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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU NOUVEL AMBASSADEUR DE RÉPUBLIQUE DOMINICAINE
PRÈS LE SAINT-SIÈGE,
S.E. M. PEDRO TRONCOSO SÁNCHEZ *

Lundi 20 juin 1949

Le changement de direction en l’Ambassade Dominicaine auprès de Nous qui, par disposition de Monsieur le Président de la République, passe des mains de votre illustre prédécesseur en celles de Votre Excellence, Nous offre l’agréable occasion de rappeler une fois de plus les liens étroits que, dès les jours de sa découverte, unissent les fils et les filles de votre beau pays au centre de l’Église catholique.

Histoire, plusieurs fois séculaire, de christianisme et de fidélité, que semblent proclamer les vieux murs de votre insigne cathédrale commencée dès les débuts du XVIe siècle, où se trouvent d’anciennes toiles de Murillo et de Velázquez, parmi lesquelles se détachent gravement les portraits authentiques de ces rois catholiques qui se proposèrent, comme but principal de leurs entreprises, la propagation de la foi et l’extension du règne du Christ sur la terre ; histoire jamais interrompue, qui pourrait servir aussi pour montrer l’efficacité éducatrice et sociale d’une doctrine qui fut capable de transformer la légendaire « Quisqueya » en l’Athènes du Nouveau Monde.

Les heureuses expressions dont Votre Excellence s’est servie pour reconnaître et raffermir cette union traditionnelle, non seulement en son propre nom mais aussi en celui de son gouvernement et de son peuple, ont éveillé en Notre cœur autant de reconnaissance et de satisfaction que de légitime joie. Ce sont des sentiments qui renforceraient encore, si possible, Nos dispositions d’attention et de vigilance en faveur de tout ce qui peut promouvoir et accroître les relations entre ce Siège apostolique et votre nation, en tous les champs de la vie religieuse, culturelle et sociale, de tout ce qui pourrait favoriser le progrès et la sincère prospérité d’un pays aussi richement doté que le vôtre, de cette île privilégiée où il semble que la main de Dieu a voulu jeter à profusion ses charmes et ses dons tout au long de ses grandes et accessibles plages, dans ses montagnes couronnées de nuages, sur lesquelles règne en silence le majestueux Yaque, dans ses innombrables et fraîches vallées qui, réjouissant et fécondant tout, semblent s’être donné rendez-vous en votre merveilleuse « Vega Real », synthèse de prospérité, de grâce et de fraîcheur.

Dans les graves dangers qui projettent aujourd’hui leur ombre sinistre sur l’humanité, Votre Excellence – dont le regard aura certainement acquis une spéciale clairvoyance en ses longues incursions dans les champs de la philosophie – peut discerner une énergique et urgente invitation à serrer chaque jour plus fortement les utiles contacts avec le centre de la foi et du magistère suprême de la vie chrétienne, afin que la société humaine, affaiblie par sa légèreté et ses erreurs, puisse profiter le plus possible de la vérité et des enseignements contenus dans l’Évangile de Jésus-Christ.

Une grande partie de l’humanité, qui n’a pas encore été éclairée par la vérité chrétienne, et aussi, par malheur, quelques secteurs de la chrétienté, manifestent sur le terrain religieux et moral, de clairs symptômes d’une anémie pernicieuse, en partie commençante et en partie déjà assez avancée.

On ne voit pas la possibilité d’apporter un remède à ce mal sans une spirituelle transfusion de sang, de proportion plus qu’ordinaire. Mais, qui sera le sauveur, qui le donateur spirituel de sang, en faveur de cette humanité malade et, qui pourrait l’être sinon Celui dont une goutte de sang peut sauver tout le monde de n’importe quel mal, comme le grand penseur et Docteur saint Thomas d’Aquin le fait chanter ces jours-ci à l’Église priante ?

L’univers catholique a les yeux fixés maintenant sur l’imminente Année Sainte. De tous les continents, des îles lointaines de l’Atlantique et du Pacifique Nous arrive le joyeux écho qui a suscité dans le monde entier la Bulle d’indiction, publiée le jour de l’Ascension du Seigneur.

Nous espérons que Nos pieux fils des lointaines Antilles – prêtres et laïques, personnes de toute condition, de tout âge, de toute race et de tout milieu social – se mettront aussi en cette mémorable occasion, avec une conviction profonde, avec une ardente résolution et grande énergie au service de ces nobles idéaux desquels Nous attendons en cette année du grand retour et du grand pardon, une si riche moisson de grâces et de paix.

Dans cette consolante espérance Nous présentons à Votre Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, la plus cordiale bienvenue, pendant que Nous vous prions de transmettre à Monsieur le Président de la République et aux membres du gouvernement Nos meilleurs vœux, et de tout cœur Nous donnons à tous les chers fils de votre heureux pays, et d’une manière spéciale à Votre Excellence en cet heureux début de sa haute charge, Notre Bénédiction apostolique.


* Documents Pontificaux 1949, p.234-236.

 



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