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MESSAGE-RADIO DU PAPE PIE XII
POUR LA CONSÉCRATION DE LA BASILIQUE
SAINTE-THÉRÈSE À LISIEUX*

Dimanche 11 juillet 1954

 

La consécration de la Basilique votive, que les fidèles du monde entier ont contribué à ériger en l'honneur de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, évoque en Notre cœur d'émouvants souvenirs. C'était hier, semble-t-il, et pourtant dix-sept ans déjà se sont écoulés depuis le 11 juillet 1937 où, Légat a latere de Notre Vénéré Prédécesseur dans la douce terre de France, au Congrès Eucharistique national de Lisieux, Nous avions le bonheur de procéder à l'inauguration et à la bénédiction de cette même Basilique, à peine construite, et d'exalter, dans Notre discours, une triple présence de Dieu : dans le nouveau temple qui s'ouvrait au culte, dans la Très Sainte Eucharistie que l'on vénérait solennellement, et dans l'âme embrasée d'amour de la généreuse Carmélite.

Cette année aussi, pour la consécration solennelle, Nous avons voulu à Notre tour être parmi vous en la présence très chère et très digne de Notre Légat, le Cardinal Archevêque de Paris. Mais les promoteurs de ces fêtes ont pensé qu'elles seraient plus belles encore, si Notre humble voix pouvait s'y faire entendre. Songeant également aux innombrables fidèles qui, malgré leur désir, ne peuvent y assister, Nous voudrions en quelques mots interpréter la ferveur et l'admiration de tous envers Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus. Si la Divine Providence a permis l'extraordinaire diffusion de son culte, n'est-ce pas parce qu'elle a transmis et transmet toujours au monde un message d'une étonnante pénétration spirituelle, un témoignage unique d'humilité, de confiance et d'amour ?

Message d'humilité d'abord ! Quelle étrange apparition au sein d'un monde imbu de lui-même, de ses découvertes scientifiques, de ses virtuosités techniques, que le rayonnement d'une jeune fille que ne distingue aucune action d'éclat, aucune œuvre temporelle. Avec son dépouillement absolu des grandeurs terrestres, le renoncement à sa liberté et aux joies de la vie, le sacrifice combien douloureux des affections les plus tendres, elle se pose en vivante antithèse de tous les idéals du monde. Quand les peuples et les classes sociales se défient ou s'affrontent pour la prépondérance économique ou politique, Thérèse de l'Enfant jésus apparaît les mains vides : fortune, honneur, influence, efficacité temporelle, rien ne l'attire, rien ne la retient que Dieu seul et son Royaume. Mais en revanche le Seigneur l'a introduite dans sa maison, lui a confié ses secrets ; il lui a révélé toutes ces choses qu'il cèle aux sages et aux puissants (cf. Mt 11, 25). Et maintenant, après avoir vécu silencieuse et cachée, voici qu'elle parle, voici qu'elle s'adresse à toute l'humanité, aux riches et aux pauvres, aux grands et aux humbles. Elle leur dit avec le Christ : « Entrez par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent » (Mt 7, 13).

La porte, étroite en vérité, mais accessible à tous, est celle de l'humilité. Thérèse de l'Enfant jésus, entrée par elle au paradis, se tient sur le seuil, les bras chargés de roses, et montre sa « petite voie d'enfance ». C'est l'Évangile même, le cœur de l'Évangile qu'elle a retrouvé, mais avec combien de charme et de fraîcheur. « Si vous ne redevenez comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3). Ne vous appuyez donc pas sur la force, l'argent, l'intelligence, et toutes les autres ressources humaines. Cherchez l'unique nécessaire. Acceptez le joug du Seigneur suave et léger, reconnaissez son souverain domaine sur vos personnes, vos familles, vos associations, vos nations. Accueillez sa loi d'entraide fraternelle et vous connaîtrez la paix et la tranquillité. Renonçant aux appuis illusoires d'une civilisation toute matérielle, vous trouverez la vraie sécurité que Dieu donne à ceux qui n'adorent que Lui.

Mais si douce et souriante que soit la messagère, beaucoup trouveront cette humilité difficile à pratiquer. Les hommes d'aujourd'hui, souillés de tant de fautes, alourdis par leur égoïsme, peuvent-ils encore espérer se redresser, secouer leurs entraves morales et se mettre en marche vers Dieu ? Le Seigneur n'a-t-il pas horreur de tant de lâchetés et de divisions, de tant d'avarice et de sensualité ? Que Thérèse elle-même donne la réponse ! Qu'elle avoue avec une merveilleuse franchise combien elle a conscience de sa faiblesse et de son dénuement absolu, elle, l'incomparable privilégiée, l'âme choisie pour des faveurs incompréhensibles. Une enfant incapable de se hisser sur une marche d'escalier, d'avancer de quelques pas sans trébucher, ainsi se voit-elle devant Dieu. Mais parce qu'elle est certaine de son impuissance totale, elle fixe sur Dieu un regard implorant. Fille d'un admirable chrétien, elle a compris, sur les genoux de son père, les trésors d'indulgence et de compassion que recèle le cœur du Seigneur. Aussi affirme-t-elle, sûre de traduire les dispositions du Père céleste : « Ce n'est pas parce que j'ai été préservée du péché mortel, que je m'élève à Dieu par la confiance et l'amour. Ah ! je le sens, quand même j'aurais sur la conscience tous les crimes qui se peuvent commettre, je ne perdrais rien de ma confiance ; j'irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de mon Sauveur,... car je sais à quoi m'en tenir sur son amour et sa miséricorde » (Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, Histoire d'une âme, chap. X, fin). Formule qui résume admirablement la pensée de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus : Dieu est un Père dont les bras sont constamment tendus vers ses enfants. Pourquoi ne pas répondre à son geste ? Pourquoi ne pas crier sans cesse vers Lui notre immense détresse ? Il faut se fier à la parole de Ste Thérèse, quand elle invite, le plus misérable aussi bien que le plus parfait, à ne faire valoir devant Dieu que la faiblesse radicale et la pauvreté spirituelle d'une créature pécheresse.

Mais cette créature est destinée aussi à recevoir le plus éblouissant des dons du Ciel : l'amour divin. Dès sa plus tendre enfance, Thérèse se sent possédée de lui, livrée à toutes ses exigences, incapable de rien lui refuser. Petit à petit, se précisent les renoncements qu'il attend d'elle. Aucun sacrifice ne lui sera épargné : Dieu comme une flamme ardente la consumera toute entière jusqu'à l'ultime agonie, qui s'accomplira dans la foi pure, privée de toute consolation. Mais Ste Thérèse sait qu'elle présente une offrande expiatoire pour les fautes du monde, qu'elle continue en sa chair et en son cœur lacérés le mystère de la Croix. Ne s'appelle-t-elle pas Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face ? Le manteau royal dont le Christ revêt son élue, c'est le manteau de pourpre de sa Passion rédemptrice. Car Thérèse sait qu'elle conquiert ainsi les âmes et qu'un jour ses « immenses désirs » se réaliseront en surabondance. « O mon Dieu, Trinité bienheureuse, s'écrie-t-elle, je désire vous aimer et vous faire aimer, travailler à la glorification de la Sainte Église, en sauvant les âmes » (Id. Acte d'offrande comme victime d'holocauste, début). À l'égal de François Xavier, elle deviendra Patronne des Missions catholiques. Et l'hommage que le peuple chrétien unanime lui décerne encore en ce jour, témoigne de la fécondité universelle de son sacrifice.

Ô Sainte Thérèse de l'Enfant jésus, modèle d'humilité, de confiance et d'amour, du haut des cieux, effeuillez sur les hommes ces roses que vous portez dans les bras : la rose de l'humilité, pour qu'ils abaissent leur orgueil et acceptent le joug de l'Évangile ; celle de la confiance, pour qu'ils s'abandonnent à la volonté de Dieu et se reposent en sa miséricorde ; la rose de l'amour enfin, pour que, s'ouvrant sans mesure à la grâce, ils réalisent l'unique fin pour laquelle Dieu les a créés à son image : l'aimer et le faire aimer.

Nous ne voudrions pas terminer ce message sans évoquer Celle dont le sourire apporta à Thérèse enfant la guérison miraculeuse et qui demeura le soleil de sa vie, la Très Sainte Vierge. Nous sommes heureux de voir se dérouler pendant l'Année mariale la grandiose manifestation qui vous rassemble à Lisieux aujourd'hui et, confiant Nos vœux à la « petite fleur de Marie », Nous implorons sur vous, Vénérables frères et chers fils, et sur le monde entier, l'effusion des grâces, que la miséricorde de Dieu a voulu confier aux mains très pures de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVI,
Seizième année de pontificat, 2 mars 1954 - 1er mars 1955, pp. 67 - 70
 Typographie Polyglotte Vaticane

 



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