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MESSAGE RADIO-TÉLÉVISÉ DU PAPE PAUL VI
À LA FIN DU CHEMIN DE CROIX

Vendredi 24 mars 1978

Au terme de ce Chemin de Croix, nous avons l'impression que nos mains sont encore liées au bois humble et lourd de la Croix de Jésus. Nous croyons entendre les dernières paroles du Christ, gravées dans la mémoire de ceux qui étaient présents, et par eux transmises telles qu'elles ont été prononcées: "Eli Eli, lama sabactani", ce qui signifie: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" (Mt 27, 46). C'est textuellement, le début du Psaume 21, lequel exprime, non certes le désespoir, impossible chez le Christ, mais la tristesse désolée et sans limites de son âme au comble de la souffrance, son âme envahie par les affres d'une immense douleur humaine: Jésus prend sur lui cette souffrance et la représente, non sans quelque référence à sa cause profonde et originelle, le péché, dont lui, malgré son innocence, supportait les conséquences (cf. 1 Pier 2, 22-24), avec leur conclusion tragique et fatale, la mort (cf. Rm 5, 12). Jésus est écrasé par le poids insupportable du sort qui lui est réservé, celui de l'Agneau de Dieu (Jn 1, 29. 36), celui de la victime totale, celui de son sacrifice.

La stupeur nous fait suffoquer.

Heureusement, notre regard se tourne vers l'intérieur et nous fait demander: mais pourquoi? Et pour qui? Nous souhaitons que tous ceux qui ont suivi ce chemin laissent leur conscience se sensibiliser librement; nous souhaitons qu'ils éprouvent cet instant d'émotion et de sympathie, qui ne peut pas ne pas s'accompagner d'une première joie, celle de se savoir immensément aimés sans aucun mérite de leur part.

Tel est le mystère de la Croix.

C'est le mystère de l'amour de Dieu, dans le Christ, pour nous, pour chacun de nous. Saint Paul ne cesse de le répéter: "Le Christ m'a aimé et s'est livré pour moi" (Ga 2, 20). Et encore: "Le Christ vous a aimés et s'est livré pour vous" (Ep 5, 2). "Alors que nous étions les ennemis de Dieu le Christ est mort pour nous" (Rm 5, 10-11). Un amour prévenant (1 Jn 4, 10), un amour incomparable (Jn 15, 13). Un amour libérateur (Ga 4, 5), un amour gratuit (Ep 1, 6). Un amour qui purifie, "dans le sang du Christ" (1 Jn 1, 7)!

Que chacun de nous fasse dans sa propre conscience l'expérience du Chemin de Croix. Que chacun se dise les paroles que nous venons de rappeler: Moi, j'ai été aimé jusqu'à la mort par le Christ! Il m'a aimé, il s'est livré pour moi! Que chacun essaie d'avoir vraiment conscience de cet amour vivant, personnel, infini du Christ, Fils du Dieu vivant, pour la personne que chacun de nous représente: Moi, j'ai été aimé par le Christ de cette façon. Et "moi", ce peut être n'importe qui: le pécheur, l'incrédule, le faible, le malheureux. Personne ne peut s'exclure. Chacun doit laisser la douce violence de l'amour du Christ pour lui, pour lui personnellement, l'envahir et le posséder. La victoire de la Croix est la victoire de l'amour du Christ. C'est l'aube de la lumière, c'est la floraison de la vie nouvelle qui verdoie sur l'arbre de la croix porteur de salut.

Redisons ensemble l'hymne devenue source d'émotion et de joie: Croix de notre salut, / arbre si glorieux, / qu'aucun autre dans la forêt n'égale / par ses branches et son feuillage! / Il est doux pour nous, ce bois / sur lequel est suspendu le Seigneur du monde!



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