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JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi de Pâques, 1

8 avril 1979

 

1. « Haec dies quam fecit Dominus. »

Toutes ces journées entre le dimanche de Pâques et le dimanche « in albis », le deuxième après Pâques, ne font en un certain sens qu’un seul jour. La liturgie se concentre sur un seul événement, sur l’unique mystère. « Il est ressuscité, il n’est pas ici. » (Mc 16, 6.) Il a accompli la Pâque. Il a révélé le sens du Passage. Il a confirmé la vérité de ses paroles. Il a dit le dernier mot de son message: message de la Bonne Nouvelle, de l’Evangile. Dieu lui-même, qui est Père, c’est-à-dire auteur de la vie, qui ne veut pas la mort (cf. Ez 18, 23-32) et qui « a créé tous les êtres pour qu’ils subsistent » (Sg 1, 14), a manifesté jusqu’au bout son amour en lui et par lui. L’amour signifie la vie.

La résurrection est le témoignage définitif de la vie, c’est-à-dire de l’amour. « Mors et vita duello conflixerunt mirando. Dux vitae mortuus regnat vivus. » (« La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. » (Séquence.) «

Voici le jour que fit le Seigneur » (Ps 117 [118], 24) : « Excelsior cunctis, lucidior universis, in quo Dominus resurrexit, in quo sibi novarn plebem… regenerationis spiritu conquisivit, in quo singulorum mentes gaudio et exsultatione perfudit. « Ce jour plus sublime que tous, plus lumineux que tous, où le Seigneur est ressuscité, où il s’est acquis un nouveau peuple… par l’esprit de régénération, où il a rempli de joie et d’allégresse les esprits de tous. » (Saint Augustin Sermo 168, In Pascha X, 1 ; PL 39, 2070.)

Cet unique jour correspond d’une certaine manière aux sept jours dont parle le livre de la Genèse et qui étaient les jours de la création (cf. Gn 1-2). C’est pourquoi nous les célébrons tous en cet unique jour. En ces jours de l’octave, nous célébrons le mystère de la nouvelle création. Ce mystère s’exprime dans la personne du Christ ressuscité. Il est lui-même ce mystère. Il nous l’annonce et il nous y invite. C’est le levain. En vertu de cette invitation et de ce levain, nous devenons tous en Jésus-Christ la « nouvelle créature ».

« Célébrons donc la fête non pas avec de vieux ferments… mais avec du pain non fermenté : la droiture et la vérité. » (1 Co 5, 8.)

2. Après sa résurrection, le Christ revient là d’où il était parti pour marcher vers sa passion et sa mort. Il revient au Cénacle où étaient les apôtres. Il entra alors que les portes étaient fermées, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous… De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie… Recevez l’Esprit-Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » (Jn 20, 19-23.)

Combien elles sont significatives ces premières paroles prononcées par Jésus après sa résurrection ! Elles renferment le message du Ressuscité. Lorsqu’il dit: « Recevez l’Esprit-Saint », on pense au discours d’adieu prononcé par Jésus dans ce même Cénacle. Il avait alors dit ces paroles pleines du mystère de son cœur : « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. » (Jn 16, 7.) En disant cela, il pensait à l’Esprit-Saint.

Et voilà qu’après avoir accompli son sacrifice après son « départ » par la croix, il revient au Cénacle pour leur apporter Celui qu’il leur avait promis. Nous lisons dans l’Évangile : « Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : recevez l’Esprit-Saint. » (Jn 20, 22.) Il profère dans sa maturité la parole de sa Pâque. Il leur apporte le don de la passion et le fruit de la résurrection. Il les restaure par ce don. Il leur donne le pouvoir d’éveiller les autres à la vie, même si cette vie est morte en eux : « Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis. » (Jn 20, 23.)

Cinquante jours s’écouleront entre la résurrection et la Pentecôte. Mais, déjà, en cet unique jour que fit le Seigneur (cf. Ps 117 [118], 24) sont réunis le don essentiel et le fruit de la Pentecôte. Lorsque le Christ dit : « Recevez l’Esprit- Saint », il annonce jusqu’à la fin son mystère pascal.

« Hoc autem est mysticum et secretissimum, quod nemo novit nisi qui accipit, nec accipit nisi qui desiderat, nec desiderat nisi quem ignis Spiritus Sancti medullitus inflammat, quem Christus misit in terram. » (« C’est une chose mystérieuse et très secrète que personne ne connaît, sinon celui qui la reçoit, que personne ne reçoit sinon celui qui la désire, que personne ne désire sinon celui qui, jusqu’au fond du coeur, est embrasé du feu de l’Esprit-Saint envoyé par le Christ sur la terre. » (Saint Bonaventura, « Itinerarium mentis in Deum », ch. 7, 4 : « Opera omnia », ed. min. Quaracchi, 5, p. 213.)

3. Le deuxième Concile du Vatican a de nouveau fait briller le mystère pascal dans le pèlerinage terrestre du Peuple de Dieu. Il en a tiré dans sa plénitude l’image de l’Église qui, toujours, plonge ses racines dans ce mystère de salut et y puise sa sève vitale. « Le Fils de Dieu, dans la nature humaine qu’il s’est unie, a racheté l’homme en triomphant de la mort par sa mort et sa résurrection, et il l’a transformé en une créature nouvelle (cf. Ga 6, 15 ; 2 Co 5, 17). En effet, en communiquant son Esprit à ses frères qu’il rassemblait de toutes les nations, il a fait d’eux mystiquement comme son Corps. Dans ce Corps, la vie du Christ se répand dans les croyants que les sacrements, d’une manière mystérieuse et réelle, unissent au Christ souffrant et glorifié. » (Const. dogm. Lumen gentium, 7.)

L’Église demeure constamment dans le mystère du Fils qui s’est accompli avec la venue de l’Esprit-Saint, le jour de la Pentecôte.

L’octave pascale est le jour de l’Église.

En vivant ce jour, nous devons en même temps accueillir les paroles qui ont résonné pour la première fois dans le Cénacle où est apparu le Ressuscité : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jn 20, 21.)

Accueillir le Christ ressuscité, c’est accueillir la mission, comme l’ont accueillie les apôtres réunis au Cénacle.

Croire au Christ ressuscité, c’est participer à la même mission de salut qu’il a accomplie par le mystère pascal. La foi est conviction de l’intelligence et du cœur.

Cette conviction prend tout son sens lorsque d’elle naît la participation à cette mission que le Christ a reçue de son Père.

Croire, c’est accepter, en conséquence, cette mission du Christ.

Parmi les apôtres, Thomas était absent lorsque le Christ ressuscité est venu pour la première fois au Cénacle. Il disait bien haut à ses frères : « Si je ne vois pas… je ne croirai pas. » (Jn 20, 25.) Le Christ ressuscité survenant ensuite, il a été convaincu, et alors, comme nous le savons, toutes ses réticences sont tombées et il a professé sa foi en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu. » (Jn 20, 28.) En même temps qu’il faisait l’expérience du mystère pascal, il reconfirmait sa participation à la mission du Christ. Comme si, à huit jours de distance, s’adressaient aussi à lui ces paroles du Christ : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Cf. Jn, 20, 21.)

Thomas était un témoin du Christ devenu mûr.

4. Le deuxième Concile du Vatican enseigne la doctrine de la mission du Peuple de Dieu tout entier, appelé à participer à la mission du Christ (cf. Const. dog. Lumen gentium 10-12). C’est la triple mission. Le Christ prêtre, prophète et roi, a exprimé jusqu’à la fin sa mission dans le mystère pascal, dans la résurrection.

Dans cette grande communauté de l’Église, du Peuple de Dieu, chacun de nous participe à cette mission par le sacrement du baptême. Chacun de nous est appelé à la foi en la résurrection, comme Thomas : « Avance ton doigt ici et vois mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » (Jn 20, 27.)

Chacun de nous a le devoir de définir le sens de sa vie par cette foi. Cette vie a des formes très diverses. C’est nous-mêmes qui devons lui donner une forme déterminée. Et, précisément, notre foi fait qu’une certaine partie de la vie de chacun de nous est imprégnée de cette mission que Jésus-Christ notre Rédempteur a reçue de son Père et a partagée avec nous. La foi fait qu’une certaine partie du mystère pascal imprègne la vie de chacun de nous et lui communique un certain rayonnement.

Il faut que nous retrouvions ce rayonnement pour le vivre chaque jour pendant tout ce temps, qui commence de nouveau en ce jour que fit le Seigneur.


APPEL

Encore un mot pour vous inviter à la prière. Nous nous sommes réjouis ensemble de la victoire du Christ sur la mort, de la surabondance de grâce et de vie qu’il nous a communiquée.

Pâques est vraiment la fête de la joie et de la vie.

Cependant, nous ne pouvons pas oublier les épreuves, les tristesses que les peuples de certaines régions du monde connaissent, précisément en ces jours, avec des pertes en vies humaines, des souffrances et des privations de toutes sortes : cataclysmes soudains, comme le tremblement de terre qui a frappé le matin de Pâques de nombreux centres habités de Yougoslavie, l’Albanie ; ou bien aggravation des tensions politiques et sociales, des luttes armées, en Rhodésie, en Ouganda, au Nicaragua ; ou encore ces nouvelles flambées punitives, douloureuses séquelles de révolutions précédentes.

Je voudrais que la prière que nous adressons ensemble au Seigneur par l’intercession de Marie, reine du ciel, puisse implorer la paix pour les morts, le soulagement pour les blessés et les sans-abri, la protection pour les populations menacées d’incursions ou de représailles, l’humanité pour les prisonniers, la clémence pour les vaincus, le pardon et la réconciliation pour tous.

 

© Copyright 1979 - Libreria Editrice Vaticana

      



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