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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU IIIe CONGRÈS
INTERNATIONAL D'ÉPIGRAPHIE GRECQUE ET LATINE*

Salle des Suisses à Castel Gandolfo - Lundi 9 septembre 1957

 

Au terme du IIIe Congrès International d'Epigraphie Grecque et Latine qui vous a rassemblés à Rome, Nous sommes heureux, Messieurs, d'accueillir l'hommage de votre visite et de vous manifester l'intérêt que Nous portons à vos travaux. Ils constituent en effet un secteur important parmi les diverses sciences, qui se proposent de mieux faire connaître le monde antique grec et romain.

Pour riches que soient les textes littéraires transmis par la tradition manuscrite et l'abondance des renseignements qu'on y trouve sur les événements et les institutions de l'antiquité, ils sont encore loin de saisir dans toute leur complexité les faits historiques et les détails de la vie publique et privée. En général, ils répondent aux intentions précises d'un auteur déterminé, dont l'information est forcément limitée et les affirmations d'objectivité bien souvent sujettes à caution. L'épigraphie, en s'intéressant à toutes les inscriptions, même les plus modestes en apparence, permet souvent de saisir l'écho direct des événements qui en furent l'occasion, de compléter, confirmer et corriger les documents plus subjectifs des écrivains.

Auxiliaire indispensable de l'archéologie, de l'histoire, de la linguistique, l'épigraphie, après avoir déchiffré correctement les textes qui se présentent souvent dans un état très endommagé, doit encore les interpréter, en faisant appel à une vaste et précise érudition, puis les rendre accessibles au monde savant, les publier dans des revues spécialisées, les rassembler de manière systématique dans des collections générales ou des anthologies répondant à un but particulier. Nul n'ignore la somme d'efforts déployés dans ce domaine au dix-neuvième et au vingtième siècles, depuis que se sont constituées les collections fameuses du « Corpus Inscriptionum Graecarum », repris dans les « Inscriptiones Graecae », et du « Corpus Inscriptionum Latinarum ».

Alors que Mommsen publiait les premiers recueils partiels qui préludaient à son œuvre monumentale, Jean-Baptiste de Rossi s'employait déjà avec passion à explorer la « Roma sotterranea », en même temps qu'il recherchait dans les manuscrits de la bibliothèque Vaticane et d'autres bibliothèques d'Italie et d'Europe la trace des inscriptions disparues au cours des siècles. De ce grand travail sortait, il y a juste un siècle, le premier volume des « Inscriptiones christianae Urbis Romae saeculo septimo antiquiores », point de départ de tant de fructueuses recherches.

Quel que soit cependant l'effort accompli jusqu'ici, l'épigraphie voit son domaine s'étendre constamment, comme en témoignent les publications en cours. Sans trêve les archéologues exhument de nouvelles inscriptions, matériel immense qui resterait quasi inutilisable sans le secours de votre laborieuse activité. Le programme de votre Congrès Nous a montré l'étendue et la diversité des études actuelles. Nous sommes certains que les savantes communications et les échanges personnels vous auront fourni de nouvelles raisons de poursuivre avec ardeur vos passionnants travaux. Nous espérons en particulier que les graffiti découverts autour de la tombe de saint Pierre, objets d'un examen attentif et savant, apporteront encore d'utiles contributions au culte très ancien de l'Apôtre et à la gloire de son nom.

Le travail de l'épigraphiste, qui requiert beaucoup d'érudition et de sagacité, met aussi sa patience à dure épreuve, mais il réserve parfois des surprises très agréables, qui récompensent des mois et des années de labeur monotone. A mesure que les inscriptions s'alignent dans les musées, on voit se préciser davantage le cadre des institutions politiques, sociales, religieuses et celui de la vie de tous les jours. Les idées, les convictions, les sentiments qui animaient l'humanité d'alors, on les retrouve, dans leur jaillissement spontané, parfois étonnamment identiques à ceux d'aujourd'hui. Les inscriptions sépulcrales chrétiennes tout traduisent avec une simplicité et une constance admirable la foi en l'immortalité et l'adhésion confiante au Christ, qui la promet et qui l'assure. En contemplant telles pierres tombales ou de simples fragments, dont certains ne portent que des jambages ou quelque dessin malhabile, on ne peut échapper parfois à l'impression de retrouver, telle qu'elle était, la communauté chrétienne des premiers siècles et de se sentir en parfaite communion d'esprit avec elle. Ces personnages qui paraissaient si lointains, voici tout à coup qu'ils sont devenus tout proches, comme on évoque auprès d'une tombe la figure d'un parent ou d'un ami. Dans la crypte des Papes, au cimetière de Calliste, chaque dalle de marbre s'orne d'un simple nom : Pontien, Antère, Fabien, Lucius, Eutychien, suivi de la mention « Episcopos » et, pour Pontien et Fabien, des trois lettres M T P qui attestent leur glorieux martyre.

Nous vous savons gré, Messieurs, pour la contribution que l'épigraphie apporte à l'histoire de la vie et des institutions de la chrétienté primitive. De la masse des volumineux infolios, où s'alignent les textes relevés par vos illustres devanciers et par vous-mêmes, se dégage une vue d'ensemble extrêmement riche de la société grecque et romaine et l'éclatante confirmation que la foi chrétienne du XXe siècle reste identique à celle des origines. Aussi vous souhaitons-Nous de poursuivre avec une ardeur toujours égale vos recherches si fécondes pour la connaissance du passé et, en gage des faveurs divines que Nous implorons pour vous-mêmes, pour vos collègues et vos collaborateurs et pour tous ceux qui vous sont chers, Nous vous accordons bien volontiers Notre Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S. S. Pie XII, XIX,
 Dix-neuvième année de Pontificat, 2 mars 1957 - 1er mars 1958, pp. 377-379
 Typographie Polyglotte Vaticane

 



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