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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS ORGANISÉ PAR
LE SECRÉTARIAT POUR LES NON-CHRÉTIENS

Jeudi 5 octobre 1972

 

Monsieur le Cardinal, chers Fils et chers amis,

Nous saluons avec joie et affection les participants du Congrès réuni à Rome par les soins du Secrétariat pour les non-chrétiens.

Venus de tant de pays, vous voici rassemblés à Rome, ville antique et sacrée à tant de titres, pour progresser dans la connaissance des grandes traditions religieuses de l’Asie et de l’Afrique, pour analyser ensemble comment elles font face aux expériences singulières que vivent nos contemporains. Cette connaissance que vous recherchez, aussi importante qu’elle soit en elle-même, a essentiellement pour but d’établir l’amour, le dialogue et la coopération sincère et fraternelle entre les hommes.

Vous ne l’ignorez pas, en effet, un tel dialogue avec les différentes formes de religion ou les divers patrimoines de sagesse de l’univers, a été l’un des soucis du Concile, tout comme Nous l’avions recommandé Nous-mêmes dans notre encyclique «Ecclesiam suam». C’est en vue de le favoriser que Nous avons fondé, il y a huit ans, le Secrétariat pour les non-chrétiens, en en confiant la charge au cœur et à l’intelligence du vénéré et cher cardinal Paolo Marella. On peut constater, Nous semble-t-il, que ce Secrétariat, grâce à un labeur silencieux et fidèle, a contribué grandement à établir un climat nouveau dans les rapports entre l’Eglise catholique et les adeptes des autres grandes religions du monde. Le souvenir vivant que Nous avons gardé de notre récente rencontre avec le Suprême Patriarche Bouddhiste de Thaïlande en est un témoignage, et Nous espérons n’être encore qu’au début du chemin sur lequel tous sont appelés à progresser.

Mais, c’est évident, ce chemin est onéreux pour tous: il n’y a pas de dialogue possible sans une compréhension approfondie de notre interlocuteur, ou, comme on se plaît à dire aujourd’hui, de l’autre. Ce noble programme exige un sens généreux de l’homme, un véritable ascétisme! Il est nécessaire de dépasser les limites qu’impose tout langage, les réflexes culturels, même les polémiques et la méfiance, pour s’ouvrir au dépassement de soi et à l’universalité. Pour un chrétien, un tel effort peut représenter une partie du grand précepte de la charité qui invite «à porter les fardeaux les uns des autres pour accomplir ainsi la loi du Christ» (Gal. 6, 2).

Oui, chacun attend légitimement de l’autre d’être pleinement reconnu et aimé pour lui-même, avec les valeurs et les différences de sa propre culture. Combien d’incompréhensions, de rancœurs, de conflits sont nés, au cours de l’histoire humaine, de cette orgueilleuse fermeture sur soi qui empêche de comprendre son frère! La réussite, au contraire, de telles rencontres, est liée à une volonté résolue de respect et d’amour, avec toute la patience nécessaire. Car - la psychologie le montre et même la méthode de la recherche scientifique semble le requérir - sans amour, il n’y a pas de connaissance vraie. Et là-dessus, c’est notre conviction, l’Eglise catholique possède, dans son patrimoine spirituel et surtout dans l’exemple de son Fondateur, les raisons et le stimulant d’un amour efficace de l’homme, à quelque formation culturelle ou religieuse qu’il appartienne. Pour nous en effet, tout homme participe au mystère insondable de Dieu, est créé à son image (Gen. 1, 26), représente l’humanité du Christ (Cfr. Matth. 25, 40, 45). Chaque peuple est né de la Providence et de la bénédiction de Dieu (Cfr. Gen. 9, 7; Act. 17, 56) et Jésus est mort pour réconcilier les hommes dans l’unité (Cfr. Io. 11, 52). Le récent Concile a largement invité les chrétiens à reconnaître, dans un dialogue sincère et patient, les richesses que Dieu, dans sa munificence, a dispensées aux nations (Cfr. Ad gentes divinitus, 11).

Mais, de notre côté, pourquoi cacher notre désir de voir les adeptes des grandes religions non chrétiennes manifester aussi le souci de connaître davantage l’Eglise, de la même façon que notre cœur s’est ouvert à leur égard? Car vous le savez, l’Eglise, par amour, ne désire rien tant que de faire connaître à tous les hommes «la sagesse multiforme de Dieu» (Eph. 3, 10) qui lui a été révélée pour la paix et le salut de tous. Nous reprenons à notre compte les paroles du Seigneur Jésus à la Samaritaine: «Si tu savais le don de Dieu» (Io. 4, 10). C’est dans cet esprit que nous faisons le premier pas dans le dialogue avec nos frères qui ne partagent pas notre foi.

Mais cette estime et cet amour réciproques doivent trouver leur expression dans une collaboration pratique. Nous souhaitons voir prochainement le jour où toutes les religions uniront concrètement leurs efforts au service de l’homme, de sa liberté, de sa dignité. Et là encore, l’Eglise catholique ne voudrait le céder à aucune autre sur ce terrain, à l’exemple du Seigneur qui est venu, «non pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie» pour les hommes (Marc. 10, 45). Ne croyez-vous pas que l’humanité a besoin aujourd’hui plus que jamais de trouver une aide et une orientation près des hommes foncièrement religieux? Vous le savez, les religions contribuent à la paix, à la fraternité, à la justice; elles inspirent la morale, elles suscitent l’espérance. Même les rapports sociaux deviennent difficiles lorsque n’intervient plus cette référence aux forces vives de l’esprit, dont les religions sont l’expression la plus haute et la plus universelle.

Cette collaboration pratique qui est à promouvoir, comme cette connaissance mutuelle dans le dialogue dont Nous avons parlé, ne doivent évidemment pas être confondues avec un syncrétisme qui ferait fi du problème de la «vraie Religion». Ce problème demeure entier, et il est posé à la conscience de chaque homme et de chaque groupe humain, comme le précisait la Déclaration conciliaire sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae, 1, § 2). Nous serons d’ailleurs d’autant plus aptes à comprendre et à aimer les autres, que nous serons plus fidèles à la vérité unique et transcendante de notre Religion, qui puise sa certitude et son autorité dans la réalité de la Révélation, univoque et universelle.

C’est dans cet esprit que Nous vous encourageons à poursuivre le dialogue engagé, à l’approfondir, à l’élargir. Et Nous invoquons de grand cœur sur vos travaux, et sur tous ceux qui vous sont devenus proches, les bénédictions abondantes du Très-Haut.

                                                       



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