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DISCOURS DU PAPE PIE XII
À UN GROUPE D'ADHÉRENTS À LA « CONFÉRENCE OLIVAINT »*

Samedi 28 mars 1948

 

Le seul titre de la « Conférence Olivaint » vous assurait de Notre part, très chers fils, le plus paternel accueil. Il évoque de grands souvenirs, il éveille de grandes espérances. La vaillante « Réunion des jeunes gens », qui s'était groupée au collège de Vaugirard, en 1852, rêvait de renouer, en les adaptant à leur condition d'étudiants, les traditions de la fameuse « Congrégation Auxilium Christianorum », glorieuse par sa vie exubérante de ferveur chrétienne, apostolique et charitable, plus glorieuse encore peut-être par sa mort sous les coups de ceux qui la regardaient, non sans raison, comme une puissante armée levée pour la défense et le service de la religion et de l'Église.

Vos aînés s'étaient alors confiés à la direction de l'incomparable entraîneur et guide de jeunesse qu'était le Serviteur de Dieu Pierre Olivaint. Après son héroïque mort, ils militèrent sous son nom et vous comptez bien vous-mêmes, un jour, vous recommander de son patronage, en l'invoquant bienheureux et martyr.

Grands souvenirs, oui : au cours de ses vicissitudes et sous ses appellations successives, avec, pour centre et foyer, sa Congrégation de la sainte Vierge, d'où rayonnait une intense activité intellectuelle et sociale, la « Conférence Olivaint » fut d'une merveilleuse fécondité en hommes et en œuvres. Soyez-en fiers : c'est votre droit, c'est votre devoir.

Grandes espérances, ajoutions-Nous, espérances solidement fondées. Votre formation d'étudiants de l'Institut des Sciences politiques, votre expérience d'hommes politiques permettent d'attendre beaucoup de vous et de compter sur vous comme sur de vaillants coopérateurs de la renaissance et. de la prospérité temporelle et spirituelle, sociale, morale et religieuse de votre patrie. Laissez les timides s'effaroucher, laissez les pêcheurs en eau trouble jouer misérablement sur les mots. Le jeu leur a trop bien réussi dans le passé pour qu'on leur puisse permettre de s'y livrer encore.

Autant il est louable de se tenir au-dessus des querelles contingentes qui enveniment les luttes des partis, pour rester fermement unis sur les points essentiels de la justice, de la charité, de la sagesse chrétienne, autant il serait blâmable de laisser le champ libre, pour diriger les affaires de l'État, aux indignes ou aux incapables.

Vous assumez donc une noble mission, quand vous aspirez à vous dévouer au service des vrais intérêts supérieurs de la Cité. Il s'ensuit que vous vous engagez par cela même à vous en rendre de plus en plus capables, de plus en plus dignes.

La capacité ne s'improvise pas et l'on ne saurait se contenter des aptitudes naturelles, sous peine de grossir le nombre des utopistes, parfois doués des plus honnêtes intentions, mais bercés des plus funestes illusions. Il faut l'étude, il faut l'expérience, et vous avez mille fois raison de vous y appliquer avec zèle : à l'étude par votre assiduité à l'Institut des Sciences politiques, à l'expérience par votre contact permanent, dans la Conférence Olivaint, avec les hommes de gouvernement les plus éminents, les plus compétents dans les matières économiques, sociales et politiques.

Dignes de vous présenter comme chefs, comme guides à vos concitoyens, vous ne pouvez l'être que dans la mesure où vous pouvez vous présenter également à eux comme modèles de vie intègre, de caractère vigoureux, d'intelligence lumineuse, en sorte qu'ils vous répondent comme Dante à Virgile « Tu es mon guide, tu es mon seigneur, tu es mon maître » (Enf. 2, 140). Et c'est précisément à ces qualités que vous êtes venus vous former et vous perfectionner dans votre chère Conférence, dans la lumière de l'Esprit Saint, sous les auspices de Marie, Reine de France, invincible Secours et Mère de tous les chrétiens. Nous pourrions bien vous redire ici ce que Nous déclarions lors du cinquantième anniversaire de Notre consécration à la Sainte Vierge dans la Congrégation mariale (21 janvier 1945) : « Le temps présent réclame des catholiques sans peur, pour qui c'est chose toute normale de confesser ouvertement leur foi par leurs paroles comme par leurs actes, chaque fois que la loi de Dieu et le sentiment de l'honneur chrétien le demandent. Des hommes, des hommes complets, fermes et intrépides... Former de tels hommes, de tels catholiques, a toujours été l'objectif des Congrégations mariales bien constituées et actives ».

À vous aussi, membres du Cercle universitaire international, venant de Grenoble, qui avez tenu à vous présenter à Nous, c'est avec plaisir que Nous manifestons Notre affectueux intérêt. Jeunesse étudiante, qui vous préparez, chacun dans vos Facultés respectives, aux diverses carrières, vous aurez tous à cœur, Nous en sommes convaincu, de ne pas limiter votre ambition à la conquête d'un diplôme, qui vous ouvre la porte de situations honorablement lucratives. Vous la hausserez à la poursuite d'une perfection professionnelle telle qu'elle vous permette de jouer un rôle utile à la société et d'exercer une bienfaisante influence sur votre génération.

Nous implorons pour vous les bénédictions du Père des lumières, en gage desquelles Nous vous donnons de tout cœur Notre Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, X,
Dixième année de pontificat, 2 mars 1948- 1er mars 1949, pp. 25-27
Typographie Polyglotte Vaticane.



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