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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU XVIe CONGRÈS DE LA
CHAMBRE DE COMMERCE INTERNATIONALE*

Salle Royale - Samedi 4 mai 1957

 

Les importants travaux du XVIe Congrès de la Chambre de Commerce Internationale, qui doit s'ouvrir incessamment à Naples, viennent d'être précédés de la réunion du Conseil auquel vous appartenez, Messieurs, et vous avez exprimé le désir de pouvoir rendre une visite d'hommage et de dévotion au Père Commun avant de quitter Rome. Il Nous est très agréable d'y répondre et d'adresser par votre intermédiaire à tout le Congrès Nos salutations et Nos encouragements.

La Chambre de Commerce Internationale, qui tenait à Rome en 1923 son deuxième Congrès, a pris d'année en année une place toujours plus considérable dans l'étude et la défense des intérêts de l'économie privée. L'ampleur de son développement et l'autorité de ses techniciens lui ont valu près du Conseil Economique et Social des Nations Unies une situation privilégiée et lui permettent de représenter toutes les branches de l'activité économique internationale, de recueillir et d'interpréter la pensée de ceux qui y sont intéressés, de déployer une action permanente en vue de l'amélioration des conditions du commerce, de favoriser le rapprochement et l'entente des hommes d'affaires, de les grouper, de les organiser, et de contribuer ainsi au maintien de la paix et des relations cordiales entre les nations.

La volonté de faire prendre une juste conscience des corrélations économiques internationales impose une somme de recherches visant à éclairer non seulement les gouvernants, mais également l'opinion publique sur les avantages ou les dangers de certaines mesures projetées ou déjà en voie de réalisation. Vos moyens d'information exceptionnels vous mettent à même de collaborer sur un plan très élevé à l'élaboration des conventions internationales ; en cela, vous visez toujours à vous maintenir au dessus des tendances particularistes de la vie économique internationale.

Cette action est bienfaisante, car dans son affrontement constant avec les régimes nationaux en vigueur, elle oblige ceux-ci à prendre en considération la nécessité de s'ouvrir progressivement et sans lenteur excessive à des ensembles plus larges, en dehors desquels les unités trop restreintes se trouveront tôt ou tard incapables de conserver leur légitime part d'autonomie. Les fins réalistes, que vous poursuivez, ne vous font pas perdre de vue les problèmes humains qui naissent de l'évolution économique internationale : l'exercice des libertés individuelles dans le champ de la concurrence commerciale constitue un stimulant fructueux pour tous, mais l'expérience a trop souvent montré qu'il dégénère parfois en d'âpres luttes pour la conquête de nouveaux marchés. Comment ne pas évoquer l'avertissement sévère du Divin Maître : « Que servirait à l'homme de gagner l'univers, s'il venait à perdre son âme » ? (Matth. 16, 26). Le dommage personnel, pour irréparable qu'il puisse être, ne serait encore qu'une image incomplète du mal causé par une poursuite du gain, qui se transforme facilement en véritable guerre économique entraînant des ruines désastreuses, avec le triste cortège de désordres familiaux et sociaux, qui s'ensuivent naturellement. Heureusement, le temps du libéralisme économique sans limite est révolu, et c'est bien plutôt l'excès contraire qu'il faut généralement regretter. Aussi doit-on se réjouir de voir des publications comme les vôtres, basées sur des enquêtes objectives et sereines, jeter une lumière des plus éclairantes sur les nombreuses questions soulevées par l'économie mondiale actuelle, dans le domaine financier tout d'abord, mais aussi dans celui de la distribution des transports, de la publicité, du droit international.

Partout, vous vous efforcez de proposer une solution rationnelle, indépendante de considérations politiques de parti, en vue de favoriser le progrès économique et le bien-être général dans le cadre d'une franche solidarité internationale. Et Nous Nous réjouissons de penser que les nations sous-développées ne sont pas tenues à l'écart de vos préoccupations, mais que vous cherchez au contraire à les faire profiter de vos études et de vos moyens d'action. Dans cette recherche d'une prudente amélioration et d'un équilibre mobile, ouvert à toutes les collaborations et aux données nouvelles, Nous voyons avec vous un des gages les plus solides d'une paix raffermie entre les grandes puissances économiques, et Nous formons les vœux les plus sincères pour une heureuse évolution des rapports économiques mondiaux, à laquelle vous aurez contribué avec compétence et désintéressement. En demandant au Dieu Tout-Puissant de vous aider et de vous protéger, Nous vous accordons de grand cœur, à vous-mêmes et à tous ceux qui vous sont chers, Notre paternelle Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S. S. Pie XII, XIX,
Dix-neuvième année de Pontificat, 2 mars 1957 - 1er mars 1958, pp. 159-161
Typographie Polyglotte Vaticane



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