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PÈLERINAGE DU PAPE FRANÇOIS
AU SANCTUAIRE DE NOTRE-DAME DE FÁTIMA

à l'occasion du centenaire des apparitions de la Bienheureuse Vierge Marie à la Cova da Iria
(12-13 mai 2017)

CONFÉRENCE DE PRESSE DU SAINT-PÈRE
AU COURS DU VOL DE RETOUR DE
FÁTIMA

Vol papal
Samedi  13 mai 2017

[Multimédia]


 

Au cours du vol de retour à Rome du pèlerinage de Fatima, samedi 13 mai, le Pape François s’est entretenu comme de coutume avec les journalistes en répondant à plusieurs questions. La rencontre a été introduite par le directeur de la salle de presse, Greg Burke, qui a remercié le Pape et l’a invité au micro. Le Pape a immédiatement dit: «Avant tout, bonsoir. Je voudrais répondre au plus grand nombre de questions possible, donc dépêchons-nous un peu. Cela me gêne quand nous sommes en pleine conversation et que l’on vient me dire que c’est l’heure du snack...; mais faisons les deux choses en même temps. Merci». L’entretien a ensuite débuté:  la première et la dernière journaliste ont parlé en espagnol, les autres en italien. Nous reproduisons ci-dessous les réponses du Pape, ainsi qu’une ample synthèse des questions posées.

[Fátima Campos Ferreira, Radiotélévision portugaise] Vous êtes venus à Fatima comme pèlerin pour canoniser Francisco et Jacinta à l’occasion du centenaire des apparitions. A partir de ce moment historique, que reste-t-il à présent pour l’Eglise et pour le monde entier? Ensuite, vous recevrez bientôt au Vatican — le 24 mai — le président des Etats-Unis, Donald Trump. Qu’est-ce que le monde peut attendre de cette rencontre, et qu’attendez-vous personnellement?

Que Fatima a un message de paix, cela est certain. Apporté à l’humanité par trois grands communicateurs qui avaient moins de treize ans. Que je suis venu comme pèlerin, oui. Que la canonisation a été une chose qui n’était pas au programme au début, parce que le procès du miracle était en cours, mais très rapidement, les expertises se sont révélées toutes positives et le procès s’est accéléré... Les choses sont allées ainsi. Pour moi, cela a été une très grande joie. Que peut attendre le monde? La paix. Et de quoi parlerai-je à partir d’aujourd’hui avec quiconque? De la paix.

Que reste-t-il à présent de ce moment historique pour l’Eglise et pour le monde?

Un message de paix. Et je voudrais dire que cela a touché mon cœur. Avant d’embarquer, j’ai reçu des scientifiques de diverses religions qui faisaient des études à l’Observatoire vatican de Castel Gandolfo. Il y avait même des agnostiques et des athées.  Et un athée m’a dit: «Je suis athée», il ne m’a pas dit de quelle ethnie ou de quel lieu il venait. Il parlait en anglais, je ne le savais pas et je ne lui ai pas demandé: «Je vous demande une faveur: demandez aux chrétiens d’aimer davantage les musulmans». Cela est un message de paix.

Et que direz-vous au président Trump?

[le Pape sourit]

[Aura Vistas Miguel,  Rádio Renascença] A Fatima, vous vous êtes présenté comme «l’évêque vêtu de blanc». Jusqu’à présent, cette expression s’appliquait plutôt à la vision de la troisième partie du secret, à Jean-Paul  II et aux martyrs du  xxe siècle. Que signifie à présent votre identification avec cette expression?

Oui, dans la prière. Ce n’est pas moi qui l’ai écrite, c’est le sanctuaire. Mais moi aussi, je me suis demandé, pourquoi ont-ils dit cela? Et il y a un lien, sur le blanc:  l’évêque vêtu de blanc, la Vierge vêtue de blanc, la lueur blanche de l’innocence des enfants après le baptême... Il y a un lien, dans cette prière, avec la couleur blanche. Je crois — parce que ce n’est pas moi qui l’ai composée — je crois qu’ils ont cherché littéralement à exprimer à travers le blanc ce désir d’innocence, de paix: innocence, ne pas faire de mal à l’autre, ne pas faire la guerre...

Y a-t-il une révision de l’interprétation du message?

Non. Cette vision... je crois qu’à l’époque, le cardinal Ratzinger, qui était alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a tout expliqué clairement. Merci.

[Claudio Lavagna,  NBC] Quelle opinion avez-vous des politiques qu’a adoptées le président Trump et qu’attendez-vous d’une rencontre avec un chef d’Etat qui semble penser et agir à l’opposé de vous?

Et bien, la première question — mais je peux répondre aux deux — je ne forme jamais de jugement sur une personne sans l’avoir écoutée. Je pense qu’il ne faut pas le faire. En parlant entre nous, les choses sortiront: je dirai ce que je pense, il dira ce qu’il pense. Mais je n’ai jamais, jamais voulu prononcer de jugement sans écouter les personnes. Et la deuxième question est ce que je pense...

Ce que vous pensez en particulier sur des thèmes comme l’accueil des migrants...

Mais cela, vous le savez bien!

La deuxième question en revanche est: qu’attendez-vous d’une rencontre avec un chef d’Etat qui pense le contraire de vous.

Il y a toujours des portes qui ne sont pas fermées. Il faut chercher les portes qui sont au moins un peu ouvertes, pour entrer et parler de choses communes et aller de l’avant pas à pas. La paix est artisanale: elle se fait chaque jour. L’amitié entre les personnes aussi, la connaissance réciproque, l’estime est artisanale:  elle se fait tous les jours. Le respect de l’autre, dire ce que l’on pense, mais avec respect, marcher ensemble... Certains ont une opinion bien précise: dire cela, être sincères dans ce que chacun pense.

Vous espérez qu’il assouplira ses décisions après...

Cela est un calcul politique que je ne me permets pas de faire. Sur le plan religieux également, je ne fais pas de prosélytisme. Merci.

[Elisabetta Piqué, «La Nación»] Aujourd’hui est célébré le centenaire des apparitions de la Vierge à Fatima, mais c’est également l’anniversaire important d’un fait privé de votre vie, qui a eu lieu il y a 25 ans, quand le nonce, Mgr Calabresi, vous a annoncé que vous seriez évêque auxiliaire de Buenos Aires. Avez-vous jamais fait le lien entre cet événement qui a changé votre vie et la Vierge de Fatima? Au cours de ces jours où vous avez prié devant elle, avez-vous pensé à cela et pouvez-vous nous en parler?

Les femmes savent tout! [le Pape rit] Je n’ai pas pensé à la coïncidence; ce n’est qu’hier, alors que je priais devant la Vierge, que je me suis rappelé qu’un 13 mai, j’ai reçu un appel téléphonique du nonce, il y a 25 ans. Oui. Je ne sais pas... J’ai dit: «Tiens donc!»... Et j’ai parlé un peu avec la Vierge de cela. Je lui ai demandé pardon pour toutes mes erreurs, et aussi un peu pour mon manque de goût à choisir les personnes... [le Pape rit]. Mais je m’en suis rappelé hier.

[Nicolas Senèze, «La Croix»] Revenons à Fatima pour laquelle la Fraternité Saint Pie X a une grande dévotion. On parle beaucoup d’un accord qui donnerait un statut officiel à la fraternité lefébvrienne dans l’Eglise. Pensez-vous que cela sera possible prochainement? Quels sont les obstacles qui existent encore? Et quel est pour vous le sens de cette réconciliation? S’agira-t-il du retour triomphal de fidèles qui montreront ce que cela signifie  d’être véritablement catholique ou d’autre chose?

Mais moi, j’écarterais toute forme de triomphalisme, non? Il y a quelques jours, la «feria quarta» de la Congrégation pour la doctrine de la foi, leur session — ils l’appellent la «feria quarta» parce qu’elle a lieu le mercredi — a étudié un document et le document ne m’est pas encore parvenu, l’étude du document. C’est la première chose. Deuxièmement: les relations actuelles sont fraternelles. L’an dernier, j’ai accordé l’autorisation à tous pour la confession, également une forme de juridiction pour les mariages. Mais auparavant, également, les problèmes, les cas qu’ils avaient — par exemple — qui devaient être résolus par la Congrégation pour la doctrine de la foi, c’est la Congrégation qui s’en chargeait. Par exemple les abus: ils nous soumettaient les cas d’abus; pour la Pénitencerie apostolique également, pour la réduction à l’état laïc d’un prêtre, ils nous les soumettent... Il y a des relations fraternelles. Avec Mgr Fellay, j’ai un bon rapport, je lui ai parlé plusieurs fois... Je n’aime pas hâter les choses. Marcher, marcher, marcher, puis on verra. Pour moi, ce n’est pas une question de vainqueurs ou de vaincus, non. C’est un problème de frères qui doivent marcher ensemble, en cherchant la formule pour accomplir des pas en avant.

[Tassilo Forchheimer,  ARD] A l’occasion de l’anniversaire de la réforme, les chrétiens évangéliques et catholiques peuvent-ils faire un autre bout de chemin ensemble?  Arrivera-t-on à la possibilité de participer à la même table eucharistique?

De grands pas en avant ont été accomplis! Pensons à la première Déclaration sur la justification: à partir de ce moment, le chemin ne s’est plus arrêté. Le voyage en Suède a été très significatif, car c’était précisément le début [des célébrations], et également une commémoration avec la Suède. Là aussi, un voyage significatif pour l’œcuménisme du chemin, c’est-à-dire marcher ensemble avec la prière, avec le martyre et avec les œuvres de charité, avec les œuvres de miséricorde. Et à cette occasion, la Caritas luthérienne et la Caritas catholique ont établi un accord pour travailler ensemble: c’est un grand pas! Mais on attend d’autres pas, toujours. Vous savez que Dieu est le Dieu des surprises. Nous ne devons jamais nous arrêter, toujours aller de l’avant. Prier ensemble, témoigner ensemble, accomplir des œuvres de miséricorde ensemble, ce qui signifie annoncer la charité de Jésus Christ, annoncer que Jésus Christ est le Seigneur, l’unique Sauveur, et que la grâce ne vient que de Lui... Et sur ce chemin, les théologiens continueront à étudier, mais il faut se mettre en chemin. Avec le cœur ouvert aux surprises...

[Mimmo Muolo, «Avvenire»] A Fatima,   nous avons vu un grand témoignage de foi populaire; le même que l’on rencontre dans d’autres sanctuaires mariaux comme Medjugorje. Que pensez-vous de ces apparitions — s’il s’est agi d’apparitions — et de la ferveur religieuse qu’elles ont suscitée, étant donné que vous avez décidé de nommer un évêque délégué pour les aspects pastoraux? Et une deuxième question: je voudrais savoir ce que vous pensez des  ong accusées de collusions avec les passeurs trafiquant d’hommes.

Je commence par la deuxième. J’ai lu dans le journal que je parcours le matin qu’il existait ce problème, mais je ne connais pas encore les détails tels qu’ils sont. C’est pourquoi je ne peux pas donner une opinion. Je sais qu’il existe un problème et que les enquêtes vont de l’avant. Je souhaite qu’elles se poursuivent et que toute la vérité soit faite. La première? Medjugorje. Toutes les apparitions, ou présumées apparitions, appartiennent au domaine privé, elles ne font pas partie du Magistère public ordinaire de l’Eglise. Medjugorje: une commission a été formée, présidée par le cardinal  Ruini. C’est Benoît XVI qui l’a créée. A  la fin de 2013 ou au début de 2014, j’ai reçu le résultat du cardinal Ruini. Une commission de bons théologiens, évêques, cardinaux. Bons, bons, bons. Le rapport-Ruini est très, très bon. Mais il y avait certains doutes au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi et la Congrégation a jugé opportun  d’envoyer à chacun des membres du congrès, de cette  «feria quarta», toute la documentation, également les choses qui semblaient contre le rapport-Ruini. J’ai reçu la notification: je me souviens que c’était un samedi soir, en fin de soirée. Cela ne m’a pas semblé juste: c’était comme mettre aux enchères — passez-moi le terme — le rapport-Ruini, qui était très bien fait. Et le dimanche matin, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a reçu une lettre de ma part, dans laquelle je lui demandais de dire qu’au lieu d’envoyer à la  «feria quarta», on devait m’envoyer à moi, personnellement les opinions. Ces opinions ont été étudiées et toutes soulignent la richesse du rapport-Ruini. Oui, on doit principalement distinguer trois choses. A propos des premières apparitions, quand [les «voyants»] étaient des jeunes gens, le rapport dit plus ou moins que l’on doit continuer à enquêter. A propos des présumées apparitions actuelles, le rapport a ses doutes. Je suis personnellement plus «méchant»: je préfère la Vierge mère, notre mère, et non la Vierge chef d’un bureau télégraphique qui tous les jours envoie un message à telle heure... ce n’est pas la maman de Jésus. Et ces présumées apparitions n’ont pas beaucoup de valeur. Je dis cela en tant qu’opinion personnelle. Mais celui qui pense que la Vierge dit: «Venez demain à telle heure, je dirai un message à ce voyant»; non. [Dans le rapport-Ruini] on distingue les deux apparitions. Et troisièmement, le véritable noyau du rapport-Ruini: le fait spirituel, le fait  pastoral, des personnes qui vont là-bas et qui se convertissent, des personnes qui rencontrent Dieu, qui changent de vie... Pour cela il n’y a pas de baguette magique,  et ce fait spirituel-pastoral ne peut être nié. A présent, pour analyser les choses avec toutes ces données, avec les réponses que m’ont envoyées les théologiens, on a nommé cet évêque — brave, très brave parce qu’il a de l’expérience — pour voir comment se passe la partie pastorale. Et à la fin, on dira quelques mots.

[Joshua McElwee, «National Catholic Reporter»] Le dernier membre de la  commission pour la protection des mineurs a démissionné en mars.  Qui en est responsable? Et que faites-vous pour assurer que les prêtres et les évêques au Vatican mettent en œuvre vos recommandations?

C’est vrai. Marie Collins m’a bien expliqué la chose. J’ai parlé avec elle: c’est une brave femme. Elle continue à travailler dans la formation avec les prêtres sur ce thème. C’est une brave femme qui veut travailler. Elle a formulé cette accusation, et elle a un peu raison. Pourquoi? Parce qu’il y a beaucoup de cas en retard, parce qu’ils s’accumulaient... Ensuite, pendant ce temps on a dû formuler une législation pour cela: que doivent faire les évêques diocésains? Aujourd’hui, dans presque tous les diocèses il existe un protocole à suivre dans ces cas: c’est un grand progrès. Ainsi, les dossier sont bien préparés. Cela est un pas. Un autre pas: il y a peu de personnes, on a besoin de plus de personnes compétentes pour cela, et le secrétaire d’Etat est en train de chercher, et le cardinal Müller aussi, à présenter de nouvelles personnes. L’autre jour, deux ou trois ont été admises en plus. On a changé le directeur du bureau disciplinaire, qui était brave, très brave, mais il était un peu fatigué: il est reparti dans son pays pour faire le même travail avec son épiscopat. Et le nouveau — c’est un irlandais, Mgr Kennedy — est une personne très brave, très efficace, rapide, et cela aide assez. Ensuite, il y a autre chose. Parfois les évêques envoient les dossiers; si le protocole est bien suivi, il  va immédiatement à la «feria quarta», et la  «feria quarta» étudie et décide. Si le protocole n’est pas bien suivi, le dossier doit être renvoyé et il faut le refaire. C’est pourquoi on pense à des aides continentales, ou à deux par continent: par exemple, en Amérique latine, une en Colombie, une autre au Brésil... Ce serait comme des pré-tribunaux ou des tribunaux continentaux. Mais cela est en cours d’organisation. Ensuite, quand le dossier est bien préparé,  la «feria quarta» l’étudie et l’on ôte l’état clérical au prêtre, qui retourne dans son diocèse et fait appel. Avant, l’appel était étudié par la même «feria quarta» qui avait formulé la sentence, mais cela est injuste. C’est pourquoi j’ai créé un autre tribunal et j’ai placé à sa tête une personne indiscutable: l’archevêque de Malte, Mgr Scicluna, qui est l’un des plus compétents contre les abus. Et dans ce deuxième tribunal — parce que nous devons être justes — celui qui fait appel a droit à un défenseur. Si celui-ci approuve la première sentence, le cas est terminé. Il reste seulement [la faculté d’écrire] une lettre pour demander la grâce au Pape. Je n’ai jamais signé une grâce. Nous allons de l’avant de cette manière dont sont organisées les choses. Sur ce point Marie Collins avait raison; mais nous étions nous aussi en chemin. Mais deux mille cas se sont accumulés! Merci.

[Joana Haderer, Agence portugaise «Lusa»] Presque tous les Portugais se professent catholiques, presque 90 pour cent; mais la façon dont la société s’organise et les décisions qu’elle prend sont très souvent contraires aux orientations de l’Eglise. Je me réfère au mariage entre homosexuels et à la dépénalisation de l’avortement. D’ici peu commencera également le débat sur l’euthanasie. Comment tout cela se fait-il?

Je crois qu’il s’agit d’un problème politique. Et que la conscience, également la conscience catholique, n’est pas toujours entièrement du ressort de l’Eglise, et que derrière tout cela il n’y a pas une catéchèse adaptée, une catéchèse humaine... C’est-à-dire que le Catéchisme de l’Eglise catholique est un exemple de ce qu’est une chose sérieuse et adaptée. Je crois que manquent la formation et aussi la culture. Car cela est étrange: dans certaines régions — je pense à l’Italie et en partie à l’Amérique latine —  il y a de nombreux catholiques, mais ils sont anticléricaux... «mange prêtres» (le Pape rit). C’est un phénomène qui se présente, parfois et...

Cela vous préoccupe-t-il?

Bien sûr que cela me préoccupe. C’est pourquoi je dis aux prêtres — vous avez dû le lire — «fuyez le cléricalisme». Parce que le cléricalisme éloigne les gens. «Fuyez le cléricalisme», et j’ajoute: c’est une peste dans l’Eglise. Mais il y a aussi un travail de catéchèse, de sensibilisation, de dialogue, de valeurs humaines même. Merci. Et priez pour moi, n’oubliez pas.

 



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