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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX ÉVÊQUES DE LA RÉGION PARISIENNE

Vendredi 24 septembre 1971

 

Frères très chers,

Est-il besoin de vous dire notre joie de vous rencontrer au cours d’une session de travail, vous qui portez ensemble la charge pastorale de la capitale de la France et de la région parisienne? Vous avez voulu réfléchir avec Nous sur le problème pastoral qui se pose dans toutes les agglomérations aux dimensions considérables. Mieux que tous les discours, voilà un éloquent témoignage des rapports fraternels entre pasteurs dans l’Eglise. Merci de cette démarche confiante auprès du siège de Pierre, comme aussi de votre attachement filial, qui nous touche beaucoup. Nous n’en sommes certes pas étonné, pour l’avoir si souvent expérimenté chez vous, cher et vénéré Monsieur le Cardinal François Marty.

Nous avons pris connaissance de votre rapport sur «la restructuration des diocèses de la région parisienne après cinq années d’expérience» avec une vive attention et beaucoup d’intérêt. Nous apprécions hautement la clarté avec laquelle vous faites le point sur la nouvelle structure de la province ecclésiastique de Paris et la zone centrale, après une expérience pastorale déjà fructueuse. Nous estimons aussi grandement la préoccupation missionnaire avec laquelle vous envisagez l’évolution de la situation humaine et religieuse de la grande métropole française. Et Nous prenons note des vœux que vous formulez pour une coordination plus étroite des initiatives et du travail pastoral au niveau de toute la région parisienne qui, «aujourd’hui comme hier, continue à attirer l’attention du monde et en particulier des catholiques» (Lettre autographe à M. le Cardinal Maurice Feltin, le 7 octobre 1966, dans la Documentation Catholique, t. LXIII, 1966, col. 1856).

Vous avez hardiment mis en œuvre des structures originales. pour correspondre plus étroitement à de nouveaux besoins: n’est-ce pas le rôle de l’administration dans l’Eglise: servir la pastorale? C’est ce changement de structures que le Concile nous a invités à promouvoir dans un esprit de meilleur service: loin d’affaiblir l’Eglise, il la renforce au contraire et lui permet de grandir. Comment ne pas évoquer avec vous le vénéré Cardinal Maurice Feltin dont l’abnégation exemplaire a permis cette réforme si bénéfique, et le cher et regretté Cardinal Pierre Veuillot dont la lucidité et la ténacité furent décisives pour sa mise en œuvre courageuse?

Il s’agissait, d’une part, d’assurer, grâce à un nouveau découpage des diocèses, une présence plus directe de chaque évêque au milieu d’un territoire et d’un peuple aux proportions raisonnables, à échelle humaine, si l’on peut encore s’exprimer ainsi au-delà d’un million d’habitants. Cela nous semble d’une importance capitale, dans une agglomération où les habitants, souvent perdus dans une foule anonyme, souffrent d’une solitude angoissante au milieu même de l’agitation trépidante. Aussi le besoin se manifeste-t-il de plus en plus au niveau des laïcs, et plus encore des prêtres, de rapports personnels et directs au sein de l’église locale (Cfr. Christus Dominus, II, 11-35). Mais en même temps il fallait créer des liens suffisamment forts et stables entre ces diocèses, pour correspondre à l’unité de fait de la région et agir avec des moyens qui dépassent les possibilités pastorales d’un seul diocèse. Surtout, nombre de réalités nouvelles ne sont saisies que dans un ensemble, par delà la dispersion de l’habitat, du travail, des loisirs. Bref, le projet visait la création d’une véritable équipe épiscopale, chacun demeurant engagé dans des responsabilités précises, mais portant aussi collégialement avec les autres la préoccupation apostolique de la région. Par delà l’administration, qui garde son importance comme un service nécessaire, c’est l’esprit missionnaire qui guide votre recherche: comment faire entendre la bonne Nouvelle du salut à ceux qui fréquentent l’Eglise - et qu’il importe de ne pas négliger - comme aussi à ceux qui sont au loin ou qui s’éloignent peu à peu, les jeunes en particulier, et ne semblent plus entendre, ni peut-être même comprendre son langage habituel? Ces critères - responsabilité précise, esprit d’équipe, sens missionnaire - nous apparaissent toujours de nature à guider avec sûreté votre expérience dans l’avenir.

Aussi Nous vous encourageons à la poursuivre, avec audace et ténacité, à la lumière de l’expérience acquise, et surtout en pensant à l’avenir et aux questions qu’il pose avec angoisse à votre responsabilité. Pour chacun de vous et de vos prêtres, il y faut approfondissement de la mission sacerdotale, souci de la gloire de Dieu et du salut de tous, humilité et lucidité dans l’analyse, dialogue fraternel dans la discussion, respect des responsabilités de chacun, disponibilité pour servir les objectifs prioritaires, et par dessus tout l’espérance que Dieu, toujours présent au milieu de son Eglise, appelle tous ses fils à vivre de sa vie.

Nous qui portons la charge pastorale du diocèse de Rome, et avec elle, d’une certaine façon, le souci de toutes les Eglises, Nous ne pouvons nous empêcher de songer à ces immenses métropoles dont la densité de population et les besoins missionnaires défient nos forces. Pourquoi votre expérience-type ne pourrait-elle en entraîner d’autres? Peut-être le moment est-il venu d’étendre semblable réforme de structures, pour être fidèles à l’imagination missionnaire et au courage pastoral? «Le problème essentiel de la région parisienne est un problème missionnaire», écrit Mgr Robert de Provenchères, au terme de votre rapport si lucide. N’est-ce pas celui de toute l’Eglise, dans une civilisation marquée par un progrès matériel croissant et une sécularisation plus sensible encore dans les grandes métropoles urbaines et industrielles: toute la communauté chrétienne autour de ses prêtres, doit redevenir, en face de l’incroyance, un pôle d’attraction vers l’Evangile. Comme nous voudrions continuer avec vous, sur ces initiatives apostoliques qui suscitent notre espérance, un dialogue aussi fraternel que celui de ce matin.

Du moins, à chacun de vous, et d’abord à votre zélé chef d’équipe, le cher et vénéré archevêque de Paris, Nous tenons à apporter l’assurance de notre satisfaction, comme aussi de la part que Nous prenons à vos préoccupations pastorales, et le réconfort de nos prières. De tout cœur, Nous vous bénissons, avec les prêtres, vos collaborateurs, les religieux et religieuses et tous les apôtres laïcs qui sur les bords de la Seine construisent dans l’espérance la cité de Dieu. A tous et chacun va Notre affectueuse Bénédiction Apostolique.

                                     



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