur, comme les premiers chrétiens, in corde uno et in anima una (Cfr. Act. 4, 32). De grand cœur, Nous vous donnons à cette intention, pour vous-mêmes comme pour tous ceux que vous représentez à nos yeux, Notre paternelle Bénédiction Apostolique.

                                  



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